Fantasmagorie a écrit :Ce qui m'étonne c'est que Carol tombe des nues.
Oui. Il y a un décalage complet, je trouve, qui est vraiment réussi entre Carol et la société.
Sa réaction est très moderne, dénuée complètement d'homophobie intériorisée.
Et, tu as raison, on ne sent pas le maccarthysme de façon très prégnante, seult quand le groupe de Thérèse, Phil, Dannie et Richard sortent du pub et rencontre Jack dans la rue.

«
Does the House Un-American Activities know you’re back on the streets ? » demande Phil à Jack
(« Est-ce que le Bureau des activités anti-américaines sait que tu es de retour dans les rues ? »).
Le scénario de Phyllis Nagy était, semble-t-il, plus explicite :
«
Holy smoke, look who’s coming, disait Jack à sa petite amie. Watch out, baby, it’s a pack of commies ! »
« Nom de Dieu, regarde qui arrive, chérie, une bande de cocos ! ».
Fantasmagorie a écrit :Or, Therese questionne Richard comme si de rien n'était. Elle n'a pas l'air effrayée.
Oui. C'est vrai. Là encore, je trouve qu'il y a une incursion de quelque chose de très moderne dans la façon dont Thérèse mène la conversation, dans les mots employés qui ne parlent en fin de compte que d'amour.
Richard n'est pas hyper virulent d'ailleurs eut égard, encore une fois, au contexte social et à ce qui lui arrive.
Fantasmagorie a écrit :Nul n'étant censé ignorer la loi.
Ça, c'est vraiment la théorie.
Quand tu vois le nombre de codes, la finesse des pages (j'aime bien cette finesse pourtant), tu as envie de courir dans l'autre sens...et va les déchiffrer si tu n'es pas un minimum mis au parfum

.
Fantasmagorie a écrit :Je peux vivre ma sexualité de manière normale et trouver cela tout à fait naturel, mais je dois être consciente que quelque part, d'autres gens dans mon cas se font tuer, condamner à mort pour être comme ils sont. Donc je ne comprends pas l'étonnement de Carol.
On n'a pas, de façon appuyée, en trame de fond, cette virulence sociale qui est portée à l'écran.
Elle ne se révèle qu'à travers l'intensité dramatique de ce vers quoi est poussée Carol par rapport à sa fille.
Cela est-il peut-être suffisamment évocateur pour traduire dans les faits, la résultante de l'ambiance sociale et juridique.
Je n'ai pas poussé plus loin sur la façon dont l'adultère (auquel tu fais allusion plus haut) était traitée dans la société américaine et n'ai pas fait les parallèles avec la façon dont l'homosexualité était considérée pénalement.
Ce serait intéressant.
Mais il me semble qu'on n'est pas sur le même registre.
Le livre, le scénario, le réalisateur, s'échappent de la chape de plomb sociale et donnent à voir deux protagonistes qui gagnent leur liberté sur la société.
Carol y laisse cependant de sacrées plumes.
Mais comme elle dit si bien parlant de Rindy : "What use I am to her...living against my own grain" (
De quelle utilité lui serais-je si je vivais à l'encontre de ce que je suis ?).
Il y a la volonté d'être authentique par rapport à sa fille et par rapport à elle-même.
Je comprends très bien ce point là.
Peut-être peut-on finalement considérer ce film comme une sorte de conte féerique où l'amour est gagnant (en tout cas entre Thérèse et Carol).
Fantasmagorie a écrit :Abby parle de la rousse qui semble l'intéresser
J'aime bcp ce passage dans le naturel avec lequel Abby parle de cette femme qui l'attire et le ton sur lequel Carol lui répond.
Une grande connivence.
Une banalité, comme n'importe qui parlerait d'une personne qui lui a tapé dans l'oeil, à une autre.
Il y a là une grande liberté de ton à exprimer ses ressentis.
Ici encore, quelque chose à voir de très moderne, qui pourrait, élargi au cercle social, nous propulser dans une société intégrante et banalisante.
Fantasmagorie a écrit :Encore une fois je sais que ça peut sembler contradictoire mais vraiment, Carol n'est pas le film où j'ai le plus eu l'impression que l'homosexualité posait problème à la société.
C'est sans doute toute la finesse du scénario.
On n'en parle pas mais la résultante, dans les faits, est d'une grande violence.
Je trouve même que quelques mois pour arriver à ce deal que Carol met sur la table, relève d'une sacrée maturité et d'un sacré équilibre. Elle pourrait devenir dingue mais elle grandit vitesse V.
Elle ne plie pas l'échine. Jamais.
Elle sort la tête haute même si elle est ravagée intérieurement.
Fantasmagorie a écrit :Sans Rindy, il n'y aurait pas eut toutes ces histoires, et l'histoire entre Carol et Therese, on aurait pu la confondre avec une histoire qui se passe à l'époque contemporaine (XXIe siècle).
Oui. Je suis assez d'accord avec cette conclusion de la contemporanéité du film.
Fantasmagorie a écrit :Dans la loi, il y a toujours quelque chose si on fouille bien, qui va dans notre sens.
Plus ou moins tout-de-même mais je comprends ce que tu veux dire.
Fantasmagorie a écrit :Même-si Carol n'était pas homosexuelle Harge aurait pu trouver autre chose qui aurait tout aussi fait tomber Carol des nues.
Quel motif par exemple ?
C'est vrai. Quand on cherche, on peut trouver.
Mais on peut plus ou moins contrer les attaques de l'autre suivant les motifs qu'il invoque.
Là, on a un motif tout emballé, prêt à être exploité.
Il n'y a aucune démonstration, aucune argumentation.
Il y a un état d'être qui dessert en totalité Carol et une violation de son intimité que Fred relève tout de même à l'audience.
Elle est de cette façon : CQFD elle est coupable et la sanction tombe.
Fantasmagorie a écrit :Dans son état d'esprit, cela ne l'intéresse plus de savoir ou pas que Carol est à la hauteur pour son rôle de mère. Il n'est question que de lui-même.
Il semble tout de même en réflexion lorsque Carol lui balance son deal.
Il est mal à l'aise.
Il la rappelle tout de même lorsqu'elle fait sa sortie du bureau.
Ce serait intéressant de savoir pour quoi vraiment lui dire...
Fantasmagorie a écrit :C'est intéressant. Je trouve qu'il devrait en réaliser d'autres comme Carol.
Je vais explorer l'oeuvre

.
Il semble avoir déjà mis à l'écran le sujet de l'homosexualité et de la double origine dans le couple, avec Julianne Moore, dans
Loin du paradis.
Fantasmagorie a écrit :Au niveau visuel, il y a aussi ce passage, et ce moment où Therese photographie Carol lorsqu'il neige.
Hé ! Hé ! Entièrement d'accord avec toi

.
J'y reviendrai, pour le fun...