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Re: Les gender studies

Posté : lun. 22 oct. 2012 19:38
par Silverring
Il parle vite mais distinctement, la preuve :

"Aujourd'hui, on se penche sur les profondeurs du merveilleusement complexe "humain". Mais d'abord, permettez moi de reconnaître que je ne suis pas un sociologue. Je suis aussi un homme blanc hétéro, qui na pas à s'inquiéter de la haine dont beaucoup d'autres gens ont a se soucier. Mais mon but avec cette vidéo c'est que je veux que les gens comprennent. Je pense que la compréhension mènera à moins de haine, et moins de haine de soi.
Pour beaucoup de gens, il est bon d'imaginer que les humains sont simple et qu'on peut savoir le sexe de quelqu'un, et que par là, on saura plein de choses à leur propos, profondément, et clairement. Et si on ne rentre pas dans ces gentilles petites boîtes, les gens qui le font peuvent se sentir vraiment troublés, parfois même, en colère. Et si soi-même on n'entre pas bien dans une de ces gentilles petites boîtes alors qu'on pense qu'il le faudrait, alors on finit par se haïr soi-même, et c'est peut-être même pire. Je crois que le mieux pour résoudre ce problème, ce serait peut-être que les gens comprennent qu'il n'y a pas de jolies petites boîtes dorées. Ou alors, il y en a une infinité, assez pour mettre tous les gens qui existent en ce moment, ont jamais existé et existeront un jour.
Alors, ensemble, essayons de comprendre.

On va commencer simple, par ce qui se passe en bas, entre les jambes, ça, c'est le sexe. Le sexe biologique. Il tend à être binaire, même s'il y a tout un tas de cas de personnes intersexes. Et aussi intéressant et compliqué que cela est, le reste est encore plus complexe, alors je vais juste poursuivre d'ici, puisqu'on comprend tous plus ou moins ce qu'est le sexe.

Maintenant, on monte vers le haut. Vers le cerveau, qui est la chose qui décide d'à quel genre on s'identifie. Si on se sent homme, femme, ou aucun des deux, ou les deux... Par ce que la chose fascinante est que malgré nos efforts pour étiqueter les choses, il n'y a pas de moyen d'étiqueter chaque point sur un continuum infini, et c'est à cela qu'on a à faire ici. Alors, pour vraiment visualiser comment ça marche, j'ai créé un graphique pour vous. Sur l'axe horizontal, nous avons le genre, de masculin à féminin, et sur l'axe vertical, on a l'intensité de l'identification avec ce genre. Je serais à peu près là, parce que je m'identifie comme un homme, même si je reconnais qu'il y a des parts féminines en moi... Mais mettons une hypothétique femme biologique sur le graphique qui s'identifierait fortement comme un homme. Alors ça pourrait être inconfortable, spécialement quand il y a un paquet de gens dans le monde qui insistent à dire que c'est une femme juste à cause du corps qu'il se trouve avoir et avec lequel il est très mal à l'aise. C'est pourquoi le sexe ne détermine pas le pronom qu'on devrait utiliser. Le genre, si.

Maintenant, allons vers le coeur. Le coeur métaphorique, bien sûr. Il s'agit de par qui on est attiré. Hommes, femmes, tous les genres... encore une fois, c'est un spectre, et ce spectre comprend des notions d'intensité, parce qu'il y a des gens qui ne sentent pas du tout de forte attraction sexuelle. C'est pourquoi asexuel est une orientation sexuelle.
Une idée plus neuve à laquelle j'ai été exposée via tumblr hier, est l'orientation romantique. Ce sont les gens avec lesquels on veut avoir de fortes et intimes relations. Mais cela écarte aussi l'idée que le sexe (l'activité sexuelle, ndlt) doit être le but ou le point final, ou comme la grande conclusion de toute relation intime.

Maintenant qu'on a vu comment on éprouve les choses, voyons ce qui ce passe quand d'autres personnes sont impliquées. Là, on parle de comportement sexuel, qui est en fait très différent de l'orientation sexuelle. Cela peut sembler un peu étrange à première vue, mais ça ne l'est pas. Considérons par exemple un prêtre hétérosexuel. Ce prêtre a une orientation sexuelle hétérosexuelle, mais du fait de sa pratique religieuse, son comportement est celui du célibat. Mais ici on ne parle pas de préférence, on parle du comportement.

Mais par dessus tout ça il y a les rôles sociaux qui sont construits par la société, pas par nous mêmes. Les plus évidents sont les rôles masculins et féminins, mais comme toutes les dichotomies sont de fausses dichotomies, là aussi il s'agit d'un spectre.

On a en gros parcouru tout ça, il est important de savoir que chacune de ces différentes catégories est indépendante des autres. Alors une femme biologique peut être un homme qui n'a que des rapport sexuels avec des femmes, malgré le fait qu'il est attiré à la fois par les hommes et les femmes, qu'il se sente plus à l'aise dans un rôle social féminin. Cela n'est peut-être pas la combinaison la plus répandue de ces facteurs, mais ce n'est certainement pas bizarre.
Et un autre point important : beaucoup de personnes bougent à travers ces spectres, parfois d'une année sur l'autre, parfois d'une heure sur l'autre ! Mais ce qui est vraiment important est que nous nous fassions confiance et que nous nous comprenions nous-mêmes, que nous nous aimions et respections nous-mêmes. Et que nous offrions ces mêmes compréhension et respect aux personnes qui sont autour de nous. Parce quand le monde prendra en compte ces spectres infinis et que les fausses dichotomies seront brisées, et que ces deux boîtes dorées se briseront en 7 milliards de boîtes dorées, ce sera plutôt assez joli."

