[Film] Carol
- Aumai77
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Re: [Film] Carol
Vous me donnez envie de le revoir
Merci!
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Griottesurlegateau
Re: [Film] Carol
Aumai77 a écrit :Vous me donnez envie de le revoir Merci!
En revanche, je bute toujours sur cette dernière scène, dans ce moment précis, juste avant que Carol ne rencontre et n'accroche le regard de Thérèse à l'Oak Room.

J'aurais aimé voir dans le jeu de Cate Blanchett, une lueur de surprise en voyant Thérèse. Rien qu'une lueur...
Certes, elle a l'air ailleurs dans cette conversation, avec ces personnes réunies autour de la table mais son regard glisse de sa rêverie au visage de Thérèse, sans nuance, sans cette once d'étonnement.
Ce n'était pas vraiment gagné d'avance que Thérèse fasse demi-tour et revienne sur ses pas.
Elle avait été éconduite au Ritz Tower Hotel...
On a le sentiment, là, dans le jeu, que c'est tout naturel qu'elle voit soudain Thérèse surgir dans son champ de vision.
L'échange des regards après ce moment, est vraiment superbe.
Il est subtil, tout en finesse et en intériorité.
Là, je trouve le jeu de Cate Blanchett très juste.
- Aumai77
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Re: [Film] Carol
Je me demande ce qui te pose réellement problème
Ça s'appelle la confiance en soi, non
Je plaisante, mais je comprend ce que tu veux dire... Je pense qu'elle est sûre d'elle, de ses sentiments, de ceux de Thérèse et donc pas étonnée que Thérèse soit là. Avec tout ce qui s'est passé, c'est le contraire qui l'aurait étonné ... euh, qui m'aurait étonné... En y réfléchissant, c'est peut-être un peu perso ce que j'en dis ...
Je plaisante, mais je comprend ce que tu veux dire... Je pense qu'elle est sûre d'elle, de ses sentiments, de ceux de Thérèse et donc pas étonnée que Thérèse soit là. Avec tout ce qui s'est passé, c'est le contraire qui l'aurait étonné ... euh, qui m'aurait étonné... En y réfléchissant, c'est peut-être un peu perso ce que j'en dis ...
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Griottesurlegateau
Re: [Film] Carol
Dans ma lecture, ça ne va pas de soiAumai77 a écrit :Je pense qu'elle est sûre d'elle, de ses sentiments, de ceux de Thérèse et donc pas étonnée que Thérèse soit là.
Qu'elle soit sûre de ses sentiments, c'est un fait, c'est pour cette raison d'ailleurs qu'elle lui propose de vivre avec elle, qu'elle prend le risque d'être éconduite et qu'on ressent une grande tension dans ce moment décisif qu'elle a provoqué.
A ce moment précis où elle est prête à se lancer entière dans la relation, Thérèse ne l'est peut-être plus, échaudée par ces mois de silence.
Carol ne lui a pas répondu lorsqu'elle l'a appelée (cette scène est d'ailleurs terriblement touchante, quand Carol ayant raccroché, Thérèse lui dit à deux reprises "I miss you").

Certaine des sentiments de Thérèse...je ne sais pas.
Elle lui dit, en arrivant au Ritz, qu'elle n'était pas sûre qu'elle viendrait.
Ce n'est pas gagné d'avance, je trouve.
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Griottesurlegateau
Re: [Film] Carol
Quelques moments de tournage...
