Seulement, d'un naturel méfiant, au bord de la paranoïa, soupçonnant volontiers quelque machiavélisme chez autrui, je me disais que la gestuelle de mon interlocuteur, son regard, sa voix, trahiraient ces desseins réels.
En l'occurrence, depuis l'enfance, ce qui effraie mon entourage, je m' ingénie à observer chacun, traquant le moindre détail alarmant, occultant toute spontanéité.
Le physique d'une personne ne m'intéresse pas: les femmes que j'ai aimées ( que j'aimerai toujours, d'ailleurs) n'avaient aucun point commun à ce propos, et certains qualifieraient quelques unes d'entre elles de " pas terribles", aussi, le besoin d'une rencontre réelle n'était pas généré par ce motif, mais bien par le besoin maladif de me rendre compte, sonder la personne, la mettre sur la sellette.
Aujourd'hui, je dois me résoudre à faire confiance, écouter mon coeur, arrêter d'analyser l'autre, et c'est peut-être ça, d'ailleurs, aimer réellement quelqu'un, lui accorder sa confiance, inconditionnelle?
Comme je l'ai dit, de toute façon, c'est du passé ce besoin de voir pour croire, je pense que ma monophtalmie y est pour beaucoup.
Je rigole, parce que cette prise de conscience m'est tombée dessus avant: il y a en effet un petit moment que je me suis attachée à une personne que je ne connais que par ses lettres, et au fond de moi, je suis sûre que cette personne est telle que je la ressens.