Dennenappel

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Dennenappel
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Re: Dennenappel

Message par Dennenappel »

Lilly a été inquiétée, mais pour avoir caché une Juive, pas pour son homosexualité (on n'aimait pas les lesbiennes sous le troisième Reich mais on ne les considérait pas comme véritablement "dangereuses", et les Nazis devaient s'occuper de "problèmes" plus importants :? ) cependant c'est vrai qu'on ne le montre pas dans le film. D'ailleurs elle aurait dû être déportée aussi, mais en tant que mère de quatre enfants dont le père était porté disparu, elle a été épargnée.

Oui, il y a en effet une certaine forme de "bashing" qui s'est développé autour de Lilly Wust de la part d'anciennes connaissances de Felice, mais je reste convaincue que c'est infondé et que ça tient davantage à d'autres éléments, par exemple les amies de Felice n'ont jamais véritablement apprécié Lilly qui était d'un milieu social légèrement inférieur au leur (Lilly venait de la petite-bourgeoise, Felice et la plupart de ses amies de la haute-bourgeoisie) et je pense qu'ajouté à la tristesse et la colère de la perte de Felice et des atrocités faites aux Juifs en général, il était facile (et très probablement humain) pour elles de chercher un coupable dans la personne de Lilly qui par ailleurs était à leurs yeux une représentante de la "race aryenne" alors que la plupart des amies de Felice étaient juives. Bien sûr je pense que de telles frictions, au sortir d'une des périodes les plus horribles de l'Histoire, étaient inévitables, évidemment je n'accuse personne. Ce qui est arrivé est tellement atroce que je serais bien en peine de dire que leurs tirs dans les pattes rétrospectifs n'étaient pas convenables. Chacun(e) évacuait comme il le pouvait. Je ne sais pas du tout comment j'aurais géré une telle situation. Enfin tout ça pour dire qu'à mes yeux Lilly n'était pas "responsable" de la mort de Felice.

De toute façon les responsables sont tout désignés, ce sont les Nazis. Après, que certains choix aient pu influencer ou non la mort de Felice, c'est presque certain, mais ma prof d'Histoire de Terminale disait toujours qu' "On n'écrit pas l'Histoire avec des "si" ", et Felice était de toute façon plus ou moins foutue dès que les Nazis avaient décidé qu'il n'y aurait plus de place pour les Juifs. Elle et des milliers d'autres étaient de toute façon déjà prisonniers d'un engrenage meurtrier et je ne pense pas que la faute revienne à Lilly si elle n'est pas parvenue à sauver sa compagne (son épouse, puisque c'est ainsi qu'elles se considéraient) de la folie meurtrière des Nazis qui s'est révélée atrocement efficace... :(

Du reste, je ne pense pas que le fait que Felice et Lilly soient restées ensemble à Berlin relève d'un simple "caprice" de l'une et / ou de l'autre. Berlin était une ville dangereuse mais pas seulement pour les Juifs : à la fin de la guerre elle devenait aussi extrêmement dangereuse pour les Allemands aryens, vu qu'on ne savait pas très bien ce qu'il allait s'y passer après que les Russes y seraient entrés (et il ne s'est pas passé que du joli...) sans compter que la ville était bombardée depuis quatre-cinq ans. Dès lors il devient plus difficile d'imaginer que Felice ait voulu laisser Lilly à Berlin, donc on pourrait penser que dans la décision de rester dans la ville, Felice était tout autant, ou peut-être même davantage, la décisionnaire. Toujours d'après ce que j'ai pu lire, il s'avérerait que Felice n'était en outre pas la dernière à faire preuve d'une certaine, disons, témérité. Enfin il ne s'agissait pas que d'elles deux, il y avait aussi les enfants de Lilly, et pour ce qu'on lit dans leur échange de lettres, Felice était très attachée à eux et, je ne sais pas si elle les considérait comme les siens mais en tout cas elle avait fait le vœu de s'en occuper comme les siens, donc ce n'était pas juste une compagne / épouse qu'elle aurait laissé à Berlin, mais une famille entière. Et quand j'y pense, je me dis que moi non plus, je n'aurais pas été très enthousiaste à l'idée de laisser ma famille dans une ville bombardée non-stop qui allait bientôt tomber aux mains de l'ennemi (même si les Russes venaient libérer l'Europe ils ont quand même "utilisé" les civiles allemandes comme butin de guerre). Dooooooooonc. (Désolée pour les pavés.) Tout ça pour dire que dans le contexte, tout prend un autre aspect parfois :(