Behind the Scenes Movie
Avec le directeur de la photographie Ed Lachman



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- Fantasmagorie
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Re: [Film] Carol
Ce film est splendide. Il est aussi magnifique et subtil que l’est Belivet. Je n’ai jamais vu quelque chose de semblable. Si je ne devais le décrire qu’avec un seul adjectif, je dirais « grandiose ». La musique qui l’accompagne est pleine de délicatesse, pareil à cette main qui se pose légèrement sur l’épaule de Therese, ce moment qui caractérise toute la subtilité et le génie – puisque rien n’est parfait - de Carol. Je pense qu’on a besoin de plus de films comme celui-ci. Un film artistique, où le visuel a une grande place, où le scénario est parfaitement bien construit, où le son arrive à transporter l’âme directement au cœur du sujet, sans détour. Pour moi Carol est un chef-d’œuvre et il raconte, pour couronner le tout l’histoire entre deux femmes. Il en faudrait tellement d’autres comme Carol. De ce calibre-ci mais si je ne pouvais demander qu’une chose ce serait de commencer là où Carol se termine. Et plus encore, ce serait de demander un film artistique qui raconte l’histoire d’amour, la vie, l’aventure, n’importe quoi, entre deux femmes qui sont déjà ensemble au préalable.
Je me demande pourquoi ce choix de titre en la personne de Carol ? D’une part car je trouve que donner le nom d’une personne, étant censée être le personnage principal d’un film (d’un roman, d’une série) est une facilité, d’autres part car je trouve que notre attention devrait plutôt être tournée vers Therese et non Carol. Mais sans doute, doit-on adopter l’histoire sous le point de vue de Therese, et donc, dans ce cas, l’objet de recherche est Carol à ses yeux. Il est question de découvrir Carol avec elle, d'entrer dans son univers, son monde. Mais Belivet est tout aussi mystérieuse aux yeux de Carol, j’en suis sûre. Et donc ce qui aurait été judicieux, c’est de donner comme titre au film « Carol et Therese ». Comme « Aimée et Jaguar » par exemple. Moi j l'aurais même nommé Therese Belivet.
Remarques générales aléatoires :
La lettre de Carol est poétique et très philosophique. « La vie est un éternel recommencement ».
Il en ressort (de la lettre) un trait de caractère présent chez Carol depuis le début du film. C’est ancré en elle et elle ne veut absolument pas laisser ni Abby ni Therese prendre la responsabilité de ce qui a pu se passer à propos de Harge et sa fille. J’aime ça chez elle. Lorsqu’elle dit à Abby « don’t you dare » alors que cette dernière se torturait l’esprit à savoir si elle était responsable du fait que Harge voulait aller en audience pour la garde de Rindy. Ou bien Dans la voiture, avec Therese, alors que celle-ci se reprochait le fait d’avoir eu envie d’elle et d’avoir tout pris. Carol qui conduit la voiture, prend le temps de s’arrêter, de se mettre à côté sur la route et de bien lui faire comprendre que ce n’est pas de sa faute, que tout ce qu’elle a donné, Carol a consenti à le prendre.
Vers la fin... Jack gâche tout… Carol, dans un sublime moment, dit à Therese qu’elle l’aime et c’est ce moment-là, précisément, où ce rabat joie de Jack arrive pour casser l’ambiance… J’aurais aimé entendre la réponse de Therere. Aurait-elle-même répondu… ? Ou serait-elle restée silencieuse ?
Carol qui demande à Fred pourquoi les gens pensent qu’en s’asseyant on supporterait plus les mauvaises nouvelles, une de mes citations préférées, avec ce moment où elle dit « juste quand on pense que les choses ne pourraient pas être pires, il n’y a plus de cigarettes ».
Je ne me souviens pas avoir entendu quelque chose sur la famille de Therese. Des parents ? Des frères ? Une famille quelque part ?
la décision de Carol :
ça m’avait déjà choquée la première fois en regardant le film, que Carol, alors qu’elle fait remarquer à Harge qu’il est ivre, le laisse quand même prendre la route avec sa fille. Déjà tout seul, il ne devrait pas… mais avec une petite fille derrière…
Donc, il y a deux solutions : soit, après la décision de Carol, Harge grandit et oubli son chagrin et sa rancune envers elle, soit il reste un crétin toujours en quête de vengeance lorsqu'il va apprendre que Carol et Belivet vont vivre ensemble et là Dieu seul sait combien il va se soûler et risquer de blesser la petite. Parce que prendre la voiture alors qu'on est énervé et ivre, en quoi c'est le meilleur de choix pour Rindy ?
