Violet Trefusis ou l’audace de l’amour à tout prix

Violet, de retour à Londres en 1912, est au désespoir et rongée par la jalousie. Violet découvre une Vita embellie qui la fascine. Vita a été heureuse de revoir Violet à son retour d’ « exil », mais elle est dans son histoire avec Rosamund et la passion de Violet l’amuse. Ainsi, Violet tente en vain de la rendre jalouse en flirtant avec plusieurs hommes, mais rien n’y fait. Vita se marie avec Harold en octobre 1913. En fait, Vita n’a accepté ce mariage que sous la pression maternelle : après la célébration, Mme Sackville-West délivre une rente annuelle de 2 500 £ à sa fille. Toutefois, Violet refuse d’assister au mariage. Et les époux Nicolson partent dans un long voyage de noces en Italie qui les éloignent de leurs liaisons réciproques. Ils ne reviennent qu’en juin 1914 avec un premier fils dont Violet demande sarcastiquement à devenir la marraine. Malgré cette attache, symbolique, les deux femmes se voient peu. La présence d’Harold dans les parages de Vita décourage Violet. Vita fait une fausse-couche en 1915, mais elle est à nouveau rapidement enceinte en 1916. Le deuxième fils naît en janvier 1917. Tout ceci éloigne Violet que la félicité domestique de Vita ennuie et trouble.

Tout change en 1918, à la faveur d’une initiative de Violet Keppel. Celle-ci s’invite de son propre chef à Long Barn dans la résidence des Nicolson. Elle y reste une semaine sans que rien ne se passe, puis le 18 avril 1918, Vita, en confiance, se décide à tout dire à Violet de sa « nature ». Violet l’écoute, attire ensuite Vita à elle pour que celle-ci l’embrasse et se retire dans sa chambre toujours dans le but que Vita prenne l’initiative de la suivre et de la prendre. La grande passion commence. Celle que Violet a attendue depuis des années tombe follement dans ses bras. Dix jours après la « révélation », les deux amantes partent pour la Cornouaille et vivent leur passion dans une pittoresque maison de pêcheur. Elles y restent jusqu’au 10 mai. Début juin, elles repartent en Cornouailles pour à nouveau 15 jours d’amour et elles s’enferment dans un monde à elles : elles prennent des surnoms (Lushka pour Violet) et s’écrivent en langage secret, codé. Violet donne à Vita la liberté qui lui manque et l’exalte, lui propose un monde plus vaste, idéal et romantique où tout est possible. L’été est passionnel. À l’automne, Vita commence même à se travestir en public. Tout est épique et le moindre geste brave la loi, l’ordre et la morale. Mais ce n’est pas assez pour Violet qui exige de plus en plus : non seulement elle veut Vita rien que pour elle, mais celle-ci doit renoncer à tout rapport sexuel avec son mari, Harold. Violet exige une fidélité totale et projette une grande aventure : quitter l’Angleterre avec Vita en novembre. La perspective de fiançailles qui semblent inévitables pour Violet avec l’officier Denys Trefusis est même un argument supplémentaire pour convaincre Vita de la suivre, en laissant derrière elle, mari, enfants et conventions sociales. Les deux femmes fuguent ensemble à Paris de la mi-novembre jusqu’à la mi-mars 1919. À Paris, Vita ose le travestissement et joue le personnage qu’elle s’est inventée : celui de Mitya ou de Julian, l’homme conquérant. Violet, quant à elle, est Lushka, l’amante attentionnée. Les deux femmes passent Noël ensemble, loin de leurs familles respectives, à Monte-Carlo. Leur audace et leur indépendance semblent totales. Mais, à Londres, la mère de Vita fait de plus en plus pression sur Harold pour qu’il intervienne. Finalement, Vita accepte de rentrer suite aux lettres répétées et aux suppliques de son mari qui en appelait à sa tendresse et ses devoirs.