Et pour finir je crois que dans le documentaire, ce sont tout simplement les années passées qui ont permis à Lilly de se défaire du côté tragique de la chose, de toute façon ce ne sera pas faute d'avoir été détruite par la mort de son épouse (comme en témoignent ses tentatives de suicide, le deuil qu'elle a porté jusqu'à la fin, le fait qu'elle se soit interdit d'aimer une autre femme). Elle a dit aussi qu'elle allait mieux depuis qu'elle a pu témoigner, donc peut-être que ça joue aussi.

(Mon Dieu pardon pour cet énorme pavé, il est scandaleusement long).
Modifié en dernier par Dennenappel le lun. 4 avr. 2016 21:43, modifié 1 fois.
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Message par Griottesurlegateau »

Dennenappel a écrit :(Mon Dieu pardon pour cet énorme pavé, il est scandaleusement long).
"scandaleusement long" ;) ?
Je l'ai lu avec intérêt du début à la fin.
C'est aussi une période à laquelle je suis sensible et tes argumentaires ouvrent des questionnements...c'est donc intéressant :) .
Dennenappel a écrit :par exemple les amies de Felice n'ont jamais véritablement apprécié Lilly qui était d'un milieu social légèrement inférieur au leur
Sans doute y avait-il également de la jalousie, non ? Felice avait une, des (?) relation(s) avec d'autres femmes du groupe. Et l'amour que Felice portait à Lilly a dû en blesser d'autre(s) qui y étai(en)t attachées...Je l'ai, en tout cas, compris de la sorte.
Ça me fait penser à une collègue de travail à laquelle j'avais prêté le film.
La seule chose qu'elle m'a renvoyé tournait autour des moeurs de Felice.
Je m'attendais à une autre analyse du film...un peu plus en profondeur...
Dennenappel a écrit :Je ne sais pas du tout comment j'aurais géré une telle situation.
Moi non plus.
Dennenappel a écrit :Enfin tout ça pour dire qu'à mes yeux Lilly n'était pas "responsable" de la mort de Felice.
Au sortir du visionnage de ces témoignages, je me suis dit qu'en dernier lieu, la décision de rester à Berlin, revenait à Felice. Elle était assez indépendante, clairvoyante, au fait de la barbarie des crimes perpétrés, pour décider de son destin. C'était avant tout sa décision.
Dennenappel a écrit :Enfin il ne s'agissait pas que d'elles deux, il y avait aussi les enfants de Lilly, et pour ce qu'on lit dans leur échange de lettres, Felice était très attachée à eux et, je ne sais pas si elle les considérait comme les siens mais en tout cas elle avait fait le vœu de s'en occuper comme les siens, donc ce n'était pas juste une compagne / épouse qu'elle aurait laissé à Berlin, mais une famille entière.
Ce point ressort de façon assez forte dans le film et m'avait bcp touchée au visionnage.
Felice prend "tout le paquet" si j'ose m'exprimer ainsi : Lilly et ses enfants.
On ressent l'affection qu'elle leur porte.
Où as-tu lu ces échanges de lettres ?
Dennenappel a écrit :Et pour finir je crois que dans le documentaire, ce sont tout simplement les années passées qui ont permis à Lilly de se défaire du côté tragique de la chose
Je ne sais pas si on peut se défaire d'un tel traumatisme, d'une telle tragédie.
En tout cas, visiblement, comme en parle Boris Cyrulnik, on peut devenir résiliant.
Mais, je ne sais pas; le témoignage m'a dérangée.
Peut-être, les personnages du film sont-ils héroïsés et la réalité humaine plus nuancée, davantage dans les tons gris que noirs ou blancs. Je ne sais pas. Peut-être la pression médiatique, la difficulté de raconter son vécu, à une autre époque, à une autre société, qui n'est plus dans le même contexte, dans la même inhumanité.
Dans Shoah, de Claude Lanzmann, si mes souvenirs sont bons, Simone Weil et Boris Cyrulnik racontent qu'ils ont fini par arrêter de raconter ce qu'il avait vécu quand ils sont rentrés des camps car on ne les croyait pas. Ce n'était pas accessible intellectuellement, humainement, à ceux qui recevaient leur témoignage, à ce moment là.
Dennenappel a écrit :de toute façon ce ne sera pas faute d'avoir été détruite par la mort de son épouse (comme en témoignent ses tentatives de suicide, le deuil qu'elle a porté jusqu'à la fin, le fait qu'elle se soit interdit d'aimer une autre femme)
Je vois que tu as été au delà du film.
Je ne me souvenais pas qu'elle avait tenté de se suicider à plusieurs reprises.
Au final, seule Lilly détient la vérité sur la façon dont elle a vécu les évènements.
Dennenappel a écrit :Elle a dit aussi qu'elle allait mieux depuis qu'elle a pu témoigner
Oui. Je crois que ça a dû être important pour elle.