Mais, c'est vrai, Harge avait l'air de s'être un peu calmé après le discours de Carol à l'audience. Je pense qu'il s'est senti bête.
Pour moi "l'hétéronome" n'a rien avoir ici, on ne demande pas à Carol de cesser de voir des femmes dans le but d'aller voir des hommes. Comme l'a très bien dit Abby, Harge durant 10 ans a tenu à faire en sorte d'être le monde de Carol. Lui et sa famille et son cercle d'amis. C'est ça la prison de Carol. En gros le problème c'est Harge qui ne supporte pas de laisser partir Carol. Qui a-t-il pour l'atteindre ? Rindy. Alors il se lance dans la bataille. Si Carol était hétérosexuelle, ça ne changerait rien au fait que Harge dormirait encore mal la nuit... sa femme serait avec un autre. S'il n'attaque pas Carol pour "moralité" ce sera pour autre chose. Il s'est bien débrouillé pour trouver cette histoire de décence.
Autour d'Abby :
Ont-elles été ensemble ? Oui. Pendant combien de temps ? Pourquoi se sont-elles séparées ? qu’est-ce qui fait que Carol a fait son choix maintenant avec Therese mais pas avec Abby ?
Le mystère qu’il y a autour d’Abby repose sur cette question de Therese « toi et Carol, que s’est-il passé ? ». On ne le saura jamais. Moi ça m’intrigue cette partie de son passé. Abby donne quelques détails à ce propos, mais ce qu’elle en dit est plus intriguant que si elle n’avait rien dit du tout au final. Peut-on dire que ce qu’elle a raconté est ce qui s’est seulement passé entre elles ?
Abby, une figure forte dans la vie de Carol, une ancienne amante, un soutient colossal. Physique et moral.
Sinon, il y a encore des millions de choses à dire.
Je me demande pourquoi ce choix de titre en la personne de Carol ? D’une part car je trouve que donner le nom d’une personne, étant censée être le personnage principal d’un film (d’un roman, d’une série) est une facilité, d’autres part car je trouve que notre attention devrait plutôt être tournée vers Therese et non Carol. Mais sans doute, doit-on adopter l’histoire sous le point de vue de Therese, et donc, dans ce cas, l’objet de recherche est Carol à ses yeux. Il est question de découvrir Carol avec elle, d'entrer dans son univers, son monde. Mais Belivet est tout aussi mystérieuse aux yeux de Carol, j’en suis sûre. Et donc ce qui aurait été judicieux, c’est de donner comme titre au film « Carol et Therese ». Comme « Aimée et Jaguar » par exemple. Moi j l'aurais même nommé Therese Belivet.
Remarques générales aléatoires :
La lettre de Carol est poétique et très philosophique. « La vie est un éternel recommencement ».
Il en ressort (de la lettre) un trait de caractère présent chez Carol depuis le début du film. C’est ancré en elle et elle ne veut absolument pas laisser ni Abby ni Therese prendre la responsabilité de ce qui a pu se passer à propos de Harge et sa fille. J’aime ça chez elle. Lorsqu’elle dit à Abby « don’t you dare » alors que cette dernière se torturait l’esprit à savoir si elle était responsable du fait que Harge voulait aller en audience pour la garde de Rindy. Ou bien Dans la voiture, avec Therese, alors que celle-ci se reprochait le fait d’avoir eu envie d’elle et d’avoir tout pris. Carol qui conduit la voiture, prend le temps de s’arrêter, de se mettre à côté sur la route et de bien lui faire comprendre que ce n’est pas de sa faute, que tout ce qu’elle a donné, Carol a consenti à le prendre.
