[Film] Carol

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Griottesurlegateau

Re: [Film] Carol

Message par Griottesurlegateau »

Le film est terriblement visuel et de façon très fine, les dialogues sont repris d'une scène à l'autre mais dans un nouveau contexte, avec d'autres personnages.
Ce sont des rebonds.
C'est une vraie délectation, de la haute voltige, je trouve.

(J'ai lu quelque part que Todd Haynes était sémiologue. Encore une porte d'entrée.
J'en saurai plus lorsque j'aurai lu une biographie qui est sortie sur ce réalisateur "Todd Haynes, cinéaste queer - Liberté, identité, résistance"" d'Olivier Ducharme paru le 5 mai 2016).

Par exemple, lors de leur road-trip, dans cette fameuse scène où Carol et Thérèse roulent sous un éclatant soleil d'hiver, Thérèse demande à Carol :
- Do you feel safe ? With me I mean. (Te sens-tu en sécurité ? Avec moi, je veux dire.)
- (Rires de Carol) You're full of surprises ! (Tu es pleine de surprises !).
- I mean, tu me le dirais si tu avais peur et que je pouvais t'aider (je n'arrive pas à reprendre le texte à ce niveau)
- I'm not frightened Thérèse (je n'ai pas peur Thérèse).
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(J'aime précisément cette prise de vue, lorsque le soleil éclate en un point brillant sur le volant, que Carol sourit avec ce terrible charme, que son visage est baigné de lumière solaire et qu'elle est toujours très apprêtée (vernis-à-ongles)...Quelque chose d'irrésistible).

Cette idée de la peur est reprise mais dans un autre contexte, lorsque Thérèse étant revenue seule chez elle, elle refait peau neuve et repeint son appartement avec l'aide de Dannie.
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Dannie lui demande si elle est partie avec Carol. Elle lui répond que oui. Il lui demande ce qui s'est passé. Elle lui répond rien...il lui dit alors qu'il ne faut pas que ça l'effraie si c'est à cause de cette fois où il l'a embrassée.
Et elle lui répond "I'm not frightened" (Je n'ai pas peur).

Griottesurlegateau

Re: [Film] Carol

Message par Griottesurlegateau »

Fantasmagorie a écrit :Je ne me souviens pas avoir entendu quelque chose sur la famille de Therese. Des parents ? Des frères ? Une famille quelque part ?
Lorsque Thérèse et Carol se rencontrent au restaurant pour la première fois, dans le livre,Thérèse donne des indications sur sa famille.
"Thérèse raconta qu'elle habitait dans la 63ème Rue. Elle raconta que ses parents étaient morts. Qu'elle vivait à New York depuis deux ans, et qu'avant cela, elle était pensionnaire dans un collège du New Jersey. Elle ne mentionna pas que ce collège était semi-religieux, épiscopalien. Elle ne parla pas de soeur Alicia qu'elle adorait et à laquelle elle pensait si souvent, avec ses yeux bleu pâle, son vilain nez, et son austère sollicitude."
Fantasmagorie a écrit :Je me demande pourquoi ce choix de titre en la personne de Carol ?
Je trouve que cet unique prénom, court, résume à lui seul le film.
C'est Carol qu'on voit en premier, par son élégance, sa stature, sa sophistication.
C'est elle qui rayonne.
Thérèse, si on n'y prend pas garde, est noyée dans cette foule, dans cet anonymat, qui voudrait la happer mais avec laquelle elle ne veut pas tourner en boucle.
En quelque sorte, ce titre emmène le spectateur sur une fausse piste, cache l'arbre dans la forêt.
Car la force de Thérèse se révèle au fur-et-à mesure du film et c'est elle, aussi basse soit-elle dans l'échelle sociale, qui parvient à révéler Carol à elle-même.
Dans un autre sens, c'est Carol qui a un chemin important à faire pour sortir de la vie qu'elle a construite, dans laquelle elle s'est enfermée.
Thérèse est plus libre; elle est en train de construire sa vie. Elle n'a pas charge d'âme.
Ce n'est pas le même chemin.

