Interview de la comédienne Muriel Robin

Muriel Robin

Interview accordée à Thomas Doustaly pour le Magazine Têtu.com

Et à la fois quand vous faîtes « Le Noir », tout un tas de sketches, il y a un véritable engagement…

Oui…

Toute la drôlerie qu’il y a autour du danseur pédé dans votre spectacle, c’est de la moquerie, mais de la moquerie de proximité, de la moquerie d’ami. Ne faut-il pas rester à distances quand les gens dont on parle sont trop loin de vous ? Quand un océan vous sépare. Ne risque-t-on pas de tomber un peu dans le côté facho (Référence à Dieudonné) ?

Il n’y a pas d’océan. D’ailleurs, j’ai reçu un courrier très désagréable me disant : vous vous moquez des homosexuels… Ce n’était pas signé, mais du coup cela m’a renvoyé à ce que je faisais. C’est comme ne pas savoir comment appeler quelqu’un qui est noir. Alors, on va dire qu’il est black comme si noir c’était une insulte? On peut dire à quelqu’un qu’il est noir…Dans le spectacle, il y a un mec efféminé, il est homosexuel, c’est lui…

Sauf qu’on fait rire sur l’homosexuel…

Oui, mais je ne fais pas tout le spectacle là-dessus. Alors on ne fait pas rire sur l’Alzheimer. Le mec est comme ça…

Il n’y a pas de gens qui vont dans la rue en criant mort à l’Alzheimer, mais par contre certains disent mort aux pédés. Ne pensez-vous pas que les comiques ont une responsabilité, celle de savoir de quoi on rie et avec qu’on rie ?

Je pense qu’il y a une responsabilité des comiques et de tout le monde. Mais je pense qu’on ne choisi pas qui on est, donc ce mec (l’homo du spectacle ?) fait avec ce qu’il est. Je crois que quand on parle des choses avec amour, on peut parler de tout, et on peut dire à un mec…

Que c’est une folle ?

Oui ou un Arabe que c’est un sale con. Je m’en fous surtout.

Et vous n’avez vraiment pas lu les propos de Dieudonné ou vous ne voulez pas en parler ?

Non, j’ai su ce qu’il a dit en parlant à Elie Semoun. Lui m’a dit qu’il était antisémite et qu’il était passé de l’autre côté. Il aimerait qu’il atterrisse car il le préférait quand il n’était pas comme ça. On ne devrait pas lui dire ce qu’il doit faire ou pas.

Vous êtes plus, comme disent les Américains, du côté Freedom of speech…

C’est son problème. On peut commenter pendant des heures. Soit je m’intéresse au sujet et je fais quelque chose pour contrecarrer la chose si c’est violent, soit… La seule chose qui m’embête c’est quand je vois qu’Elie ça le touche.

Parlons d’Alain Delon, qu’est-ce qu’il vous a fait ?

Il a plusieurs choses Alain Delon. Tout de suite, il m’a fait rêver. Ce n’est pas vraiment un laideron, mais surtout il me touche. Ce n’est pas vraiment Alain, c’est ce qui fait Alain Delon. Je vois l’enfant chez lui.

Est-ce que c’est sa ligne qui vous lui plaît ? Une certaine forme de liberté qui lui permet d’avoir des accidents de carrière…

J’aime ses choix. Il est au théâtre, il va donner. Il n’est pas obligé de faire ça à 68 ans.

Vous le connaissez bien ?

Un peu… Mais je le connais très bien parce que je le sens. Je pense qu’on a même des points communs. Il représente une époque, une mentalité. Je donnerai beaucoup pour être née quinze plus tôt. Après Sautet, pour moi le cinéma, c’est ça.

Est-ce que son côté voyou vous plaît ?

Evidemment. Avec son côté voyou-tendre, avec la gueule qu’il a… Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ?

Avant de faire cette interview, j’ai revu « Mari-Line» et je me suis dit : on a l’impression d’un vrai talent, d’un choix culotté. Et c’est dommage qu’il n’y ait pas eu d’autres films après…Et ce que ça à voir avec le monde de la création qui vous passionniez le plus ?

Non. Pendant longtemps, je n’ai pas eu beaucoup de propositions et un jour je reçois un scénario que Mehdi Sharef a écrit en pensant à moi. Je le lis, je le ferme et j’appelle Meddi. Evidemment, il n’y avait pas de stratégie. Je le sens, c’est magnifique, je le fais. Point. Après, on peut se dire qu’il est arrivé un peu tôt. Comme un « Tchao Pantin » qui arrive un peu tôt. Si j’avais fait trois-quatre films qui avait bien marché, c’est un autre regard, on aurait fait ça autrement. Ce film a d’ailleurs fonctionné, mais je savais ce que je tournais. Et le rôle n’était pas difficile.