Vers la fin... Jack gâche tout… Carol, dans un sublime moment, dit à Therese qu’elle l’aime et c’est ce moment-là, précisément, où ce rabat joie de Jack arrive pour casser l’ambiance… J’aurais aimé entendre la réponse de Therere. Aurait-elle-même répondu… ? Ou serait-elle restée silencieuse ?
Carol qui demande à Fred pourquoi les gens pensent qu’en s’asseyant on supporterait plus les mauvaises nouvelles, une de mes citations préférées, avec ce moment où elle dit « juste quand on pense que les choses ne pourraient pas être pires, il n’y a plus de cigarettes ».
Je ne me souviens pas avoir entendu quelque chose sur la famille de Therese. Des parents ? Des frères ? Une famille quelque part ?
J'avais dit ça à la date du 21 janvier... J'y reviens en Octobre donc...Fantasmagorie a écrit :Il y a encore beaucoup de choses à dire sur le film, notamment, L'homosexualité, la decision de Carol à la fin, Abby. J'y reviendrai sûrement.
la décision de Carol :
Je comprends maintenant que malgré sa peine, Carol a tenu a faire ce qui était le mieux dans l'intérêt de sa fille. Sa décision n'a été prise que selon ce qui était le mieux pour Rindy. Il s'est passé un fait semblable dans Private Practice où Violet a laissé tomber son fils (l'a laissé à son père pour qu'il s'en occupe), selon elle, pour son propre bien car le traumatisme qu'elle avait subi l’empêchait d'être capable de prendre soin du petit. Donc, oui je comprends ce point de vue. Ici, le plus important est que Carol ne l'est pas fait pour elle. Mais elle a quand même fait un choix, que je pense dans ce cas-ci n'était pas le mieux pour Rindy.Griottesurlegateau a écrit :Je suis remontée au début du topic car ce point en particulier avait vraiment attiré mon attention à la lecture du livre. La réponse d'Aumai m'avait assez déroutée d'ailleurs.
ça m’avait déjà choquée la première fois en regardant le film, que Carol, alors qu’elle fait remarquer à Harge qu’il est ivre, le laisse quand même prendre la route avec sa fille. Déjà tout seul, il ne devrait pas… mais avec une petite fille derrière…
Donc, il y a deux solutions : soit, après la décision de Carol, Harge grandit et oubli son chagrin et sa rancune envers elle, soit il reste un crétin toujours en quête de vengeance lorsqu'il va apprendre que Carol et Belivet vont vivre ensemble et là Dieu seul sait combien il va se soûler et risquer de blesser la petite. Parce que prendre la voiture alors qu'on est énervé et ivre, en quoi c'est le meilleur de choix pour Rindy ?
Mais, c'est vrai, Harge avait l'air de s'être un peu calmé après le discours de Carol à l'audience. Je pense qu'il s'est senti bête.
Pour savoir si c’est la société qui lui a imposé ce choix, posons-nous cette question : Si Belivet avait été un homme Carol aurait-elle fait un choix différent ? Si Belivet avait été n’importe quel amant ? Carol a fait le choix d’être avec son amour. Je pense que si Belivet avait été un homme, son choix aurait été le même. Elle aurait laissé sa fille à Harge. Donc dans ce cas, en quoi son choix serait-il imposé par la société ? Est-ce que si Belivet avait été un homme, Harge l’aurait mieux pris ? Cela aurait-il été à ses yeux plus « décent » ? Si Belivet avait été un homme, Harge n’aurait engagé personne pour les espionner ? Elle a fait le choix de laisser sa fille. C’est son choix. Je ne vois pas pourquoi il en serait autrement, si elle avait été hétérosexuelle et qu’elle avait eu un amant. La société n’a pas poussé Carol dans les bras de quelqu’un d’autre. (C'est là le premier problème). Le problème est-il vraiment la société ou Harge qui ne peut pas supporter le fait que Carol veuille le quitter ?Griottesurlegateau a écrit :Il me semble au contraire que la société lui impose un choix : soit elle se comporte "convenablement", rentre dans le rang de l'hétéronorme, poursuit la mascarade imposée, auquel cas, les apparences seront sauvées et elle pourra voir sa fille, soit elle ne se plie pas à cette injonction et alors la société bien pensante ne lui octroiera pas la possibilité d'exercer son rôle de parent et la garde de sa fille lui sera retirée.