J'aime en plus cette orthographe américaine du prénom. Je trouve qu'il a du style, colle parfaitement à la femme sophistiquée.
Dans la façon dont je le reçois, il est jaune solaire, comme peut l'être le personnage...peut-être aussi par sa blondeur, mais pas que.
Cette couleur est associée à ce que dégage Carol, une énergie assez puissante, accompagnée d'une grande dignité.

"Thérèse" sonne différemment à mon oreille.
Je lui préférais d'ailleurs le surnom de Terry, que Richard utilise dans le livre.

Griottesurlegateau

Re: [Film] Carol

Message par Griottesurlegateau »

Fantasmagorie a écrit :Griottesurlegateau a écrit :
Thérèse rit quand elles se mettent du parfum, quand elle aide Carol à retirer son manteau en conduisant. Elles ne vivent pas forcément non plus des moments très légers...
Fantasmagorie a écrit :Je suis d'accord avec cela concernant Carol. Mais surtout pas à propos de Therese. Au contraire j'ai l'impression qu'elle souriait plus en présence de Carol. Elle l'a même dit à Richard, elle ne s'est jamais senti aussi vivante depuis Carol. Vers la fin, oui elle est brisée lorsque Carol part, mais auparavant, elle semblait plus vivante, je trouve. C'est plutôt au début que je ressens ce vide dans sa vie, avant Carol. Tiens, voilà une autre idée de titre... Before Carol.
Je trouve que la voiture devient le lieu de leur histoire.
A cet endroit, elles sont l'une avec l'autre et rien de l'extérieur ne les atteint.
Elles peuvent être tout simplement elles-même.

La première fois, lorsque Carol emmène Thérèse chez elle.
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Déjà cette musique cristalline, mélancolique, très intérieure, qui couvre les paroles de Carol, lorsqu'elles commencent à rouler, lointaines à l'oreille de Thérèse, qui reflètent ses émotions.
Elle est heureuse, sourit, illuminée par ce soleil chauffant d'hiver.
(Ce cadrage derrière les personnages, de profil, est terriblement efficace et ces deux femmes terriblement rayonnantes).
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Puis ce sont ses sens qui lui parlent et que balaie la caméra : son regard sur la fourrure de Carol, puis sur son gant, sur sa main posée sur l'embrayage, pour parvenir à son visage,
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et à ce cadrage très serré sur ses lèvres, qui parle déjà de désir.
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Suit la plongée sous le tunnel...là, c'est génial, symboliquement parlant !
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On s'immerge à l'intérieur des émotions des personnages, qui comme ces prises de vues à travers les saletés du pare-brise, les vitres embuées et couvertes de pluie, les lumières éblouissantes des phares et des néons, les sons, la musique qui parviennent très diffus à l'oreille du spectateur, traduisent la fragilité de ce lien, aux contours imprécis, qui est en train de se construire.
C'est le début d'un voyage intérieur que traduit bien l'idée du tunnel.

Avec en plus, cette dimension du flash-back car Thérèse se remémore, dans le taxi qui l'emmène à la fête que donne Phil, toutes les étapes qui l'ont conduite à Carol.
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Cette mise au point sur le visage de Carol, comme si la mémoire de Thérèse recherchait avec le plus de netteté possible ces moments légers, puis Carol qui regarde Thérèse et lui sourit...C'est, là aussi, très bien réussi.
Avec cette dominante de vert bien particulier...
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La voiture, lieu de leur liberté, revient lorsqu'elles partent de chez Carol pour leur road-trip.
J'aime bcp ce que dégage visuellement ce passage : les vêtements colorés qui tranchent sur le fond gris de la voiture et le blanc de la neige.
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Et c'est très rare dans ce film, lorsque les deux femmes prennent la route, la caméra ouvre son champ de vision, comme si leur propre histoire se dégageait de tous ces carcans/cadrages étroits, qui les empêchent de respirer et les emmène vers leur propre vie.
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Un très fort sentiment de joie, de légèreté, se dégage de ce passage.
Cette atmosphère est soutenue par la chanson Silver bells de Jim Rives, avec des consonances très chaleureuses, je trouve, appelant à la magie féerique de Noël.
De nouveau quelques très belles prises de vue, d'une Carol et d'une Thérèse rayonnantes à travers les vitres.
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Je reviens un peu plus tard :) ...

