Le non désir d'enfant

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Fantasmagorie
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Re: Le non désir d'enfant

Message par Fantasmagorie »

De l'enfance à la fin de mon adolescence je ne voulais pas d'enfant. Cela ne m'intéressait simplement pas. A cette époque cette idée était une fantaisie. Le seul accomplissement que j'attendais par cet acte, le but ultime, était de pouvoir nommer mon enfant. Lui donner un nom. Je n'ai jamais pensé au delà de cela. Pour ce faire, j'en voulais deux. Un premier que je nommerai Victor, un deuxième que j’appellerai Hugo. Ou vice-versa. Bref, juste une fantaisie.

Aussi, enfant, je ne voyais pas "pourquoi" avoir un enfant. Qu'est-ce que j'allais en faire, qu'est-ce qu'il allait m’apporter ? Ma sœur parlait, entre autres, de la possibilité d'avoir une descendance pour laisser une trace de soi sur terre. Pas très convaincant, surtout lorsqu’on est une passionnée d'Histoire et qu'on ne jure que par Socrate et Horace. Dans ses Odes, Horace disait que ses écrits lui survivraient et qu'ils échapperaient à la fuite du temps. Si on connait son oeuvre, si on étudie encore son oeuvre aujourd'hui, si on connait l’expression Carpe Diem, c'est bien parce qu'il a lui même survécu à la fuite du temps. Donc, non, cette histoire de descendance ça ne m'intéresse pas trop. Et puis la lignée s'éteindra un jour ou l'autre. Les enfants pour moi à cet âge là, c'était comme le mariage, je n'en voyais pas l'utilité. Entre temps, ma sœur a trouvé de meilleurs arguments pour me convaincre (Je ne sais pas pourquoi ça lui tient tellement à cœur de me convaincre d'ailleurs).

J'ai encore le temps, mais ma famille me parle de mes enfants comme s'ils étaient déjà nés. J'en souris toujours, ça ne me dérange pas.
"- Toi aussi tu vas l'inscrire dans cette école."
"- De qui parle-t-on ? "
"- De ta fille, voyons."
"- Bien sûr, je suis bête, je l'inscris dès demain même, il n'y pas de temps à perdre."

Si enfant je ne voyais pas de raison d'avoir un enfant, maintenant je ne ressens pas non plus le désir d'enfanter surtout. De porter un être dans mon ventre pendant neuf mois, de donner naissance à cet être... Tout ça, je n'en ai pas envie et cet "appel" je ne le ressens pas non plus.

Et pourtant j'aime les enfants. Cet amour est né je pense à la naissance de mon petit frère. J'étais jusque là la dernière de la fratrie et je n'avais jamais été en contact avec un bébé avant de manière aussi fréquente. J'ai donc eu la chance de le voir grandir. Je l'ai vu bébé, j'ai pris soin de lui, je l'ai regardé dormir, j'ai écouté ses respirations rapides, je trouvais qu'il était extrêmement beau, et le voir dormir paisiblement me faisait penser que je n'avais jamais rien vu de tel. Je l'ai vu grandir petit à petit et je ressentais (et je le ressens toujours) l'envie de le protéger, de faire en sorte qu'il ne lui arrive rien. Je parle de choses toutes simples comme par exemple le fait de veiller à ce qu'il ne tombe pas dans les escaliers en le suivant de près (Je ne suis pas sa mère moi :lol:) Et puis ça fait quelque chose lorsque ce petit bout t'appelle. Je n'ose donc même pas imaginer ce que cela fait quand une mère entend ce petit mot "maman" que son enfant lui lance.

J'ai la chance d'avoir des neveux et des nièces et là encore quand j'entend le son de mon prénom sortir de leur bouche, ça me fait quelque chose. Ils grandissent, ils deviennent insupportables, ils n'écoutent pas, ils te font hurler, mais on les aime plus que tout. Alors si enfant je me disais "qu'est-ce qu'ils vont m'apporter, qu'est-ce que je vais en faire", aujourd'hui je sais qu'il s'agit d'amour. L'amour que je lui porterais et qu'il m'apportera. Un foyer, une éducation, des valeurs etc. Mais c'est un autre sujet...