Pour moi "l'hétéronome" n'a rien avoir ici, on ne demande pas à Carol de cesser de voir des femmes dans le but d'aller voir des hommes. Comme l'a très bien dit Abby, Harge durant 10 ans a tenu à faire en sorte d'être le monde de Carol. Lui et sa famille et son cercle d'amis. C'est ça la prison de Carol. En gros le problème c'est Harge qui ne supporte pas de laisser partir Carol. Qui a-t-il pour l'atteindre ? Rindy. Alors il se lance dans la bataille. Si Carol était hétérosexuelle, ça ne changerait rien au fait que Harge dormirait encore mal la nuit... sa femme serait avec un autre. S'il n'attaque pas Carol pour "moralité" ce sera pour autre chose. Il s'est bien débrouillé pour trouver cette histoire de décence.
Autour d'Abby :
Ont-elles été ensemble ? Oui. Pendant combien de temps ? Pourquoi se sont-elles séparées ? qu’est-ce qui fait que Carol a fait son choix maintenant avec Therese mais pas avec Abby ?
Le mystère qu’il y a autour d’Abby repose sur cette question de Therese « toi et Carol, que s’est-il passé ? ». On ne le saura jamais. Moi ça m’intrigue cette partie de son passé. Abby donne quelques détails à ce propos, mais ce qu’elle en dit est plus intriguant que si elle n’avait rien dit du tout au final. Peut-on dire que ce qu’elle a raconté est ce qui s’est seulement passé entre elles ?
Abby, une figure forte dans la vie de Carol, une ancienne amante, un soutient colossal. Physique et moral.
Elle a sourit aussi. De nombreuses fois. En regardant de nouveau je l'ai remarqué. C'est très précieux comme instant je trouve. J'ai envie de la voir heureuse.Griottesurlegateau a écrit :Thérèse rit quand elles se mettent du parfum, quand elle aide Carol à retirer son manteau en conduisant. Elles ne vivent pas forcément non plus des moments très légers...
Je suis d'accord avec cela concernant Carol. Mais surtout pas à propos de Therese. Au contraire j'ai l'impression qu'elle souriait plus en présence de Carol. Elle l'a même dit à Richard, elle ne s'est jamais senti aussi vivante depuis Carol. Vers la fin, oui elle est brisée lorsque Carol part, mais auparavant, elle semblait plus vivante, je trouve. C'est plutôt au début que je ressens ce vide dans sa vie, avant Carol. Tiens, voilà une autre idée de titre... Before Carol.Elles ne vivent pas forcément non plus des moments très légers...
Sinon, il y a encore des millions de choses à dire.
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Re: [Film] Carol
Griottesurlegateau a écrit :Il me semble au contraire que la société lui impose un choix : soit elle se comporte "convenablement", rentre dans le rang de l'hétéronorme, poursuit la mascarade imposée, auquel cas, les apparences seront sauvées et elle pourra voir sa fille, soit elle ne se plie pas à cette injonction et alors la société bien pensante ne lui octroiera pas la possibilité d'exercer son rôle de parent et la garde de sa fille lui sera retirée.