Dennenappel
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Re: Dennenappel

Message par Dennenappel »

Griottesurlegateau a écrit : Ça me fait penser à une collègue de travail à laquelle j'avais prêté le film.
La seule chose qu'elle m'a renvoyé tournait autour des moeurs de Felice.
Ah ça c'est dans les "sous-points" dont je parlais dans mon post précédent :mrgreen: Pour cette question je ne vais parler que du FILM, parce que pour le coup, je n'ai aucune idée de ce qui se passait dans la réalité (et comme il n'y a pas de réponses claires dans les documents "officiels", c'est-à-dire le livre ou les documentaires, je ne vais pas aller chercher dans des endroits où je ne suis pas supposée aller, moi je m'en tiens à ce qu'on a).

Dans le film, je n'ai pas l'impression que les mœurs de Felice sont présentés comme débridées, du moins pas plus que ce qu'on pourrait attendre de l'époque. Après, une fois de plus, ça doit être extrêmement contextualisé : il faut vraiment s'efforcer de penser "coterie lesbienne berlinoise 1920-1945" pour envisager que Felice n'est pas en train d'être infidèle à Lilly lorsqu'elle embrasse Ilse devant elle vers la moitié du film, mais qu'il était envisageable dans l'esprit de l'époque ET dans ce cadre particulier (la coterie lesbienne berlinoise), d'embrasser une femme qui n'était pas la tienne sans que ça implique quoi que ce soit. C'était déjà un milieu particulier à la base alors en plus quand on rajoute l'espèce d'état second dans lequel se trouvait la population berlinoise parce qu'ils recevaient des bombes depuis 5 ans... (une autre interprétation pourrait être que c'est justement le moment du film où Felice essaie que Lilly se détache d'elle vu que Lilly ne sait toujours pas qu'elle est juive et que le stress monte). Mais sinon je n'ai pas vraiment en tête d'autre moment où on pourrait reprocher à Felice ses moeurs... Comme quoi c'est drôle de voir à quel point on peut avoir des ressentis différents à partir d'un même matériau ! :mrgreen:

D'ailleurs pour moi dès le début du film le réalisateur fait comprendre que le couple Felice / Ilse n'est pas un couple "sérieux" ou du moins n'est plus un couple qui fonctionne comme avant. Au moment où Felice rencontre Lilly, sa relation de couple avec Ilse est déjà presque morte ; certes elles entretiennent une profonde amitié, une grande affection, elles tiennent énormément l'une à l'autre mais, en tant que couple, ça ne fonctionne plus et chacune sait que dès qu'elles trouveront ailleurs ce qu'elles cherchent, elles ne s'en priveront pas. C'est pour ça que je considérais le baiser entre Felice et Ilse comme quelque chose de pas du tout révélateur d'une relation qui continuerait (d'ailleurs Ilse couche avec Klärchen juste après...), mais là pour le coup, j'avoue que c'est certainement la partie la plus épineuse du film et je ne suis pas à 100% sûre de la validité de ma théorie ;)
Griottesurlegateau a écrit :Où as-tu lu ces échanges de lettres ?
Des extraits de leur fameux contrat de mariage sont reproduits dans plusieurs ouvrages / articles, et dans un des points Felice s'engage à s'occuper de Lilly et des enfants autant que les circonstances le permettent. Sinon dans un essai j'ai lu que dans une des dernières lettres que Felice a envoyées à Lilly, depuis le camp, elle aurait demandé à Lilly de lui envoyer des photos d'elle et des enfants. (L'extrait de cette lettre en lui-même je ne l'ai pas lu et je me dis qu'un jour il faut vraiment que je lise le livre, chose que je repousse pour le moment parce que 1) Déjà le film m'a mise dans tous mes états et je crois que le livre est encore plus riche en détails tristes 2) Il paraît que les dernières rééditions du livre laissent voir un certain parti-pris assez malheureux de la part de l'auteure contre Lilly, ce qui me renvoie à ce que j'ai exprimé au sujet du "bashing" la concernant).
Griottesurlegateau a écrit : Peut-être la pression médiatique, la difficulté de raconter son vécu, à une autre époque, à une autre société, qui n'est plus dans le même contexte, dans la même inhumanité.
Oui, j'imagine que tout ça doit jouer un rôle. Peut-être qu'un autre élément qui aurait pu jouer dans ton ressenti est un mauvais sous-titrage, mais je n'en sais rien car sur mon DVD je n'ai pas le reportage que tu décris (j'en ai bien un petit, mais pas le grand avec les témoignages de leurs connaissances). N'ayant donc pas vu le reportage, je n'évoquerais pas cette possibilité si je n'avais pas constaté dans mon édition du DVD (qui est belge, je ne sais pas ce qu'il en est pour l'édition française) certains passages dont le sous-titrage était assez catastrophique... Après normalement il n'est pas normal que le fond change dans un sous-titrage (encore que parfois certains sous-titreurs ne croulent pas sous l'excès de zèle, ou alors c'est parce qu'on ne les paie jamais bien, va savoir), mais peut-être que ça peut causer un décalage dans la forme. En tout cas j'ai souvent fait la grimace devant certains sous-titres du film :x

Griottesurlegateau a écrit :Je vois que tu as été au delà du film.
Je te rassure j'ai principalement lu des interviews du réalisateur / des actrices / de l'auteure du livre, et sinon un peu de littérature secondaire mais je n'ai pas été fouiner à des endroits pas prévus pour ! :shock: ;)
Griottesurlegateau a écrit : Au final, seule Lilly détient la vérité sur la façon dont elle a vécu les évènements.
Ca, c'est de tout façon clairement incontestable et je ne m'aviserai pas d'entrer dans des domaines où je n'ai pas le droit d'entrer, ne serait-ce que par respect :) Quoiqu'il en soit, ce qui est sûr c'est qu'elles méritent toutes les deux de reposer en paix maintenant.