Le rôle était difficile ?

Non, je suis cette femme (Mari-Line) Je ne joue pas, je suis. Cela me parlait. On est pas là pour jouer, on est là pour être.

« Saint-Jacques… La Mecque », c’est quoi ?

C’est une comédie. Une comédie dramatique avec une magnifique histoire d’amour au milieu et puis des choses très fortes qui sont dites. C’est l’histoire d’un groupe de neuf personnes qui va faire le parcours de Saint-Jacques-de-Compostelle. Le film commence deux frères chez un notaire qui leurs dits : votre mère est morte et vous allez avoir un héritage assez énorme, mais il y a un petit PS dans le testament qui dit : pour toucher l’héritage, vous devrez faire le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle en dormant dans les mêmes gîtes. C’est un voyage à la fois intérieur et extérieur. Et j’ai adoré travailler avec Colline.

Vous la connaissiez ?

Non, c’est Line Renaud qui me l’a présentée au cours d’un dîner. Et un jour, elle m’a appelé et m’a dit j’ai écrit un film en pensant à toi. J’ai dit oui avant de lire le scénario. J’incarne un beau personnage. C’est une professeur de lettres qui fait croire à un des deux frères qu’ils vont à La Mecque et puis elle lui apprend à lire.

Vous revenez à Paris après la tournée, quels sont vos futurs projets ?

Maintenant, je sens que certains aimeraient que je chante. Alors je veux faire une scène d’abord, puis ensuite sortir un album. Je veux que les gens viennent me voir pour moi et pas pour un tube. Je veux sentir ça. Je n’ai jamais écrit de chanson de ma vie et mardi dernier, j’ai eu un truc. J’ai écrit une chanson en une heure et l’album en quatre jours. Un truc de fou. Onze chansons dont je ne touche pas une ligne. J’étais à l’île Maurice. Je n’ai pas cherché à écrire les chansons. J’ai même écrit une chanson pour Johnny. Il ne faudra pas le noter ça.

Et pourquoi cela arrive maintenant ?

Cela arrive parce que je suis débarrassé de beaucoup de choses. C’est ce qu’on appelle en psychanalyse le « lâchez prise ». Je me sens très libre. Alors, je pense faire une salle de 400 places et le titre serait : « je chante les chansons que j’ai écrit et ça dur une heure ». Je veux revenir à l’essentiel que ce n’est pas lié à la machine, à l’économie.

N’est-elle pas un peu dingue la machine ?

C’est au-delà. On fait croire aux gens que pour être heureux, il faut avoir ou paraître. C’est foutu puisqu’ils courent après quelque chose sans fin. C’est à l’envers.

Qu’est-ce qu’on peut faire ?

Après c’est chacun. Je crois à tout petit ensemble. C’est l’inverse de grosses choses dont on parle. Et toi qu’est-ce que tu fais ?

Quand on fait l’interview de quelqu’un, on se demande toujours ce que veulent lire les lecteurs. Il y a beaucoup de jeunes lecteurs de Têtu qui veulent avoir des modèles. En regardant comment font des personnalités cela peut les aider, ils peuvent mieux s’en sortir. Qu’est-ce que vous pouvez leur dire ?

J’ai eu une conversation avec une femme et il se trouve qu’elle est avec une fille. Elle n’avait pas l’air d’aller bien et elle m’a dit : «je l’ai dit à mes parents et ça coince». Mais comment faire comprendre à des jeunes qu’il faut se défaire de la culpabilité. On est coupable de rien. Il faut faire attention, mais c’est vrai que présenter ça à ses parents cela soulage. Si on doit présenter ça à ses parents, j’attaquerais peut être en disant : papa et maman, vous allez être contents, j’ai une super nouvelle : j’aime quelqu’un. Ah bon, formidable magnifique…Et comment elle s’appelle ? Jean-Jacques. Ah. Vous n’entendez pas la bonne nouvelle là-dedans que j’aime et que je suis aimé ? dommage pour vous. Si les parents ne veulent pas l’entendre, c’est leur problème. Il faut avoir confiance et ce dire que ça va mûrir. On retombe sur le début, ce n’est pas un scoop.

Interview Originale sur Têtu.com

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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