Fantasmagorie a écrit :Pour savoir si c’est la société qui lui a imposé ce choix, posons-nous cette question : Si Belivet avait été un homme Carol aurait-elle fait un choix différent ? Si Belivet avait été n’importe quel amant ? Carol a fait le choix d’être avec son amour. Je pense que si Belivet avait été un homme, son choix aurait été le même. Elle aurait laissé sa fille à Harge. Donc dans ce cas, en quoi son choix serait-il imposé par la société ? Est-ce que si Belivet avait été un homme, Harge l’aurait mieux pris ? Cela aurait-il été à ses yeux plus « décent » ? Si Belivet avait été un homme, Harge n’aurait engagé personne pour les espionner ? Elle a fait le choix de laisser sa fille. C’est son choix. Je ne vois pas pourquoi il en serait autrement, si elle avait été hétérosexuelle et qu’elle avait eu un amant. La société n’a pas poussé Carol dans les bras de quelqu’un d’autre. (C'est là le premier problème). Le problème est-il vraiment la société ou Harge qui ne peut pas supporter le fait que Carol veuille le quitter ?
Pour moi "l'hétéronome" n'a rien avoir ici, on ne demande pas à Carol de cesser de voir des femmes dans le but d'aller voir des hommes. Comme l'a très bien dit Abby, Harge durant 10 ans a tenu à faire en sorte d'être le monde de Carol. Lui et sa famille et son cercle d'amis. C'est ça la prison de Carol. En gros le problème c'est Harge qui ne supporte pas de laisser partir Carol. Qui a-t-il pour l'atteindre ? Rindy. Alors il se lance dans la bataille. Si Carol était hétérosexuelle, ça ne changerait rien au fait que Harge dormirait encore mal la nuit... sa femme serait avec un autre. S'il n'attaque pas Carol pour "moralité" ce sera pour autre chose. Il s'est bien débrouillé pour trouver cette histoire de décence.
Fantasmagorie a écrit :Il y a encore beaucoup de choses à dire sur le film, notamment, L'homosexualité, la decision de Carol à la fin, Abby. J'y reviendrai sûrement.
Je ne sais plus ce dont, a départ je voulais parler à propos de l'homosexualité ici, mais je me souviens qu'en regardant le film la première fois, j'avais trouvé que ce n'était pas si mal perçu. ça peut paraître contradictoire à dire avec cette histoire de garde et de décence et Harge, mais si on regarde bien, dans le film il n'y a pas beaucoup d'homophobes...
Lorsque Therese demande à Richard s'il a jamais été amoureux d'un homme, celui-ci dit qu'il a déjà entendu parler de ça, il n'a pas l'air choqué, ni scandalisé par la pensée, même s'il ne pense pas que des "gens comme ça" peuvent tomber amoureux. (et pourtant il parle du béguin de Therese envers Carol plus tard). En tout cas il n'a pas la réaction d'un homophobe sanguinaire... Je m'attendais à une réaction plus violente de la part d'un homme, à cette époque. Lorsque Therese veut partir avec Carol pour ces quelques jours, Richard lui dit "tu ne la connais même pas", il ne lui dit pas "c'est une femme"... dans mon interprétation il est plus choqué que Belivet s'envole avec une inconnue plutôt qu'avec sa copine lesbienne ... Lui aussi est blessé dans son amour propre, car comme il dit, il avait des projets avec Therese...
Ensuite il y a Fred, il connait la vie de Carol, ça n'a pas l'air de le déranger plus que cela, sinon j'imagine qu'il ne la défendrait pas dans cette affaire...
Quant à Harge... il a dit à un moment à Carol "je n'ai jamais vu de femmes comme toi" (mais que veut-il dire par là... une femme aussi effrontée que Carol ? une femme qui couche avec d'autres femmes ?) mais à un autre moment il dit "tu n'as jamais été cruelle" Pour moi il s'agit simplement de ça : Harge a du mal à laisser partir Carol, il s'accroche à elle, il veut qu'elle revienne dans son monde, ce n'est pas tant la vie immorale de Carol qui le dérange. C'est le fait qu'elle ne soit plus à lui et c'est cette idée qui le rebute. Il veut la garder dans sa cage, et comme l'a dit Carol, "si il ne peut pas m'avoir, alors je ne peux pas avoir Rindy".
