C'est marrant ce qui me fait tiquer en te lisant lesbionic. Je ne vais pas relevé chaque pic à mon oeil, juste :
l'idée d'avoir à travailler pour être soi m'est insupportable
Dans l'idéal, j'adorerais pouvoir dire cela. En pratique, je sais pour l'avoir vécu qu'il m'a fallu, et me faut encore un gros travail de déconstruction des cadres dans lesquels j'ai été élevée, parfois de ce qu'on m'a donné comme tuteur pour ma croissance, pour que je puisse laisser s'exprimer ce qui m'anime profondément.
Dans le contexte d'une éducation conformante/oppréssante/aliénante, dans le cadre d'une société institutionnalisée qui veille à sa perpétuation, cela me semble inévitable. J'ai beau être née dans une famille qui pouvait répéter les phrases de Dolto comme des mantras : "le bébé est une personne", j'ai été élevée avec en ligne de mire une forme d'efficience sociale, pouvoir s'intégrer au tissus social existant, le comprendre, le penser. Pas le remettre en question. Pas m'accepter telle que je suis et trouver les aménagements entre les deux. Je devais être par définition un être social conforme au cadre qui l'a vu grandir. Par là même : intellectuelLE de gauche (modérée), humaniste, antiraciste et j'en passe... mais lesbienNE n'était pas au programme, tout comme non cis-genre, lexique même auquel je n'ai accédé que très récemment. La prise de conscience a été une lutte plus qu'un travail aux débuts. Et ce n'est pas achevé.
Alors j'adorerais qu'on puisse simplement grandir pour se devenir. Mais le cadre social qu'on rencontre aujourd'hui, à l'école de la république et ailleurs, est loin de favoriser l'expression des individualités dans leur enrichissante diversité, et je ne crois pas que l'abandon de la notation en primaire suffise à changer la donne de ce point de vue.
C'est en regardant le contexte ainsi que je comprends le désir de monstration. Parce que remettre en question les lignes de force le long desquelles on a grandi, c'est aussi la sensation de risquer de se couper une jambe en même temps que le tuteur. Quand on fait l'expérience de l'émancipation, du soulagement, de la sensation de liberté, le désir de le partager peut venir dans un même souffle, et cela me semble une expression d'une des très belles caractéristiques humaines.