(Ca me fait d'ailleurs penser qu'un jour je suis tombée sur un article universitaire, en allemand, qui analysait leur couple (pas celui du film hein, le vrai) d'un point de vue plutôt psychologique et j'ai trouvé ça bizarre de faire un article universitaire là-dessus :? Qu'on puisse y réfléchir sur des forums, oui, mais un article universitaire ça avait un petit côté "bêtes curieuses" d'autant que ce n'est à mon avis pas un couple qui présente quelque chose de remarquable d'un point de vue psychologique, je veux dire... historiquement, elles peuvent avoir quelque chose de remarquable, mais psychologiquement c'est juste un couple quoi...)
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Re: Dennenappel

Message par Griottesurlegateau »

Dennenappel a écrit :Dans le film, je n'ai pas l'impression que les mœurs de Felice sont présentés comme débridées, du moins pas plus que ce qu'on pourrait attendre de l'époque.
Je n'en avais, moi non plus, pas du tout imprimé une image de femme aux moeurs débridées. Felice apparait comme quelqu'un de libre, de déterminée. Elles semble savoir où elle va. Son environnement va avec son personnage et, comme tu le précises, dans un contexte historique et culturel. Je ne connaissais pas cette ouverture culturelle du Berlin des années 1920. J'ignorais également ce terme de "côterie".
Je sais également de qui venait ce regard porté sur le personnage de Felice, ce qui au fond, ne m'a guère étonnée. Comme quoi, nous pouvons recevoir très différemment en effet une même histoire, en fonction de notre éducation. Le nec plus ultra, c'est quand cette même personne m'a retransmis en bonus, la réflexion de son compagnon, qui lui aurait demandé si elle se mettait à regarder des films de "gouines". Là, je crois être tombée de 10 étages ! Pour le niveau d'étude de cette collègue, censées explorer la psyché humaine, la conversation virait au pitoyable. J'ai laissé tomber. Trop de chemin à parcourir.
Dennenappel a écrit :D'ailleurs pour moi dès le début du film le réalisateur fait comprendre que le couple Felice / Ilse n'est pas un couple "sérieux" ou du moins n'est plus un couple qui fonctionne comme avant.
Il me semble que c'est plutôt Felice qui n'a plus les mêmes sentiments pour Ilse (j'aime bien ce prénom). Ilse me semble toujours amoureuse.
Cette scène où Felice embrasse relativement intensément Ilse pour l'anniversaire de Lilly est quelque peu étonnante. Pour Lilly, dans ses repères, dans ses normes, elle ne peut pas comprendre cette attitude. Et il me semble qu'Ilse est dépitée lorsqu'elle comprend que de toute façon, Felice aime Lilly.
C'est quand même assez trouble pour le système de pensées de Lilly et pour le mien également :) .
Je ne me souvenais pas de cette scène où Ilse et le mari de Lilly couchent ensembles sans se cacher et où Felice embrasse Lilly. C'est un peu trop pour elle :? .
Dennenappel a écrit :Il paraît que les dernières rééditions du livre laissent voir un certain parti-pris assez malheureux de la part de l'auteure contre Lilly, ce qui me renvoie à ce que j'ai exprimé au sujet du "bashing" la concernant).
La biographe qui exprime un parti-pris, c'est étrange...
Il faudrait donc lire la première édition ?
Dennenappel a écrit :Sinon dans un essai j'ai lu que dans une des dernières lettres que Felice a envoyées à Lilly, depuis le camp, elle aurait demandé à Lilly de lui envoyer des photos d'elle et des enfants.
Je ne savais pas qu'elles avaient pu correspondre après que Felice ait été emmenée dans un camp. C'est très étrange dans l'organisation et l'objectif d'extermination des tortionnaires. Mais Wagner était bien utilisé dans la propagande nazie. Un extrême raffinement dans la cruauté.
Dennenappel a écrit : Peut-être qu'un autre élément qui aurait pu jouer dans ton ressenti est un mauvais sous-titrage
En effet. Ne parlant pas allemand, je suis dépendante des sous-titrages sur ce film.
En anglais, c'est plus facile. Si c'est du même acabit que le sous-titrage de I can't think straight, il peut y avoir en effet contre-sens. Mais, là, reprendre toutes les bases de l'apprentissage d'une langue me paraît être un projet ambitieux...même si j'aime entendre parler allemand et que j'aimerais comprendre sans intermédiaire.
Dennenappel a écrit :En tout cas j'ai souvent fait la grimace devant certains sous-titres du film
Tu parles allemand ?
Dennenappel a écrit : j'ai trouvé ça bizarre de faire un article universitaire là-dessus
Disons que c'est un peu aléatoire en effet, dans la tentative d'analyse du couple...seule le couple en général est au fait de se qui se trame exactement en son sein. Si l'article est plus historique, ça prend un autre sens.