Harge est-il un grand homophobe, ou simplement un pauvre homme qui n'accepte pas que ce soit fini avec sa future ex femme... ? A partir de là, moi je pense qu'il utilise n'importe quoi qu'il peut pour éloigner Carol de ce qu'il y a de plus précieux à ses yeux, c'est-à-dire Rindy.
Parfois quand on est blessé, on utilise des moyens pathétiques qu'on utiliserait pas en tant normal lorsque tout va bien avec une personne.
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Griottesurlegateau
Re: [Film] Carol
C'est très étonnant de constater le nombre de pistes différentes sur lesquelles débouche ce film.Fantasmagorie a écrit :Sinon, il y a encore des millions de choses à dire.
Il fait converger tellement d'univers différents (réalisateur, photographe, actrices, directrices, scénariste, costumière, accessoiriste, maquilleur, contexte historique et social, auteure du livre) qu'il me faut du temps, me semble-t-il, pour explorer tous ces chemins et parvenir à saisir toute la dimension de ce film et tous ces apports, dont il est la résultante.
Toutes les scènes qui se succèdent, finalement assez courtes si on y regarde bien, apportent une tonalité propre, élevées par le jeu des actrices qui naviguent dans une extrême finesse de la palette d'expressions qu'elles utilisent.
Leur complicité est palpable.
Niveau contexte social, le DSM1 est publié en 1952 (Diagnostic and Statistical Manuel of Mental Disorders) par l'American Psychiatric Association (Société américaine de psychiatrie).
L'homosexualité fait partie des 100 maladies psychiatriques qui y sont recensées.
On se trouve donc, socialement, juridiquement, dans un contexte très hostile à l'homosexualité.
L'avocat de Carol, Fred, parle d'une close de moralité.


Parce que Carol a eu une relation avec Abby, parce qu'il est dit qu'elle aurait un comportement similaire avec une employée de magasin, parce que ces relations sont condamnées par la société et traitées comme une déviance au sens psychiatrique du terme , Harge peut faire valoir que Carol n'est pas assez équilibrée, n'est donc pas en capacité de s'occuper de sa fille, du fait de sa sexualité, pour l'empêcher de voir sa fille, jusqu'à l'audience quelques mois plus tard.
Il est question de "la conduite" de Carol.
Elle tombe d'ailleurs des nues, parce qu'évidemment, dans son esprit, sa sexualité n'a rien à voir avec sa fonction et ses capacités de mère (on est, soit-dit en passant, toujours dans ce même amalgame aujourd'hui).
Elle dit bien que c'est la façon de procéder de la partie adverse qui n'a rien de moral à lui ôter la garde de Rindy.
Qu'elle délaisse sa fille, qu'elle ne lui octroie aucune attention, qu'elle la cogne, qu'elle la maltraite, qu'elle la vrille psychiquement, seraient des gages de réel déséquilibre et donc de dangerosité pour sa fille.
Mais, non. On ne l'attaque pas sur ses réelles capacités de mère mais sur sa sexualité !
Le vrai fond du problème, ses capacités de mère, on s'en fiche royalement.
Harge utilise cet odieux argument mais c'est parce que la société, la justice, lui en donne la possibilité.
Je trouve la réplique de Carol très saine et très d'actualité en fait : There's nothing moral about kipping Rindy from me (Il n'y a rien de moral à vouloir garder Rindy loin de moi).
L'homosexualité est retirée du DSM aux USA en...1974, en...1981 en France et en...1993 au niveau de la Classification Internationale des Maladies par l'Organisation Mondiale de la Santé !
Bon.
Ça me fait penser que globalement, les femmes reviennent vraiment, de toute façon de très loin au niveau de leurs droits juridiques et que ces multiples changements restent, eux aussi, très frais...mais c'est un autre débat, même si toutes ces questions s'interpénètrent au final.