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Fantasmagorie
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Re: [Film] Carol

Message par Fantasmagorie »

Griottesurlegateau a écrit :Niveau contexte social, le DSM1 est publié en 1952 (Diagnostic and Statistical Manuel of Mental Disorders) par l'American Psychiatric Association (Société américaine de psychiatrie).
L'homosexualité fait partie des 100 maladies psychiatriques qui y sont recensées.
On se trouve donc, socialement, juridiquement, dans un contexte très hostile à l'homosexualité.
J'avais suivi un cours de psychologie l'année passée. Je me souviens très bien du DSM. C'est marrant que tu en parles.
Griottesurlegateau a écrit :Elle tombe d'ailleurs des nues, parce qu'évidemment, dans son esprit, sa sexualité n'a rien à voir avec sa fonction et ses capacités de mère (on est, soit-dit en passant, toujours dans ce même amalgame aujourd'hui).
Ce qui m'étonne c'est que Carol tombe des nues. Nul n'étant censé ignorer la loi. Que cette "clause de moralité" l'étonne à ce point c'est assez ahurissant. Elle peut accepter son homosexualité et être dans son esprit en accord avec sa sexualité mais cela ne doit pas vouloir dire qu'elle balaye de sa conscience le fait que les autres n'acceptent pas cela. Surtout si dans "autres" il y a la loi. Je peux vivre ma sexualité de manière normale et trouver cela tout à fait naturel, mais je dois être consciente que quelque part, d'autres gens dans mon cas se font tuer, condamner à mort pour être comme ils sont. Donc je ne comprends pas l'étonnement de Carol.
Griottesurlegateau a écrit :Harge utilise cet odieux argument mais c'est parce que la société, la justice, lui en donne la possibilité.
Oui, c'est vrai. Mais cela on l'imagine vu l'époque et ce qu'on en sait historiquement, mais en se référant au film seulement, pour moi l'homosexualité n'est pas aussi diabolisée qu'elle devrait l'être pour une époque comme ça, toutes ces choses étaient cachées. Or, Therese questionne Richard comme si de rien n'était. Elle n'a pas l'air effrayée. Carol non plus. Abby parle de la rousse qui semble l'intéresser... Donc effectivement oui il y a des lois, à disposition de celui qui a envie de les utiliser (comme Harge...) mais dans ce qu'on a vu du film, il n'y a rien à part cet élément de "clause de moralité" qui nous indique que les homosexuels sont pourchassés dans la ville...

Carol ne semblait même pas être au courant qu'elle pouvait perdre sa fille à cause de cela... Cela ne montre-il pas au contraire une sorte de sécurité ? Encore une fois je sais que ça peut sembler contradictoire mais vraiment, Carol n'est pas le film où j'ai le plus eu l'impression que l'homosexualité posait problème à la société. Que Harge se serve d'une loi ou pas. Sans Rindy, il n'y aurait pas eut toutes ces histoires, et l'histoire entre Carol et Therese, on aurait pu la confondre avec une histoire qui se passe à l'époque contemporaine (XXIe siècle).
Griottesurlegateau a écrit :Mais là, Harge, avec l'appui de la société, ne lui laisse pas de choix.
Dans la loi, il y a toujours quelque chose si on fouille bien, qui va dans notre sens. Il suffit de savoir l'utiliser. Même-si Carol n'était pas homosexuelle Harge aurait pu trouver autre chose qui aurait tout aussi fait tomber Carol des nues.
Griottesurlegateau a écrit :Harge perd sur tous les tableaux : il perd la femme qu'il prétend aimer et prive sa fille d'une mère qu'il sait au fond être à la hauteur de sa fonction.
Dans son état d'esprit, cela ne l'intéresse plus de savoir ou pas que Carol est à la hauteur pour son rôle de mère. Il n'est question que de lui-même.