C'est vrai qu'il parle vite... quel boulot !

Heu, pour La pensée straight, j'ai posté un petit quelque chose dans le fil de l'auteurE...
http://www.univers-l.com/forum2/viewtop ... 82#p220882

Re: Les gender studies

Posté : lun. 22 oct. 2012 21:08
par Enka
Très beau texte/discours. Pour la peine, je vais forwarder ça à des amis.
Merci pour le partage Silverring.

Re: Les gender studies

Posté : lun. 22 oct. 2012 21:46
par Silverring
J'étais tentéE de répondre "de rien", mais bon, c'était du taf quand même ! (pour la peine, je l'ai fait passer à Yagg)

Re: Les gender studies

Posté : mar. 23 oct. 2012 08:01
par Méluzine
Ah cool! Merci pour la traduction Silverring!

Re: Les gender studies

Posté : jeu. 25 oct. 2012 09:34
par fille1970
y'a un truc qui m'a aidé à avancer sur la thématique du "gender", un truc tout con: en anglais, il y a deux mots qui désignent deux réalités: sex (le sexe physique, biologique de la personne) et gender (le genre, mâle ou femelle)

Alors qu'en français, on emploie le terme "sexe" dans les formulaires administratifs par exemple, en anglais, c'est "gender" qui serait utilisé, si j'ai bien suivi...

Mine de rien, le vocabulaire contribue à la forme de pensée... deux mots, deux manières d'aborder un concept... et des tonnes d'incompréhension qui peuvent en découler!
Silverring a écrit :Parce quand le monde prendra en compte ces spectres infinis et que les fausses dichotomies seront brisées, et que ces deux boîtes dorées se briseront en 7 milliards de boîtes dorées, ce sera plutôt assez joli."
Est-ce que je peux résumer cette pensée par la formule "je suis ce que je pense/décide que je suis" , traduction "je suis un homme car je décide d'être un homme" et autant de déclinaison que d'individus?

Re: Les gender studies

Posté : lun. 29 oct. 2012 12:47
par Silverring
Je viens de tomber sur des archives de têtu : Entretien avec Judith Butler et Beatriz Preciado
Première partie
Deuxième partie
Troisième.

Re: Les gender studies

Posté : jeu. 8 nov. 2012 17:25
par Fleming
Silverring a écrit : Alors je change de langue, spéciale dédicace à Fleming :
INTERVIEW: BETTINA RHEIMS ÜBER IHRE AUSSTELLUNG “GENDER STUDIES”, SCHÖNHEIT UND FRAUSEIN
merci Silverring pour l´info, je viens juste de voir l´expo, mon commentaire est donc tout frais...
et j´avoue que... l´intérêt de l´expo repose selon moi dans la démarche de déconstruire l´image sexuée des humains telle que la société européenne la cultive.
Tous les modèles sont nus sous un débardeur blanc-sale déchiré qu´ils portent de différentes manières, les uns comme un string, d´autres comme une jupe, d´autres encore dans sa fonction de débardeur, mais comme il est déchiré...... il ne cache plus grand chose, il cache l´essentiel sans doute pour la mise en scène.
Ce qui me frappe, ce sont les regards vides pour certains, tristes, provocateurs, revendicateurs..., et la moue d´adolescents narcissiques commune à presque tous ces protraits.
Dans un premier temps ces photos m´ont mise mal à l´aise.
Sans doute à cause de cette déconstruction de l´aura sexuée des modèles... En adoptant une esthétique de la négation- parce que c´est bien d´une négation dont il s´agit: les uns cachent leurs seins, les autres leur sexe, ou bien montrent qu´ils n´en ont pas justement, ou plus- avec les regards que j´ai évoqués plus haut, Bettina Rheims donne à voir des individus qu´on imagine torturés intérieurement. ( à l´exception d´un seul portrait)
Ils ne le sont pas forcément en dehors de la pose que va éterniser la séance photo.
En cela je pense que B. Rheims ne sert aucunement la cause des gender studies. Aucun portrait n´exprime la joie, la sérénité ou autre expression comme la fièreté qui indiquerait que ces gens sont heureux tels qu´ils sont. Alors que penser de cette série de portraits?
Que devient la sexualité et l´expression esthétique de son désir selon les nouvelles "normes" des genres...?
Je suis curieuse d´en découvrir d´autres expressions.

Re: Les gender studies

Posté : jeu. 8 nov. 2012 23:31
par Silverring
:? Montrer qu'iel sont heureuSEx telLEs qu'iels sont... dans le monde des bisounours ?! Je ne sais pas si toutes les images sont visiblement prises en studio, je n'ai pas vu l'expo. J'ai du mal à imaginer cette démarche en dehors des espaces sociaux existants. Aujourd'hui, par ici, si ce n'est pas le regard d'unE photographe intéresséE par le sujet, celui que renvoie la société n'est que trop rarement hospitalier pour qui est matériellement en infraction avec la conception binaire de l'humanité. Alors, OK, toute photographie n'est pas forcément documentaire. Mais pourquoi attendre des représentations en forme d'image d’Épinal ?

Re: Les gender studies

Posté : ven. 9 nov. 2012 00:39
par Fleming
je me dis que ce n´est pas en montrant des individus "torturés", alors même qu´ils semblent avoir trouvé leur "voie", qu´on aide la société à s´intéresser à leur démarche et à la comprendre.

Oui, tous les portraits (30-35 portraits) sont des portraits de studio.

Re: Les gender studies

Posté : ven. 9 nov. 2012 01:28
par ouioui
Je ne sais pas si je suis au bon endroit....... mais je trouvais cette "mini-révolution" sur la question du genre intéressante :
Des catalogues de jouets révolutionnent les genres