Dennenappel
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Re: Dennenappel

Message par Dennenappel »

Griottesurlegateau a écrit :Le nec plus ultra, c'est quand cette même personne m'a retransmis en bonus, la réflexion de son compagnon, qui lui aurait demandé si elle se mettait à regarder des films de "gouines". Là, je crois être tombée de 10 étages !
Hahaha ça me rappelle ma mère quand elle était en train de considérer si on n'irait pas voir Carol au cinéma. "C'est des histoires de lesbiennes, mais le contexte historique peut être intéressant non ?" Moi (ayant déjà vu le film avec deux amies, mais je ne l'avais pas dit, vu que je suis encore "au placard" comme on dit si joliment) : "Moui, sûrement un petit peu." :mrgreen: (je suis plutôt du genre flegmatique :lol: ) (Finalement ma mère n'est pas allée voir le film.)
Griottesurlegateau a écrit :Je ne savais pas qu'elles avaient pu correspondre après que Felice ait été emmenée dans un camp.
Selon toute vraisemblance, si. Mais je pense que c'était surtout "en cachette" que des personnes passaient le courrier dans les camps un peu comme de la contrebande, d'ailleurs il me semble qu'au final elles n'avaient pu recevoir qu'une petite partie du nombre total de lettres qu'elles se sont écrites réciproquement.
Griottesurlegateau a écrit :Tu parles allemand ?
Je fais mes études en néerlandais et allemand. Ce qui est drôle c'est que j'avais justement choisi d'étudier l'allemand à l'université sur un coup de tête (suite à une remarque désagréable de mon prof d'anglais de Terminale) alors que je n'en avais jamais fait avant, du coup, passé le premier enthousiasme, et à cause d'autres facteurs, j'ai été un peu découragée pendant un an, un an et demi, d'autant plus que je ne trouvais plus la motivation pour progresser. Début 2015 j'en étais arrivée à un stade où je ne pouvais plus voir l'allemand en peinture et puis finalement, c'est quand j'ai commencé à m'intéresser au cinéma allemand (intérêt qui avait été éveillé par la découverte d'Aimée & Jaguar, donc) que j'ai recommencé à me passionner pour la langue et aujourd'hui, j'ai repris goût à mes études d'allemand :mrgreen: L'histoire du pays est assez fascinante également. C'est un pays qui a donné le meilleur et le pire, il est plein de paradoxes.
Modifié en dernier par Dennenappel le jeu. 7 avr. 2016 00:24, modifié 1 fois.
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Re: Dennenappel

Message par Griottesurlegateau »

Dennenappel a écrit :(Finalement ma mère n'est pas allée voir le film.)
Ça me fait penser à un truc. Au cours de l'irruption volcanique m'ayant secouée il y quelques années, je n'avais qu'une chose en tête, lire tout ce qui me tombait sous la main concernant l'homosexualité. J'étais tombée sur le bouquin de Stéphane Clergé "Comment devient-on homo ou hétéro". Je ne me cachais pas de cette lecture, ni des autres d'ailleurs.
Une personne très proche dans mon entourage, me voyant très préoccupée et omnibulée par le sujet, m'a dit "je vais le lire"...J'attends toujours :? .
Heureusement, d'autres personnes de mon entourage ont fait depuis, par ailleurs, de grandes avancées sur le sujet 8-) .