Griottesurlegateau a écrit :J'en saurai plus lorsque j'aurai lu une biographie qui est sortie sur ce réalisateur "Todd Haynes, cinéaste queer - Liberté, identité, résistance"" d'Olivier Ducharme paru le 5 mai 2016).
C'est intéressant. Je trouve qu'il devrait en réaliser d'autres comme Carol.
Griottesurlegateau a écrit :Suit la plongée sous le tunnel...là, c'est génial, symboliquement parlant !
Griottesurlegateau a écrit :On s'immerge à l'intérieur des émotions des personnages, qui comme ces prises de vues à travers les saletés du pare-brise, les vitres embuées et couvertes de pluie, les lumières éblouissantes des phares et des néons, les sons, la musique qui parviennent très diffus à l'oreille du spectateur, traduisent la fragilité de ce lien, aux contours imprécis, qui est en train de se construire.
C'est le début d'un voyage intérieur que traduit bien l'idée du tunnel.
Tu décris tout cela d'une très belle manière. J'aime beaucoup cette scène. Au niveau visuel, il y a aussi ce passage, et ce moment où Therese photographie Carol lorsqu'il neige.
RIDE

"At the end of the day who I love shouldn't be an issue for you or any one else" Stefanie.

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Griottesurlegateau

Re: [Film] Carol

Message par Griottesurlegateau »

La lettre de Carol est poétique et très philosophique.
“Dearest
There are no accidents and he would have found us one way or another. Everything comes full circle. Be grateful it was sooner rather than later. You’ll think it harsh of me to say so, but no explanation I offer will satisfy you.
Please don’t be angry when I tell you that you seek resolutions and explanations because you’re young.
But you will understand this one day. And when it happens, I want you to imagine me there to greet you, our lives stretched out ahead of us, a perpetual sunrise.
But until then, there must be no contact between us. I have much to do, and you, my darling, even more.
Please believe that I would do anything to see you happy and so I do the only thing I can - I release you.
Carol”

"Ma bienaimée,
C’était inévitable, il nous aurait trouvées d’une manière ou d’une autre. Rien ne peut durer éternellement. Dieu merci, notre histoire commençait tout juste, cela aurait été encore plus douloureux plus tard. Tu penseras que ces mots, venant de ma part, sont cruels et rien de ce que je pourrais te dire ne saurait te convaincre.
Je t’en prie, ne m’en veux pas si je te dis que tu cherches des solutions et des explications parce que tu es jeune mais tu comprendras un jour et quand tu comprendras, je voudrais que tu m’imagines près de toi à ton réveil, avec toute la vie devant nous, comme un lever de soleil sans fin.
Mais en attendant, il ne doit y avoir aucun contact entre nous. J’ai beaucoup à faire, et toi, ma chérie, plus encore. Crois bien que je ferais n’importe quoi pour te voir heureuse, c’est pourquoi je fais la seule chose qui soit en mon pouvoir, je te rends ta liberté.
Carol"


Je ne comprends toujours pas cette lettre.
Je trouve le message antagoniste : d'un côté "sois là, avec moi, quand tu auras compris pourquoi je suis partie, quand la roue aura tournée" et d'un autre "je te libère" donc "nous ne sommes pas amenées à nous revoir. Fais ta vie. Je te perds"; comprends pas :? ...

En revanche, j'aime infiniment ce superlatif dans ce "Dearest" et cette voix si grave que Cate Blanchett emploie pour le prononcer. Quelque chose de très suave, de très posé, de très profond.

De mon côté, je ne comprends pas non plus tout ce temps que met Abby à donner la lettre de Carol à Thérèse.

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Pourquoi là plutôt qu'à un autre moment ?

Thérèse est à ramasser à la petite cuillère

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...pourquoi la faire attendre...

