Aussi, enfant, je ne voyais pas "pourquoi" avoir un enfant. Qu'est-ce que j'allais en faire, qu'est-ce qu'il allait m’apporter ? Ma sœur parlait, entre autres, de la possibilité d'avoir une descendance pour laisser une trace de soi sur terre. Pas très convaincant, surtout lorsqu’on est une passionnée d'Histoire et qu'on ne jure que par Socrate et Horace. Dans ses Odes, Horace disait que ses écrits lui survivraient et qu'ils échapperaient à la fuite du temps. Si on connait son oeuvre, si on étudie encore son oeuvre aujourd'hui, si on connait l’expression Carpe Diem, c'est bien parce qu'il a lui même survécu à la fuite du temps. Donc, non, cette histoire de descendance ça ne m'intéresse pas trop. Et puis la lignée s'éteindra un jour ou l'autre. Les enfants pour moi à cet âge là, c'était comme le mariage, je n'en voyais pas l'utilité. Entre temps, ma sœur a trouvé de meilleurs arguments pour me convaincre (Je ne sais pas pourquoi ça lui tient tellement à cœur de me convaincre d'ailleurs).
J'ai encore le temps, mais ma famille me parle de mes enfants comme s'ils étaient déjà nés. J'en souris toujours, ça ne me dérange pas.
"- Toi aussi tu vas l'inscrire dans cette école."
"- De qui parle-t-on ? "
"- De ta fille, voyons."
"- Bien sûr, je suis bête, je l'inscris dès demain même, il n'y pas de temps à perdre."
Si enfant je ne voyais pas de raison d'avoir un enfant, maintenant je ne ressens pas non plus le désir d'enfanter surtout. De porter un être dans mon ventre pendant neuf mois, de donner naissance à cet être... Tout ça, je n'en ai pas envie et cet "appel" je ne le ressens pas non plus.
Et pourtant j'aime les enfants. Cet amour est né je pense à la naissance de mon petit frère. J'étais jusque là la dernière de la fratrie et je n'avais jamais été en contact avec un bébé avant de manière aussi fréquente. J'ai donc eu la chance de le voir grandir. Je l'ai vu bébé, j'ai pris soin de lui, je l'ai regardé dormir, j'ai écouté ses respirations rapides, je trouvais qu'il était extrêmement beau, et le voir dormir paisiblement me faisait penser que je n'avais jamais rien vu de tel. Je l'ai vu grandir petit à petit et je ressentais (et je le ressens toujours) l'envie de le protéger, de faire en sorte qu'il ne lui arrive rien. Je parle de choses toutes simples comme par exemple le fait de veiller à ce qu'il ne tombe pas dans les escaliers en le suivant de près (Je ne suis pas sa mère moi
J'ai la chance d'avoir des neveux et des nièces et là encore quand j'entend le son de mon prénom sortir de leur bouche, ça me fait quelque chose. Ils grandissent, ils deviennent insupportables, ils n'écoutent pas, ils te font hurler, mais on les aime plus que tout. Alors si enfant je me disais "qu'est-ce qu'ils vont m'apporter, qu'est-ce que je vais en faire", aujourd'hui je sais qu'il s'agit d'amour. L'amour que je lui porterais et qu'il m'apportera. Un foyer, une éducation, des valeurs etc. Mais c'est un autre sujet...
Alors "le non désir d'enfant" oui s'agissant d'enfanter. De donner naissance. Mais dire non à la possibilité d’élever un enfant, de le voir grandir, de le voir apprendre des choses, de lui apprendre des choses, de le chérir, non. Il ne sortira juste pas de mon ventre. C'est la seule certitude que j'ai (Descartes s'est retourné dans sa tombe au mot "certitude" Mais quelle audace!).
L'adoption quand je faisais du droit, était une de mes parties préférées. J'imagine que j'écoutais attentivement pour d'autres raisons que mon affinité avec cette matière. J'y pense de plus en plus et cette idée m'a toujours attirée depuis longtemps. Cela s'est même accentué après une certaine fiction que je ne nommerai pas...
La réalité est tout autre et est parsemée d’embûches et c'est des démarches qui peuvent prendre des années.
En attendent, rien ne presse pour moi. C'est très loin tout cela : ). (Enfin, le temps presse et je dois encore inscrire "ma fille" à l'école...
