Brandon Teena (1972-1993)

Mais surtout, il était tombé amoureux de Lana Tisdel, l’ex de John Lotter pour laquelle celui-ci continuait de nourrir des sentiments profonds. Il s’était ainsi attiré la jalousie de John et devait tromper sa vigilance.

Breandon Teena

Le meurtre sordide de Brandon fut particulièrement médiatisé et fit l’objet d’articles dans la presse LGBT dès 1994 tels que The FTM Newsletter, Transsexual News Telegraph, TransSisters, Transgender Tapestry, The Village Voice, The Advocate, Girlfriends, Playboy, The New Yorker, and GLQ: A Journal of Lesbian and Gay Studies. La journaliste Aphrodite Jones, spécialisée dans l’analyse de crimes qui font débat dans l’opinion publique, y trouva la matière à consacrer en 1996 un livre sur l’affaire Brandon Teena intitulé All S/He Wanted qui a servi de base au scénario du film Boys Don’t Cry. (http://www.aphroditejones.com/)

Breandon Teena

Le meurtre devenait une histoire qui permettait de sensibiliser la grande opinion publique américaine à un phénomène qu’elle ne voulait pas voir : les « troubles » du genre, au sens de confusions mais aussi de problèmes.

Quels ont été les effets à court, moyen et long terme de l’affaire Brandon Teena ?

Voyons d’abord l’impact de l’affaire pour les communautés transgenres.

Le 27 décembre 2003, dix ans après le meurtre haineux de Brandon Teena, le quotidien Usa Today, le journal le plus lu aux États-Unis, publiait un article intitulé « Transgendered community remembers murder » (La communauté transgenre se souvient du meurtre) et signé de Falls City dans le Nebraska.

D’après l’article, au moment du meurtre de Brandon Teena, une nouvelle génération d’activistes et de militants est apparue pour demander une meilleure protection des droits civils des transgenres. En 2003, dix ans après la mort de Brandon Teena, 65 municipalités et 4 États avaient adopté des lois contre le crime haineux qui incluait spécifiquement le cas des transsexuels. Il existait aussi désormais une institution de veille qui fait du lobbying : le Transgender Law Policy Institute, chargé de faire avancer les droits des transgenres, y compris dans les entreprises.

Depuis 1997, le Nebraska (où Brandon Teena a vécu et a été assassiné) a adopté une législation sévère contre les crimes de haine, mais il n’y est pas question spécifiquement des transsexuels. Toutefois, depuis le meurtre de Teena et les deux films (celui de K. Pierce et le documentaire de Muska et Olafdottir), les transgenres américains ont trouvé un terrain d’entente avec les groupes de défense des droits des gays et lesbiennes. C’est en tout cas ce que dit Paisley Currah, le directeur exécutif du Centre des Études Gays et Lesbiennes de Brooklyn College, à New-York. Selon lui, la médiatisation du cas de Brandon Teena a permis de montrer les liens entre les combats des transgenres et ceux des homosexuels. Elle a aussi éduqué l’Amérique au niveau national et a permis de montrer que les transgenres n’étaient pas des monstres mais qu’ils pouvaient être de bons amis, des partenaires, des membres à part entière de famille. Ce qui a choqué les Américains, c’est la brutalité du crime commis mais aussi la veulerie des forces de police qui n’ont pas cherché à intervenir et qui n’ont pas fait leur travail. L’homophobie et la transphobie de la police a conduit au pire : la mort d’un jeune de 21 ans la veille du Nouvel An.

En 2001, c’est-à-dire très tardivement, la Cour suprême de l’État du Nebraska a reconnu que l’ancien shérif du comté de Richardson, Charles Laux, n’avait montré aucune compassion à Brandon Teena lorsqu’il a recueilli sa déposition après le viol et sa plainte contre John Lotter et Tim Nissen. C’est encore la Cour Suprême qui a ordonné à un juge de retirer l’amende qu’un juge avait imposé à Joann Brandon pour la punir d’avoir donné mauvais exemple à sa fille (Teena Brandon) par son style de vie.

Il existe un site en ligne qui comptabilise tous les assassinats dont sont victimes les transgenres : Remembering Our Dead. Il a été créé en 1998, suite au meurtre encore non élucidé de Rita Hester mais il utilise la popularité posthume de Brandon Teena qui sert de vitrine aux communautés. Les crimes de haine envers les transgenres continuent d’être importants aux États-Unis : 17 rien qu’en 2002. D’autres organisations essaient également de nourrir le débat américain en apportant des statistiques les plus précises possibles. C’est le cas de l’association Transgender Day of Remembrance (le Jour du Souvenir Transgenre) qui publie ses statistiques sur son site. Entre 1970 et 2010, elle a recensé 321 crimes uniquement dirigés contre les transsexuels. Certaines victimes sont tellement molestées qu’elles sont non-identifiables. La plupart du temps, les transsexuels sont victimes de mort violente par arme à feu à bout portant, par strangulation ou coups de poignard répétés. Ils sont battus à mort, défigurés, brûlés. Certains meurent des suites de leurs blessures sans avoir été suffisamment rapidement pris en charge par des équipes de police ou des équipes soignantes soupçonnées de non assistance. L’âge moyen des victimes se situe entre 20 et 50 ans, mais en 2010, c’est un bébé de 16 mois qui a été tué par son père qui voulait que son fils cesse de se conduire comme une fille.

Le bilan est donc celui d’une augmentation de la visibilité des questions posées par le transsexualisme et du début d’un combat qui vise à revendiquer des droits pour les individus transgenre. Ce combat s’est accentué sous la présidence de Barack Obama, mais il n’en est qu’à ses débuts et les crimes de haine continuent sans marquer le pas. Ils sont toujours sous-enregistrés et restent souvent classés sans suite.

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