Griottesurlegateau

Re: [Film] Carol

Message par Griottesurlegateau »

Fantasmagorie a écrit :Ce qui m'étonne c'est que Carol tombe des nues.
Oui. Il y a un décalage complet, je trouve, qui est vraiment réussi entre Carol et la société.
Sa réaction est très moderne, dénuée complètement d'homophobie intériorisée.
Et, tu as raison, on ne sent pas le maccarthysme de façon très prégnante, seult quand le groupe de Thérèse, Phil, Dannie et Richard sortent du pub et rencontre Jack dans la rue.
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« Does the House Un-American Activities know you’re back on the streets ? » demande Phil à Jack
(« Est-ce que le Bureau des activités anti-américaines sait que tu es de retour dans les rues ? »).

Le scénario de Phyllis Nagy était, semble-t-il, plus explicite :
« Holy smoke, look who’s coming, disait Jack à sa petite amie. Watch out, baby, it’s a pack of commies ! »
« Nom de Dieu, regarde qui arrive, chérie, une bande de cocos ! ».
Fantasmagorie a écrit :Or, Therese questionne Richard comme si de rien n'était. Elle n'a pas l'air effrayée.
Oui. C'est vrai. Là encore, je trouve qu'il y a une incursion de quelque chose de très moderne dans la façon dont Thérèse mène la conversation, dans les mots employés qui ne parlent en fin de compte que d'amour.
Richard n'est pas hyper virulent d'ailleurs eut égard, encore une fois, au contexte social et à ce qui lui arrive.
Fantasmagorie a écrit :Nul n'étant censé ignorer la loi.
Ça, c'est vraiment la théorie.
Quand tu vois le nombre de codes, la finesse des pages (j'aime bien cette finesse pourtant), tu as envie de courir dans l'autre sens...et va les déchiffrer si tu n'es pas un minimum mis au parfum :?.
Fantasmagorie a écrit :Je peux vivre ma sexualité de manière normale et trouver cela tout à fait naturel, mais je dois être consciente que quelque part, d'autres gens dans mon cas se font tuer, condamner à mort pour être comme ils sont. Donc je ne comprends pas l'étonnement de Carol.
On n'a pas, de façon appuyée, en trame de fond, cette virulence sociale qui est portée à l'écran.
Elle ne se révèle qu'à travers l'intensité dramatique de ce vers quoi est poussée Carol par rapport à sa fille.
Cela est-il peut-être suffisamment évocateur pour traduire dans les faits, la résultante de l'ambiance sociale et juridique.
Je n'ai pas poussé plus loin sur la façon dont l'adultère (auquel tu fais allusion plus haut) était traitée dans la société américaine et n'ai pas fait les parallèles avec la façon dont l'homosexualité était considérée pénalement.
Ce serait intéressant.
Mais il me semble qu'on n'est pas sur le même registre.
Le livre, le scénario, le réalisateur, s'échappent de la chape de plomb sociale et donnent à voir deux protagonistes qui gagnent leur liberté sur la société.
Carol y laisse cependant de sacrées plumes.
Mais comme elle dit si bien parlant de Rindy : "What use I am to her...living against my own grain" (De quelle utilité lui serais-je si je vivais à l'encontre de ce que je suis ?).
Il y a la volonté d'être authentique par rapport à sa fille et par rapport à elle-même.
Je comprends très bien ce point là.

