Je vais (encore une fois) être chiante mais ...
Le terme shoujo-ai est une pure invention d'occidentaux (pour les japonais ça renvoi à la pédophilie!), peut-être trop choqués à la vue de quelques filles nues dans un manga/anime alors que c'est légion dans beaucoup de shôjo et shônen. Au Japon, toute relation entre filles s'appelle
Yuri ou
Girls love. Que ça soit seulement émotionnel (même ambigu) ou sexuel, ça ne fait pas de différence.
Parti de ce constat, c'est beaucoup plus facile de qualifier l'offre présente. La seule vraie différence se fait au niveau du public visé. Masculin (Strawberry Panic, Kashimashi), féminin (Marimite, Simoun) ou les deux (Kannazuki no Miko, GirlsFriends).
concernant Marimite (La vierge Marie vous regarde), il s'agit (si mes souvenirs sont bons) à l'origine d'une série de 35 light novel (romans courts très faciles à lire avec 3 ou 4 pages d'illustrations) d'Oyuki Kono et illustrée par Ibiki Reine qui a débuté en 1998. Avant de sortir en volume les chapitres étaient publiés dans le magazine shôjo, Cobalt, du célèbre éditeur Shueisha.
Face au succès, une adaptation manga (toujours scénarisé par l'auteur des romans mais illustré par Satoru Nagasawa) est lancée dans le magazine shôjo Margaret du même éditeur Shueisha (connu pour avoir publié des séries à succès comme Hana yori dango, La rose de Versailles (Lady Oscar) et tous les autres mangas de Ryoko Ikeda, Hikari no densetsu (Cynthia ou le rythme de la vie), Lovely Complex).
Puis comme souvent, dans le même temps, une adaptation animée par le Studio DEEN (Read or Die, Ranma 1/2, Patlabor, Simoun, Yamibou, You're under arrest, etc) voit le jour.
A côté sont sortis des petits chapitres mangas publiés dans le Cobalt magazine et illustrés par Hibiki Reine sur des petites histoires directement inspirées des light novels.
Concernant la fidélité des adaptations :
Le manga qui totalise 8 tomes et s'arrête à la remise des diplômes des trois Roses (Sei, Yoko et Eriko) suit évidemment la trame des romans. Chaque tome du manga correspond à un tome des romans.
Sur l'anime, même si l'on prend les deux premières saisons qui sont assez proches des romans, on ne peut pas totalement parler de fidélité pour les saisons 3 et 4 (alors que l'auteur s'est elle-même occupée de la composition pour la saison 4). Outre des petites scènes, ce sont surtout des passages entiers voire un volume entier des romans qui sont tranchés dans la version animée pour des raisons de budget surement. De plus, pour une raison que j'ignore, l'homosexualité du cousin de Sachiko n'est que suggérée dans l'anime alors qu'elle est clairement exprimée dans le roman.
Rajoutons la présence non notable de fanservice carrément annoncé par les personnages (cf saison 1 épisode 2 ou saison 3 épisode 5). Et aussi étonnant que ça puisse paraitre, la série connait un grand succès chez les otaku et le public masculin ne général d'où la présence de fanservice.
Enfin, on pourrait même parler de studioservice puisque certains membres du studio DEEN sont connus pour être fans de Yuri et BL au point d'en rajouter sur les endings de certaines séries quand ça les chante (cf you're under arrest saison 3, Get Backers). C'est le cas des endings de Marimite saison 3 et 4 où le studio s'est bien lâché. La preuve en images (vous ne verrez jamais ça dans la série, bien entendu) :



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Maintenant la vraie question est Marimite : Yuri or Not ?
Euh, en fait, pour être juste on devrait parler du genre
Class S qui renvoie aux relations entre Sempai et Kouhai (une ainée et sa junior) typiquement japonaises qui varient du vrai respect qu'on a pour son ainée, en passant par l'admiration aveugle voire de la romance. Le truc est que avoir des relations ambigües entre filles à l'adolescence est accepté voire encouragé dans beaucoup de pays orientaux pour calmer la tension sexuelle entre hommes et femmes (y compris musulmans comme l'Arabie Saoudite). Les relations fusionnelles entre filles rassurent les parents dans un pays comme le Japon où le groupe a son importance (je ne parle même pas de l'hijimé). Mais passé le cap de l'adolescence, finit de jouer. On se marie et on fait plein de beaux petits enfants ^^. Seulement pour certaines, ça ne s'arrête pas à l'adolescence.
Bref, des auteurs (lesbiennes ou non) du début du siècle, y ont vu un moyen de passer la censure à travers ce concept. Bon ça n'a pas duré, les Class S Stories ont été interdites par la suite.
S renvoie a beaucoup de termes comme Sister, Sex, Shôjo et Escape qui résument, à peu près, la complexité de ce genre né de la censure (et mort avec).
Les grands shôjo des années 70 comme La Rose de Versailles (Oscar/Rosalie), Glass no Kamen (Maya/Ayumi), etc. ont beaucoup joué sur le principe du Class S avec des héroïnes à la forte personnalité admirant ou admirées (voir les deux) d'une façon douteuse par d'autres personnages féminins (vous remarquerez qu'on trouve toujours un personnage androgyne dans l'histoire). Ces mangas utilisent les codes du Class S et quelques références Yuri (que seul le fan pourra voir) mais ça ne va jamais plus loin (ça reste des shôjo). On pourrait effectivement parler de subtext mais ce serait un peu réducteur.
On retrouve quelques résurgences de Class S dans certains mangas ou animes comme Kaleido Star (de Junichi Sato, le deuxième réalisateur de Sailor moon) et ses nombreuses références au théâtre Takarazuka (troupe entièrement féminine à l'origine du terme Yuri) avec bien sûr son personnage androgyne (Anna) et une relation Kouhai-Sempai qui peut prêter à questionnement (Sora/Layla, surtout l'OAV Legend of Phoenix).
Mais c'est avec Marimite que le genre Class S signe vraiment son retour (60 ans après ! ). C'est en est même un hommage d'après son auteur.
La série a quand même eu un certain impact dans le monde Yuri et se trouve copiée dans son concept (Strawberry Panic), parodiée (High School girls) ou utilisée comme référence Yuri dans certains animes purement otakus. Le fameux "Gokigenyou Onee-Sama" (formule de politesse pour saluer une ainée) en est devenu l'étendard.
Pour ce qui est de Marimite, j'ai déjà donné mon avis ailleurs, je crois.
La trame fait très shôjo années 70, les péripéties et le grand méchant en moins. D'où une certaine lenteur ressentie par certains. Il s'agit surtout de comprendre et de prendre le temps de voir les personnages évoluer au lycée. Prenez la Yumi (ou Sachiko) de la saison 1 et de la saison 4, on est surpris du changement qui s'est pourtant fait en douceur et par étape. Cela se ressent d'autant plus dans leur relation soeurale (même si la saison 3 a apporté une certaine tension sexuelle mais qui reste sans réponse dans la saison 4 malgré le discours sur les différentes formes d'amours entre Yumi et Subaru) beaucoup plus calme et sans les quiproquos du début. Et puis l'animation sans être exceptionnelle, reste de qualité, avec de jolis tons pastels. Sans parler des petites touches d'humour qui réveilleront certains (surtout dans les bonus Ne dites rien à la Vierge Marie).
Pour info, les germanophones peuvent se procurer les romans et le manga en Allemagne ou sur Amazon.de. Et les anglophones peuvent se procurer l'anime aux US sur dvdpacific.com ou amazon.com (la quatrième saison va pas tarder). Pour les francophones, il reste toujours les cierges