À leur retour, la mère de Violet contraint sa fille à des fiançailles précipitées avec Denys Trefusis. Elles sont annoncées pour le 26 mars 1919. Lorsque Vita l’apprend, sa dépression s’accentue. Violet assure à son aimée que le mariage sera blanc : elle fait admettre à son futur époux une étrange clause de non consommation des liens conjugaux. Elle utilise aussi à nouveau l’argument des fiançailles pour presser Vita de repartir pour une nouvelle fugue. Tous les arguments sont bons : flatteries mais aussi culpabilisation, menace de suicide, avilissement et insultes. Les lettres de Violet sont tyranniques, tout comme son amour pour Vita. Violet ne rêve que d’une vie à deux avec la femme qu’elle aime depuis l’enfance et qu’elle croit être faite pour elle et elle est persuadée que l’amour peut tout, y compris renverser les conventions sociales.

« Je t’ai donné mon corps mille et une fois pour que tu en disposes selon ton bon plaisir, pour que tu le déchires en petits morceaux si ça te chantait… Tu es mon amant et je suis ta maîtresse, et les royaumes, les empires, les gouvernements… se sont écroulés jusqu’ici sous les coups de cette invincible alliance »

Violet ne peut alors passer que pour une manipulatrice, égoïste, jalouse, tyrannique. Elle est d’ailleurs lucide, mais elle est aussi terriblement résolue à ne pas passer à côté de ce qu’elle désire.

Violet Trefusis

Elle complote ainsi avec son amante un enlèvement la veille de son mariage. Vita semble résolue, mais rien de tel ne se passa. Le mariage de Violet fut célébré le 16 juin 1919. Violet en a le cœur brisé. Le mariage de Violet est très mal vécu par Vita qui 48 heures après les festivités enlève Violet pour blesser Denys et manifester sa fureur d’avoir été « dévirilisée » et chasser de son piédestal. S’en suit un véritable « viol » de Violet par Vita. L’aventure aurait pu en rester là, mais Violet veut toujours Vita. Les deux femmes s’enfuient à nouveau ensemble en France entre le 19 octobre et le 18 décembre 1919. C’est Lady Sackville-West qui ramène sa fille en Angleterre auprès de son foyer en menaçant sa fille de la déshériter. Quant à Violet, Denys la menace de supprimer tout soutien financier si elle continue à vouloir vivre avec Vita. Les premiers mois de l’année 1920 sont éprouvants pour Vita, Violet, Denys et Harold. Les mariages sont mis à rude épreuve. Pour mettre fin aux scènes, Alice Keppel, impose à sa fille et à son gendre un long Tour du Monde et les menace de leur couper les vivres s’ils refusent de partir. Pour Violet, la fille gâtée et préférée de sa mère – un vrai modèle pour elle, cette menace est une catastrophe et elle tombe à ses genoux pour la supplier de ne pas lui imposer un tel sacrifice. Alice y consent et le voyage forcé se transforme en escapade de deux mois à Alger, à condition que le couple aille ensuite s’installer dans le midi de la France, loin de l’Angleterre. Malgré une ultime escapade pendant laquelle Vita rejoint Violet en Avignon pour l’enlever à Venise entre mars et avril 1920, la liaison des deux femmes est désormais minée par les déceptions, l’amertume et les compromissions. Violet estime avoir tout perdu : le soutien et le respect de sa famille et de sa mère, l’amour de son mari. Revoir épisodiquement Vita lui semble encore nécessaire, mais également décevant et surtout insuffisant. Les relations entre les deux femmes deviennent extrêmement tendues. Violet invente et calcule mille tortures dans ses lettres. Violet affirme être battue par son mari. En fait, elle est devenue totalement dépendante de Vita qui représente le Prince charmant idéal de son rêve et ne peut accepter la vie parallèle de sa compagne.

Violet Trefusis

En 1921, les deux femmes se séparent. Vita se remet au travail aux côtés d’Harold dans leur maison de Long Barn en Angleterre et Violet s’installe à Paris dans un appartement rue Fourcroy avec son mari jusqu’à la mort de celui-ci (de tuberculose) en 1929.

Violet Trefusis

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