Peut-être peut-on finalement considérer ce film comme une sorte de conte féerique où l'amour est gagnant (en tout cas entre Thérèse et Carol).
Fantasmagorie a écrit :Abby parle de la rousse qui semble l'intéresser
J'aime bcp ce passage dans le naturel avec lequel Abby parle de cette femme qui l'attire et le ton sur lequel Carol lui répond.
Une grande connivence.
Une banalité, comme n'importe qui parlerait d'une personne qui lui a tapé dans l'oeil, à une autre.
Il y a là une grande liberté de ton à exprimer ses ressentis.
Ici encore, quelque chose à voir de très moderne, qui pourrait, élargi au cercle social, nous propulser dans une société intégrante et banalisante.
Fantasmagorie a écrit :Encore une fois je sais que ça peut sembler contradictoire mais vraiment, Carol n'est pas le film où j'ai le plus eu l'impression que l'homosexualité posait problème à la société.
C'est sans doute toute la finesse du scénario.
On n'en parle pas mais la résultante, dans les faits, est d'une grande violence.
Je trouve même que quelques mois pour arriver à ce deal que Carol met sur la table, relève d'une sacrée maturité et d'un sacré équilibre. Elle pourrait devenir dingue mais elle grandit vitesse V.
Elle ne plie pas l'échine. Jamais.
Elle sort la tête haute même si elle est ravagée intérieurement.
Fantasmagorie a écrit :Sans Rindy, il n'y aurait pas eut toutes ces histoires, et l'histoire entre Carol et Therese, on aurait pu la confondre avec une histoire qui se passe à l'époque contemporaine (XXIe siècle).
Oui. Je suis assez d'accord avec cette conclusion de la contemporanéité du film.
Fantasmagorie a écrit :Dans la loi, il y a toujours quelque chose si on fouille bien, qui va dans notre sens.
Plus ou moins tout-de-même mais je comprends ce que tu veux dire.
Fantasmagorie a écrit :Même-si Carol n'était pas homosexuelle Harge aurait pu trouver autre chose qui aurait tout aussi fait tomber Carol des nues.
Quel motif par exemple ?
C'est vrai. Quand on cherche, on peut trouver.
Mais on peut plus ou moins contrer les attaques de l'autre suivant les motifs qu'il invoque.
Là, on a un motif tout emballé, prêt à être exploité.
Il n'y a aucune démonstration, aucune argumentation.
Il y a un état d'être qui dessert en totalité Carol et une violation de son intimité que Fred relève tout de même à l'audience.
Elle est de cette façon : CQFD elle est coupable et la sanction tombe.
Fantasmagorie a écrit :Dans son état d'esprit, cela ne l'intéresse plus de savoir ou pas que Carol est à la hauteur pour son rôle de mère. Il n'est question que de lui-même.
Il semble tout de même en réflexion lorsque Carol lui balance son deal.
Il est mal à l'aise.
Il la rappelle tout de même lorsqu'elle fait sa sortie du bureau.
Ce serait intéressant de savoir pour quoi vraiment lui dire...
Fantasmagorie a écrit :C'est intéressant. Je trouve qu'il devrait en réaliser d'autres comme Carol.
Je vais explorer l'oeuvre ;) .
Il semble avoir déjà mis à l'écran le sujet de l'homosexualité et de la double origine dans le couple, avec Julianne Moore, dans Loin du paradis.
Fantasmagorie a écrit :Au niveau visuel, il y a aussi ce passage, et ce moment où Therese photographie Carol lorsqu'il neige.
Hé ! Hé ! Entièrement d'accord avec toi :) .
J'y reviendrai, pour le fun...

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Fantasmagorie
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Re: [Film] Carol

Message par Fantasmagorie »

Griottesurlegateau a écrit :Je n'ai pas poussé plus loin sur la façon dont l'adultère (auquel tu fais allusion plus haut) était traitée dans la société américaine et n'ai pas fait les parallèles avec la façon dont l'homosexualité était considérée pénalement.
Ce serait intéressant.
Ce serait plus qu'intéressant. Ce passage me conduit à cette question que tu poses ici :
Griottesurlegateau a écrit :
Fantasmagorie a écrit :
Même-si Carol n'était pas homosexuelle Harge aurait pu trouver autre chose qui aurait tout aussi fait tomber Carol des nues.
Quel motif par exemple ?
Je parlais en effet de sa relation avec une autre personne (Therese) alors qu'elle n'était pas encore divorcée de son mari. Moi non plus je ne sais pas comment était traitée ce genre de fait à cette époque, en Amérique. Ni comment l'homosexualité était considéré pénalement.

