Renée Vivien (1877-1909)

Quant à sa relation passionnée avec Natalie Barney, elle ne la satisfait pas : à la fin de l’année 1901, elle rompt pour la première fois. En 1901, paraît son premier recueil : Études et préludes.

De 1901 à 1909, l’intense production littéraire et poétique se mêle à des tentatives de suicide. Renée vit le spleen baudelairien, se drogue, boit de plus en plus d’alcool en solitaire. Avec Natalie Clifford Barney, elle vit de ruptures et de frustrations. Elle fréquenta son cercle et ne cessa jamais de la voir, mais ne fut jamais heureuse avec elle.

En 1902, elle commence une relation amoureuse avec la baronne Hélène de Zuylen de Nyevelt, de 14 ans son aînée. Cette femme lui apporte pour la première fois de la sécurité, mais toujours pas un amour exclusif, fidèle et sans homme. Son idéal saphique s’affirme.

En 1904, elle commence une correspondance passionnelle avec une jeune femme turque, éduquée en France, admirative de sa production poétique. En 1905, elle rencontre Kérimé Turkhan-Pacha à Istanbul.

Le souvenir de ta chair m’épuise et m’enchante… Je ne puis oublier la saveur de tes lèvres…

Ma Maîtresse incomparable, je t’appartiens pour l’éternité. Souviens-toi de ton amant [sic].

Mais, malgré ses amours et son travail, sa santé décline et les idées sombres ne la quittent pas. À 32 ans, tout comme Violet Shillito avant sa mort, elle se convertit au catholicisme. Elle décède à Paris, dans son appartement, à 6 heures du matin. Elle est enterrée au cimetière de Passy, dans le caveau familial qu’Hélène De Zuylen fit reconstruire dans un style néo-gothique.

Renee Vivien

Renée Vivien a été une lesbienne moderne, essayant de vivre au grand jour sa sexualité, mais elle a surtout été la veuve et l’inconsolée, celle qui a vécu sur des regrets et dont l’envol a été comme heurté ou soufflé. Elle se disait elle-même être « un astre tombé au milieu de la nuit ». Très jeune, elle sombre dans la mélancolie : aujourd’hui, nous dirions sans doute et au bas mot qu’elle était dépressive. Son mal de vivre était évident. En témoigne ce « Petit poème érotique » :

Et je regrette et je cherche Psappha (autre nom de Sapho).

Et je regrette et je cherche ton doux baiser.
Quelle femme saurait me plaire et m’apaiser ?
Laquelle apporterait les voluptés anciennes
Sur des lèvres sans fard et pareilles aux tiennes ?

Je le sais, tu mentais, ton rire sonnait creux
Mais ton baiser fut lent, étroit et savoureux,
Il s’attardait, et ce baiser atteignait l’âme,
Car tu fus à la fois le serpent et la femme.

Mais souviens-toi de la façon dont je t’aimais…
Moi, ne suis-je plus rien dans ta chair ? Si jamais
Tu sanglotas mon nom dans l’instant sans défense,
Souviens-toi de ce cri suivi d’un grand silence.

Je ne sais plus aimer les beaux chants ni les lys
Et ma maison ressemble aux grands nécropolis.
Moi qui voudrais chanter, je demeure muette.
Je désire et je cherche et surtout je regrette…

Renée Vivien, Sillages, 1908.

Renée Vivien ressemble finalement à un personnage tragique et romantique dépassée (la grande époque romantique s’est achevée dans les années 1840) : longue, aérienne, vêtue de noir, baissant les paupières, elle a subi une existence qu’elle a cherché à transfigurer en œuvre.

Renee Vivien

Traumatisée par la mort de son amie d’enfance, dominée et influencée par son premier amour lui aussi assez destructeur pour Natalie Clifford Barney, maternée par la Baronne de Zuylen et fantasmée par Kérimée, elle n’a jamais trouvé sa juste place, d’où peut-être son angoisse de vivre et sa morbidité amoureuse. Il n’en reste pas moins qu’au niveau littéraire, elle est l’une des rares poétesses à disposer d’une œuvre aussi sulfureuse par leur portée saphique explicite, même si elle fut dans l’héritage de Baudelaire et des Parnassiens plutôt que dans l’avant-garde. Constamment dans l’élégie, la complainte ou la déclaration amoureuse, elle délaissa les grandes questions sociales et politiques de son temps et vécut renfermée sur elle-même.

Pour en savoir plus :

Quelques-unes de ses œuvres sont disponibles en ligne, tel ce recueil :

Renée Vivien, Du Vert au Violet, Paris, librairie Lemerre, 1903 : format pdf.

La bible est ici le site de Sabine Huet sur les Inédits Lesbiens.

Le site consacré à Renée Vivien présente beaucoup de documents et une bibliographie complète et très utile : Renée Vivien.

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