En fait, je me suis rendue compte après avoir envoyé mon post, que tu parlais de tes études au début de ta page et donc des langues germaniques que tu étudiais :? .
C'est marrant comme le cinéma nous parlant de sujets qui nous touchent (c'est vrai aussi de la littérature mais le cinéma a une autre dimension), a cette force de nous porter au delà de l'histoire mise en scène.
C'est chouette qu'Aimée et Jaguar ait déclenché ce renouveau d'intérêt et t'ait permis de plonger dans la culture allemande.
C'est un pays que je ne connais pas, bien que vivant proche. Toujours été davantage attirée par l'Espagne.
Mais aujourd'hui, grâce à différents facteurs, je pense que j'irai bien y faire un tour ;) .

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Re: Dennenappel

Message par Dennenappel »

Griottesurlegateau a écrit :Je ne me cachais pas de cette lecture, ni des autres d'ailleurs.
C'est ce que je commence à faire progressivement. Ne pas me cacher. Je ne suis toujours pas dans l'optique du CO pour différentes raisons (bien que je fasse confiance à la plupart de mon entourage) mais en ce qui concerne ma consommation (modérée, c'est vrai) de "culture lesbienne", je commence à laisser entrevoir certaines choses. Bon c'est vrai que je possède vraiment peu de "produits lesbiens", mais ceux que j'ai commencent à sortir progressivement des tiroirs et autres cachettes aléatoires :P Au début je cachais même mon DVD d' A & J, puis je me suis dit "Tu ne peux décemment pas réserver à ce film le même traitement qu'un vulgaire porno piraté qu'un ado de 14 ans planquerait dans le dernier tiroir de sa garde-robe", donc maintenant il trône dignement sur mon étagère :lol: Et il sera bientôt rejoint par Carol, en plus (dans peu de temps, si je compte bien). Ma famille va finir par voir que je les ai, c'est sûr, et puis quoi ? Ils vont penser que je suis lesbienne ? Grands dieux, c'est pas comme si c'était pas vrai ! :mrgreen:
Griottesurlegateau a écrit :Toujours été davantage attirée par l'Espagne.
Aaaah l'Espagne ça me fait bien envie aussi ! Malheureusement un peu trop loin pour le moment, et malheureusement pas d'actualité, mais c'est sur la liste, ça c'est sûr ! :) Pour l'architecture et les musées entre autres, mais pour les paysages aussi bien sûr...
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Message par Griottesurlegateau »

Dennenappel a écrit :maintenant il trône dignement sur mon étagère
Ce que tu décris me fait penser à une scène dans I can't think straight où la soeur de Leyla découvre sur la commode de sa soeur, un CD de k.d. Lang, la biographie de Martina Navratilova (la tenniswoman), un bouquin de Sarah Waters, je crois. Et elle comprends par ce biais, quelle est la sensibilité de sa soeur.
J'ai beaucoup aimé le rôle de la soeur dans ce film. Il est bienveillant et catalysant, médiateur, par rapport aux réactions de la mère et il est aidant dans le fait que Leyla et Tala se retrouvent.
J'avais trouvé ce même rôle bienveillant de la soeur dans un bouquin de l'écrivaine québécoise Sylvie Giasson dans "Vivre avec l'homosexualité de son enfant".
J'aurais aimé que la mienne soit aidante, elle aussi.

J'ai trouvé que cette incursion de culture lesbienne dans le film, était assez finement amenée. Je n'ai pas retrouvé ce coup de caméra ailleurs.
Et par ce biais, j'ai été écouter des titres de k.d. Lang et suis tombée pour Love is everything, mais plus tard.
Je l'avais, sans y prêter vraiment attention, incluse dans ma play-list. Et par la suite, à chaque fois que le shuffle tombait dessus, mon oreille se dressait immanquablement.