Donc, pour répondre à ta question "Quel motif par exemple" (Harge aurait-il pu utiliser si Carol n'avait pas été homosexuelle), je me poserai une autre question en plus de deux autres : Quand est-il à cette époque, en Amérique de la différence d'âge entre deux amants ? Cela compte-il ? (parce que bon, à une époque -aujourd'hui encore- des hommes de 100 ans épousaient des gamines de 10 ans et tout le monde trouvait cela normal...... )

Donc voilà, ça ne semble choquer personne parce que Therese n'est pas mineure et et qu'on n'est pas dans un cas de détournement de mineur de la part de Carol.... Mais il y a quand même une grande différence d'âge (grande... si on ne donne pas à Therese le même âge que Rooney Mara dans la réalité... :lol:). Et si Therese avait été un homme et que Carol avait entretenu une relation avec "lui" , les parents de Harge et lui même auraient traités Therese de gigolo ou que sais-je encore, inventant n'importe quel trouble sexuel à Carol. On a pas besoin d'être homosexuel pour que quelqu'un nous trouve des troubles de quelque nature que ce soit...

Et cela, ce mode de vie, ça ne serait pas bien vu pour la garde de sa fille. Ils pourraient dans ce cas, demander à Carol de se soigner, histoire d'avoir de mœurs moins douteux. (Si elle veut continuer à voir sa fille).

Carol pourrait tout aussi bien tomber des nues (se disant que son jeune "homme Therese" est assez grand que pour entretenir une relation avec elle, et que cela ne regarde personne, que ce n'est pas "un" enfant. et que ça ne l'empêche pas d'être à la hauteur dans son rôle de maman).

Ou pour faire plus simple, l'adultère. Carol pourrait tomber des nues et ne pas considérer sa liaison avec un homme de son âge comme une liaison extra-conjugale, son mari et elle étant en instance de divorce. Mais aux yeux de la loi il vaut mieux respecter les règles du mariage jusqu'à ce que le divorce soit prononcé. Harge aurait donc pu se servir de cela aussi pour dire que sa femme a commis une faute. Raison légale à sa disposition.

Lorsque Thérèse et Carol se rencontrent au restaurant pour la première fois, dans le livre,Thérèse donne des indications sur sa famille.
"Thérèse raconta qu'elle habitait dans la 63ème Rue. Elle raconta que ses parents étaient morts. Qu'elle vivait à New York depuis deux ans, et qu'avant cela, elle était pensionnaire dans un collège du New Jersey. Elle ne mentionna pas que ce collège était semi-religieux, épiscopalien. Elle ne parla pas de soeur Alicia qu'elle adorait et à laquelle elle pensait si souvent, avec ses yeux bleu pâle, son vilain nez, et son austère sollicitude."
Merci pour cette information capitale. Je n'ai pas lu ce livre. Je trouve ça incroyable qu'à la réalisation et dans le scénario ils ont laissé tomber ce passage. Je me demandais pourquoi Therese semblait si triste, si terne malgré sa jeunesse où les autres jeunes filles profitent de la vie. (d'ailleurs dans son sphère d'amis il n'y a que des hommes, presque aucune femme de son âge). Avec cet extrais que tu nous livres là, je comprends beaucoup mieux pourquoi elle ne trépigne pas de bonheur. Elle n'a pas l'air d'avoir eut une vie si simple. Des parents morts. Une sœur au loin qui lui manque.

Enfin, je trouve cela bizarre que dans le film il n'est fait question aucune fois de sa famille. C'est une des questions que Carol aurait du lui poser au restaurant. Elle lui parle de son prénom, son nom de famille... mais elle ne lui pose pas de questions sur ses parents, ou si elle n'a pas de frères ou sœurs. Par contre elle lui demande si elle vit seule... donc peut-être qu'elle attendait une de ces informations. Mais Therese parle de Richard à la place.
RIDE

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Griottesurlegateau

Re: [Film] Carol

Message par Griottesurlegateau »

Griottesurlegateau a écrit : Fantasmagorie a écrit :
Au niveau visuel, il y a aussi ce passage, et ce moment où Therese photographie Carol lorsqu'il neige.