Alors "le non désir d'enfant" oui s'agissant d'enfanter. De donner naissance. Mais dire non à la possibilité d’élever un enfant, de le voir grandir, de le voir apprendre des choses, de lui apprendre des choses, de le chérir, non. Il ne sortira juste pas de mon ventre. C'est la seule certitude que j'ai (Descartes s'est retourné dans sa tombe au mot "certitude" Mais quelle audace!).

L'adoption quand je faisais du droit, était une de mes parties préférées. J'imagine que j'écoutais attentivement pour d'autres raisons que mon affinité avec cette matière. J'y pense de plus en plus et cette idée m'a toujours attirée depuis longtemps. Cela s'est même accentué après une certaine fiction que je ne nommerai pas...

La réalité est tout autre et est parsemée d’embûches et c'est des démarches qui peuvent prendre des années.

En attendent, rien ne presse pour moi. C'est très loin tout cela : ). (Enfin, le temps presse et je dois encore inscrire "ma fille" à l'école... :lol: ).
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hiddenHeda
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Re: Le non désir d'enfant

Message par hiddenHeda »

Je dois dire que je me reconnais beaucoup dans ce que tu "racontes", Fantasmagorie. Et c'est très bien décrit et joliment dit, aussi.
(en même temps Descartes n'était pas à une incohérence près, bannir les certitudes mais ne pas douter une seconde de l'existence de Dieu... Bon certes c'était une autre époque mais enfin, s'il avait suivit sa logique jusqu'au bout... Non?)

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Fantasmagorie
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Re: Le non désir d'enfant

Message par Fantasmagorie »

Oh il ne bannissait pas toutes les certitudes, d'où son fameux "je suis, j'existe" parce qu'on ne peut pas douter de notre existence dès lors où on pense quelque chose. Cette certitude là et d'autres, tant qu'on a pas des raisons d'en douter.
Pour ce qui est de Dieu, il a des règles qui pour lui justifient son existence (comme la plupart des philosophes qui se prononcent dans ce sens, alors ils ont des règles, des propositions, des prémisses, etc). En ce qui concerne ma certitude, elle est toujours présente... juste pour l’embêter... :lol:

Après tout j'ai des raisons de douter qu'un jour je voudrai me retrouver à l’hôpital en train d'accoucher...
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hiddenHeda
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Re: Le non désir d'enfant

Message par hiddenHeda »

Tu as toutes les raisons qui sont les tiennes, et qui t'appartiennent ;) Descartes et aucun autre philosophe plus ou moins cohérent ne sera jamais de taille à contredire ça :D

jepassevitefait

Re: Le non désir d'enfant

Message par jepassevitefait »

Je sais pourquoi je ne veux pas d'enfants :idea:
Parce que depuis que j'ai deux ans on a fait de moi une maman de substitution :lol: et c'est un sacré boulot :!:

Marta
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Re: Le non désir d'enfant

Message par Marta »

Je ne voulais pas d'enfants mais appprochant la trentaine l'envie d'avoir une femme et une petite famille pourquoi pas ! Par contre, ce que je sais, pas dans mon bidon...Je sais pas...peux pas

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Fantasmagorie
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Re: Le non désir d'enfant

Message par Fantasmagorie »

Cet article : Est-ce que avoir des enfants vous rend plus heureux ? parle d'une recherche qui montre que les personnes qui ont des enfants aux Etat-Unis ("et dans beaucoup de pays dans le monde") déclarent être moins heureux que les personnes qui n'en ont pas.

L'article continue en disant que par contre, en demandant à la majorité des parents américains s'ils sont plus heureux depuis qu'ils ont des enfants, ils répondront que oui, avoir des enfants les ont rendu plus heureux. Alors que les études faites sur la question et les recherches suggèrent le contraire.

Jennifer Glass de l'université du Texas dit qu'il y a un décalage entre les recherches et ce que les parents déclarent dans la vie de tous les jours. En effet, ceux-ci ont tendances à rapporter qu'avoir des enfants est merveilleux, que les enfants sont supers et que c'est la meilleure chose qui puisse nous arriver.

Les recherches se sont intéressés à Vingt-deux pays. Les Etats-Unis "sont en tête" et on constate qu'en moyenne un parent américain est à 12% plus malheureux qu'une personne sans enfants. Dans douze autres pays, les personnes sans enfants se décrivent également comme étant plus heureux que celles qui en ont.

Image (Independent).

