avec : Juliette Binoche, Kristen Stewart, Chloé Grace Morezt.
Moment complice dans un chalet, là-haut sur la Montagne...suisse
L'histoire : Maria Enders, se rend en Suisse recevoir un prix au nom d'un auteur. Celui-ci il y a 20 ans lui a offert son premier rôle au théâtre et Maria, aujourd'hui actrice-star internationale considère tout lui devoir. Mais alors que la cérémonie se prépare et que sa jeune assistante Valentine jongle avec ses deux téléphones, la presse, la radio, les metteurs en scène et le mari en instance de divorce de Maria, on apprend le décès subi de l'auteur.
Maria souffre, hésite à recevoir le prix ou non, on lui parle d'une suite de la pièce et c'est le moment que choisit un jeune metteur en scène pour lui proposer de remonter la pièce. Maria hésite puis accepte.
Pourquoi avoir hésité ? Parce qu'elle ne reprendra pas le rôle de la jeune première, Sigrid mais celui de la femme mûre Héléna.
La pièce raconte en effet la chute d'une femme d'affaire mariée, mère de deux enfants, dirigeant une compagnie en difficulté mais en laquelle elle croit, tombée sous le charme vénéneux d'une jeune stagiaire.
Maria s'était, à 18 ans identifiée à Sigfrid, et à plus de 40 ans (pourquoi ne pas avoir dit 50 ?) s'y identifie toujours. Elle réalise qu'elle a fait une erreur en acceptant de prendre le rôle d'Héléna, d'un personnage qu'elle méprise et qu'elle déteste. Apprendre le texte est un véritable calvaire.
Ce que j'en ai pensé : Olivier Assayas n'a jamais réalisé de chef-d’œuvres, mais ces films ont cette particularité d'être parfois très curieux, de mêler à un certain cinéma d'auteur avec des images, des références de culture pop. L'ensemble est parfois très bizarre comme dans Sils Maria avec ses scènes kitch de films de SF, parfois énigmatique comme dans Demon lover, un peu trasch comme dans Clean, ou carrément étrange comme Irma Vep. Ce n'est pas forcement génial mais c'est inoubliable, en plus il a le don de s'entourer dans ces cas là d'actrices incroyables.
Sils Maria c'est un peu ça, ce n'est pas un chef d'oeuvre, c'est très bien filmé, c'est bizarre, les actrices sont géniales, particulièrement Juliette Binoche et Kristen Steward les deux rôles titres.
Ce qui m'a plu ? La dynamique Maria-Valentine. Certains y ont vu des allusions à l'histoire des personnage de la pièce que Maria travaille Sigrid-Héléna, personnellement je le pense pas. Leur relation est très curieuse, oui, mais amoureuse, non. L’intérêt du film tient dans cette relation, en elle réside réside la clef de la révolte de Maria envers son personnage Héléna. Tout au long du film Maria et Valentine au cours du travail d'apprentissage du texte vont s'affronter sur leur perception du personnage : méprisable pour Maria, touchant et humain pour Valentine.
Valentine semble avoir été engagée par Maria pour être certes son assistante, mais aussi (c'est Maria qui le dit) pour parler, Valentine serait en quelques sorte celle qui la maintient dans la réalité, dont la voix serait le garant de la stabilité, de la lucidité.
Mais vie réelle et comédie s’emmêlent, parfois je me suis perdue, répètent-elles ou parlent-elles ? Les personnages sont trop réelles pour Maria, ils ne le sont pas pour Valentine, sa voix se heurte aux mépris de Maria, à sa rage, l'harmonie étrange qui existe entre les deux femmes se froisse.
Valentine et Maria semblent parfois être mère et fille, sœurs, elles sont si complices, attentives et respectueuse dans leurs relations que le monde tourne autour d'elles, de leur sphère, de leur cocon, sans qu'elles semblent s'y mêler. Elles semblent se satisfairent une fois hors du tourbillon des "mondanités" d'elles-même.
J'ai aimé le grand respect qu'elles ontl'une envers l'autre, envers leur culture différentes, leurs goûts, leurs échanges après avoir été voir le film de SF.
Valentine défend le personnage d'Héléna parce que peut-être s'identifie-t-elle à lui, mais quand l'harmonie se fissure elle choisit de ne pas insister, de ne pas se vautrer dans la chute, démontrant peut-être ainsi ses théorie à propos de la pièce et sa proximité affective avec le personnage d'Héléna.
On a parler de relation à l'âge, je ne l'ai pas vu ainsi (même si ce n'est pas hors sujet parce que Maria voit reprendre son rôle fétiche par une jeune actrice adepte du trash et du scandale médiatisé, produit de la nouvelle génération et des nouvelles technologies), Maria a toujours eu peur de faire pitié, d'être méprisée, comme elle s'est identifiée à Sigrid, elle a peur de devenir Héléna, ce qu'elle voit en Héléna. Pourtant ses dernière répliques avec la jeune comédienne montre qu'elle n'était pas si cruelle qu'elle le disait et qu'elle ne méprisait pas tant que ça Héléna même à 18 ans et qu'elle n'étais pas Sigrid, la comédienne et le personnage divergeaient.
peut-être peut-on y trouver aussi une réflexion sur l'identification, pour un comédien c'est évident mais je crois que la réflexion va au delà, Sigrid a été un modèle pour Maria, elle s'y est identifié, à priori à tord.
Un film donc captivant parce qu'il fait appel à la réflexion, parce que la Suisse c'est sympa et joli là-haut sur les montagnes, et parce que des actrices au naturel, excellentes et sympathiques ça ne se rate pas.