Hé ! Hé ! Entièrement d'accord avec toi .
J'y reviendrai, pour le fun...
Je reviens donc sur cette scène, qui, comme tu le dis, est très forte visuellement .

Un plan sur Thérèse derrière le pare-brise, de l'extérieur, mouillé de flocons de neige fondants, floutant son visage.
Les bleutés sont très intimistes.
Cette prise de vue est très belle.
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Puis le bruit si caractéristique de la pellicule enclenchée dans l'appareil photo.

De nouveau ce cadrage derrière le pare-brise de la voiture, cette fois-ci, de l'intérieur du véhicule, comme le cadrage de ces enfilades de couloir ouvertes sur le personnage qui se situe tout au fond, ou bien, le personnage au premier plan, qui prend une partie du champ visuel de la caméra (réveil à Waterloo).
Ces obstructions sont très fréquentes dans le film.

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S'ensuit ce superbe plan sur Thérèse, dégagé, lumineux, ponctué par la magie de la neige qui tombe (Thérèse est elle aussi lumineuse) qui sort de la voiture, dont le visage est pris dans l'encoignure de la porte et qui porte son propre regard, sans plus aucun frein ni barrage, directement sur Carol, à travers son appareil.

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Rooney Mara est très touchante dans la façon dont elle exprime l'émotion, l'aimantation, la fascination que Carol exerce sur elle.
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Son regard est complètement capté.
Elle dégage là une extrême vulnérabilité, une candeur, un angélisme, très beaux à voir.
L'amour la transfigure.
Le spectateur est embarqué dans cette émotion.

Cette ambiance hivernal des flocons qui tombent, cette distance entre les deux personnages, l'une dans une action au loin et l'autre en train de la boire du regard au premier plan, ce geste de Carol s'emmitouflant dans son manteau, sont repris dans l'affiche que je préfère, avec cette dominante de rouge très érotique et ce décalage des directions des regards.
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Griottesurlegateau

Re: [Film] Carol

Message par Griottesurlegateau »

Je reviens Fantasmagorie, sur ce personnage d'Abby.

Il n'est, comme Harge, pas traité de la même façon dans le film et dans le livre.

Dans le film, tout me semble très clair entre Carol et elle.
Le temps a passé.
Leur ancienne liaison a laissé place à une amitié solide, bien présente au creux de la tourmente.
Elle est bienveillante.
La scène du bar est d'ailleurs assez explicite.
Abby s'autorise sans aucune gêne à parler d'une femme qui lui a "tapé dans l'oeil", rousse (j'ai bien aimé la précision qui met comme de la couleur dans la discussion. J'aime bien cette teinte de cheveux :)).
Sarah Paulson joue remarquablement bien cette amitié.
Bcp d'empathie pour Carol mais aussi finalement par ricochets, pour Thérèse.

Dans le livre, le personnage est plus flou dans ce qu'il ressent encore pour Carol et dans la sorte de rivalité, de jalousie, qu'on devine par rapport à Thérèse.
Elle invite cette dernière dans un restaurant, le Palermo, près du Black Cat (une référence qui n'est pas anodine, comme celle de l'Oak Room dans le film).
Dans leur conversation, on apprend qu'Abby vit seule avec sa famille mais qu'elle dispose de la moitié de la maison pour elle. Elle ne travaille pas mais a déjà eu deux ou trois boulots. Elle a déjà tenu un magasin de meubles avec Carol. Elle est entomologiste.

C'est Abby qui met Thérèse au courant du voyage que compte entreprendre Carol.

Et elle a cette réplique :
- "Excusez-moi. Je crois que je comprends mieux maintenant.
- Vous comprenez quoi ? (Thérèse)
- Simplement...que vous gagnez."

Griottesurlegateau

Re: [Film] Carol

Message par Griottesurlegateau »

Ces deux portraits que j'aime bien, en ce qu'ils renvoient à cette part de mystère, de profondeur des deux personnages, par leur peine-ombre et le sépia.

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