Cependant Il ressort dans l'image ci-dessus qui provient d'ici, qu'il y a huit pays dans cette liste, majoritairement des pays d'Europe (le Portugal, la Hongrie, l'Espagne, la Norvège, la Suède, la Finlande, la France et enfin la Russie) où il y a des parents qui se disent plus heureux que les personnes sans enfants.

Pourquoi cette différence avec les Etats-Unis ? Eh bien, et c'est ça que je trouve intéressant, les chercheurs sont arrivé à la conclusion que ce qui pourrait être à l'origine de cet écart serait le fait qu'il n'existe pas aux Etats Unis une politique qui soit favorable aux parents, en réalité il y a un manque de politique à ce sujet et c'est cela qui serait la cause de l'augmentation du stress et de l'anxiété des parents.

En effet, les Etats Unis ne fournissent qu'une très petite assistance aux parents. Ce qui inclut des congés payés pour les parents, congés maladies et vacances obligatoires, une aide subventionnée pour la garde d'enfants et une flexibilité dans l’horaire de travail (c'est le minimum disent-ils). La vie de parents aux Etats Unis est inhabituellement chère dit l'article, à cause du coût vraiment très élevé de l'enseignement privée et du manque de subventions dans le secteur public pour les garderies.

En contraste, déclare Jennifer Glass, les pays comme la Norvège, la Suède, la Finlande et la France, possèdent un système de protection sociale plus favorable aux familles. La Russie et la Hongrie ont aussi une politique qui prend soin des familles. Pareil pour le Portugal et l'Espagne. Là où les Etats-Unis sont loin de tout ce système.

Ces recherches ne signifient pas que les les parents américains sont moins heureux que ceux des autres pays, ils veulent dire qu'il y a un écart entre les parents et les personnes sans enfants au niveau du bonheur dans les pays qu'ils ont étudiés.

Glass dit que vu que la notion de bonheur diffère d'une culture à l'autre, il est donc difficile de comparer le bonheur dans des pays du monde. Alors les recherches se contentent d'examiner le bonheur chez des personnes avec enfants et sans dans un même pays, disant que cela pourrait aider à comprendre quels sont les facteurs qui contribuent au stress des parents.

Glass dit pour finir, qu'elle pense que la plupart des parents sont complètement heureux d'avoir des enfants et ne pourraient pas imaginer de ne pas avoir leurs enfants dans leur vie. Mais aimer son enfant, en être dévoué n'est pas la même que ne pas être exposé au stress (les personnes sans enfants qui n'ont pas à s'inquiéter pour ce genre de choses).

Une raison sans doute de plus du non désir d'enfants pour certains.
RIDE

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arthémis

Re: Le non désir d'enfant

Message par arthémis »

Par expérience, certains pays accueillent chaleureusement les enfants et facilite la vie des parents. D'autres...

Une amie avait décroché un poste près de Chicago... la personne qui l'avait engagée lui a fortement déconseillé de venir en fin de compte.
Question d'argent.

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apache
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Re: Le non désir d'enfant

Message par apache »

Je viens de lire ce que tu as écrit Fantasmagorie, et tu as raison, le rapport à l'enfant est différent aux états unis, preuve en est ce reportage édifiant sur l'adoption que je mets ci dessous. Les states sont dans un rapport de merchandising, les enfants sont des produits, les potentiels parents des consommateurs recrutés par des agences de marketing. L'enfant a intérêt d'être conforme sinon il dégage (le terme est violent pardon, mais c'est ce qu'il se passe).

https://www.youtube.com/watch?v=IqndKslnXp4

Concernant le non désir d'enfant, même quand tu en as, il t'es reproché par ceux qui en ont plus que toi, de ne pas en avoir fait un deuxième ou un troisième. L'enfant unique est aussi mal vu que l'enfant absent (parole de fille unique). Alors pour ceux qui n'en ont pas et qui en plus disent ne pas en vouloir, c'est suspect et toujours source de questionnement, pas dans ton intérêt, mais dans le leur, les gens ont besoin de se rassurer en se comparant en permanence aux autres. Etre dans le modèle ne signifie pas être un modèle parental.

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Mira2012
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Re: Le non désir d'enfant

Message par Mira2012 »

Enfant unique ici aussi... je valide.
Tout ce normatif est fatiguant a la longue... Si tous les gens se ressemblaient, ce serait d'un ennui... :(

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