Je ressens assez fort les mots que tu emploies "trônent dignement sur mon étagère".
Je crois que j'ai la même sensation avec mon rayon livres et DVD. C'est comme s'ils faisaient partie de tous ces morceaux pris à droite et à gauche qui me constituent aujourd'hui. Ils font partie de moi, même si maintenant, je peux aller plus loin, et aller piocher aussi, de nouveau, dans une culture plus normée. Mais je conserve intacte et centrale cette nécessité de découverte continuelle de la culture lesbienne. J'ai eu un passage où tous les stéréotypes hétéronormés que je recevais quotidiennement m'agressaient. Tu imagines l'état d'esprit ambiant ! Le fait d'avoir pu m'approprier, m'identifier à certains personnages de films ou de livres, m'a beaucoup apaisée.
Dennenappel a écrit :Pour l'architecture et les musées entre autres, mais pour les paysages aussi bien sûr...
Ah ! Que de choses à découvrir en Espagne et dans la culture espagnole !

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Re: Dennenappel

Message par Dennenappel »

Griottesurlegateau a écrit :J'ai eu un passage où tous les stéréotypes hétéronormés que je recevais quotidiennement m'agressaient. Tu imagines l'état d'esprit ambiant !
Haha en effet j'imagine la bonne ambiance :D Ceci dit je comprends. Je mentirais en disant que je n'ai jamais eu de mal avec ces stéréotypes... Et en même temps comme je suis restée plongée dans cette culture hétéronormée extrêmement longtemps, je n'ai jamais pu me départir de... disons... de profonds liens d'affection à son égard. Evidemment comme nous ne sommes pas toujours très gâtées en qualité dans la production lesbienne (il y a quand même plusieurs choses de qualité quand on cherche, mais ça reste très peu comparé à la culture hétéronormée) on peut aussi avoir tendance à se dire qu'on préfère "consommer" une belle oeuvre hétéronormée qu'un navet lesbien (ce qui est aussi valable pour la littérature)... J'espère que Carol entre autres va ouvrir la voie à au moins quelques productions cinématographiques lesbiennes qui pourront rivaliser avec les grands films de l'histoire du cinéma ;)

Tiens ça me fait penser que je n'ai pas encore laissé de commentaire dans la rubrique sur Carol. Je le ferai probablement quand je l'aurai revu car là certains éléments commencent à devenir flous dans ma mémoire. :mrgreen:
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Dennenappel a écrit : Et en même temps comme je suis restée plongée dans cette culture hétéronormée extrêmement longtemps, je n'ai jamais pu me départir de... disons... de profonds liens d'affection à son égard.
C'est marrant. Pour y avoir baigné aussi assez longtemps, j'ai toujours eu un regard, sans doute de par l'éducation que j'ai reçue, assez critique, en tout cas sur ces normes femmes/hommes, qui nous assaillent dès notre première respiration, voire intra-utero.
Dennenappel a écrit : Evidemment comme nous ne sommes pas toujours très gâtées en qualité dans la production lesbienne
Je n'ai pas cette lecture. Plus j'avance et plus je trouve de références filmographiques intéressantes, construites, qui livrent du sens, qui osent, avec des univers très différents et de fait, très enrichissants les uns les autres. Côté littérature, c'est la même chose. De plus en plus de personnalités s'engagent sur le chemin de la visibilité.
Mais je te l'accorde, il faut être en mode spéléo-exploration en permanence. Cette culture n'est pas à la portée de la quidam.
Comme dit Todd Haynes (le réalisateur de Carol), l'évolution des mentalités va très vite ces 5 dernières années, mais il reste encore un sacré bout de chemin à parcourir.
Dennenappel a écrit :Tiens ça me fait penser que je n'ai pas encore laissé de commentaire dans la rubrique sur Carol. Je le ferai probablement quand je l'aurai revu car là certains éléments commencent à devenir flous dans ma mémoire.
Le DVD sort début mai je crois :) ...

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