.Fantasmagorie a écrit :Carol qui demande à Fred pourquoi les gens pensent qu’en s’asseyant on supporterait plus les mauvaises nouvelles, une de mes citations préférées,
C'est vrai
Carol ramène les choses à un certain pragmatisme qui guide son positionnement jusqu'à la fin du film, je trouve.Fantasmagorie a écrit :avec ce moment où elle dit « juste quand on pense que les choses ne pourraient pas être pires, il n’y a plus de cigarettes ».
Et il me semble qu'il est plus question d'un positionnement, par rapport à ce qu'"on" lui impose justement, que d'un choix.
Si vrai choix il y avait eu, elle aurait vécu "tranquillement" une garde alternée, tout en vivant avec Thérèse.
Mais là, Harge, avec l'appui de la société, ne lui laisse pas de choix.
Si elle reste avec lui pour être autorisée à vivre avec sa fille, elle se sacrifie et elle devient dingue, en pliant sous le joug odieusement imposé.

Parce qu'elle a évolué avec la rencontre de Thérèse, qu'elle a touché à une évidence au fond d'elle, qu'elle a trouvé l'amour, il ne va pas être possible de faire semblant. Et on imagine aussi ce que rester voudrait dire dans la relation affective et sexuelle avec Harge...
C'est une femme qui s'affranchie, petit-à-petit, au cours du film, de son milieu où l'apparence, les mondanités, les quand-dira-t-on, la fonction pot-de-fleur, priment avant tout.
Elle dit qu'elle ne sait pas ce qui est bon pour elle, mais elle dit aussi quelques minutes après qu'il fut un temps où elle se serait pliée à ce chantage mais qu'il est révolu et qu'elle veut être ce qu'elle est aujourd'hui.

C'est vraiment un odieux choix cornélien qu'on lui impose.
En retour, elle les plante tous, Harge le premier. Elle impose sa vision des choses. Elle ressort la tête haute malgré le fait qu'on ait tenté de lui faire mordre la poussière, de la faire rentrer dans le rang.
Harge perd sur tous les tableaux : il perd la femme qu'il prétend aimer et prive sa fille d'une mère qu'il sait au fond être à la hauteur de sa fonction.
-
Griottesurlegateau
Re: [Film] Carol
Pour poursuivre sur la façon dont l'homosexualité était considérée dans la société américaine d'alors, cet échange entre les parents de Harge et Carol.
Elle attend le retour de Rindy et est obligée de se coltiner toujours les mêmes plats (comme elle le dit un peu plus tard à Abby) chez ses toujours beaux-parents mais sans jamais revenir chez elle avec Rindy (je trouve ce passage terriblement schizophrénique et ça ne gène aucun des protagonistes présents autour de Carol) .

Le père affirme que, d'après son fils, le travail que Carol effectue avec son médecin se passe bien.
La mère, dans les apparences et les convenances, renchérit que ce médecin coûte cher et qu'il doit donc être efficace.
Carol rétorque et précise que ce n'est pas un médecin mais un psychothérapeute.
Le père insiste. Carol surenchérit et précise finement que cette personne l'a bcp aidée...le rôle d'un psychothérapeute, quoi...une aide pas un soin.
Je trouve que cet échange où Carol est encore là, très digne est très moderne.
Elle attend le retour de Rindy et est obligée de se coltiner toujours les mêmes plats (comme elle le dit un peu plus tard à Abby) chez ses toujours beaux-parents mais sans jamais revenir chez elle avec Rindy (je trouve ce passage terriblement schizophrénique et ça ne gène aucun des protagonistes présents autour de Carol) .

Le père affirme que, d'après son fils, le travail que Carol effectue avec son médecin se passe bien.
La mère, dans les apparences et les convenances, renchérit que ce médecin coûte cher et qu'il doit donc être efficace.
Carol rétorque et précise que ce n'est pas un médecin mais un psychothérapeute.
Le père insiste. Carol surenchérit et précise finement que cette personne l'a bcp aidée...le rôle d'un psychothérapeute, quoi...une aide pas un soin.
Je trouve que cet échange où Carol est encore là, très digne est très moderne.

