Éducation et homosexualité

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caty
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Re: Éducation et homosexualité

Message par caty »

Peluche :
J'ai lu l'article québecquois. En ce qui concerne le sujet du suicide, il semblerait donc qu'il n'y ait pas de liens confirmés et prouvés entre le taux élevé de suicide (chez les jeunes adultes et non les ados comme tu le disais) et leur homosexualité. Il n'y a que des hypothèses et des enquêtes très anciennes (plus de 10 ans) et peu représentatives, ce qui ne permet pas vraiment d'établir une vision d'ensemble fiable sur la situation actuelle.
Si c'est de l'article que Christophoros a évoqué que tu parles, on n'y a pas lu la même chose.
Vu l'ampleur des écarts entre les chiffres, et malgré les défauts des études, le lien entre taux de suicides et depression/homo ou bisexualité ne laisse guère de doute, quel que soit le type d'études.
Que les études citées dans cet article soient "anciennes" (10 ans ce n'est rien) n'est pas un argument suffisant pour douter : que s'est-il passé en 10 ans de si positif pour les homosexuels, pouvant faire penser que ça va tellement mieux pour eux qu'ils se suicident probablement moins en 2009 ?
Pas grand chose en dehors du mariage autorisé dans certains pays.
L'action médiatique (mariages publics, outings, histoires homos dans les films, séries et livres, etc.) est en train de montrer ses limites avec le renforcement actuel de la contre-réaction (vote contre la mariage gay aux USA, recrudescence des agressions homophobes en Italie et en France, etc.).

Pour des études plus récentes, un lien fourni il y a quelques temps par Bee (merci encore) cite des références à fouiller :

Revue Genre, sexualité et société
Extrait :
De nombreuses études ont démontré que les personnes homosexuelles étaient plus sujettes que les hétérosexuel-le-s au mal-être, à la dépression et aux tentatives de suicide (Bagley, Tremblay, 1997 ; Remafedi et al., 1998 ; Cochran, Mays, 2000 ; Verdier, Firdion, 2003 ; Jouvin, Beaulieu-Prévost, Julien, 2008). Entre autres exemples internationaux, le rapport Banks (2003) indique qu’au Canada, environ 30% des suicides concernent les gais, les lesbiennes ou les bisexuel-le-s.

25 Il faut souligner que le risque de dépressions, de tentatives de suicide et de suicides est plus important chez les jeunes – en particulier les jeunes homosexuel-le-s –, l’adolescence étant par définition une période de trouble et de recherche identitaire, que peuvent encore venir complexifier les premiers questionnements sur leur orientation sexuelle puis la gestion de l’annonce de leur homo/bisexualité à l’entourage (Bozon, 2002, 59-62). Ceci explique pourquoi la plupart des données dont on dispose sur la santé mentale des homosexuel-le-s concernent les jeunes.

26 Ainsi, en France, l’enquête Contexte de la Sexualité en France (CSF) rapporte que, parmi les 18-24 ans, 57,1% des hommes et 89,2% des femmes homo/bisexuel-le-s déclarent avoir été déprimé-e-s au cours des douze derniers mois, versus 25,5% et 33,1% chez les jeunes hétérosexuel-le-s (Bajos, Beltzer, 2008, 262).

27 Au-delà des baisses de moral, les jeunes femmes homos/bisexuelles semblent particulièrement exposées à des épisodes dépressifs graves. D’après l’enquête dirigée par Brigitte Lhomond et Stuart Michaels (2003), réalisée auprès de jeunes âgé-e-s de 15 à 25 ans, 54% des filles attirées par une personne de même sexe (contre 31% de celles attirées exclusivement par l’autre sexe) déclarent avoir déjà pensé sérieusement au suicide et 18% ont déjà fait au moins une tentative de suicide. Mais il faut souligner que les femmes en général (quels que soient leur âge et leur orientation sexuelle), si elles tentent davantage de se suicider que les hommes, parviennent plus rarement au suicide accompli ; un constat qui n’est pas sans relation avec les méthodes employées – qui relèvent en partie de constructions de genre – les femmes usant par exemple davantage des surdoses médicamenteuses tandis que les hommes emploient plus aisément des armes (Hanigan, 1990, 130).


Tout l'article est par ailleurs intéressant.
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caty
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Re: Éducation et homosexualité

Message par caty »

Pour répondre à tes questions, Christophoros, mes recherches m'ont amenée vers un très intéressant article de la revue Population:
Homosexualité, bisexualité : éléments de socio-biographie sexuelle.

Je chercherai plus avant, mais à y réfléchir, je pense que toutes les études de tous pays et de toute date cotemporaine amèneraient aux mêmes conclusions.
Plus on a un niveau d'éducation élevé, moins on est susceptible d'être personnellement influencé négativement vis à vis de l'homosexualité ou de la bisexualité, moins on est susceptible de voir ça comme une anomalie et une déviance, et moins on est susceptible d'être harcelé ou rejeté par son milieu...

Comme toi, ma première pensée sur le sujet était le taux de suicide et de dépression élevés chez les homosexuels, susceptibles d'être un handcap sur leur niveau général d'étude.
Mais il faut voir déjà si le taux de suicides et de depression n'est pas plus important chez les catégories socio-professionnelles les plus élevées (qui comportent donc le plus d'homosexuels), ce qui me semble être le cas mais je n'ai pas le temps de vérifier là maintenant.
Le taux général de tentatives de suicide ne serait donc pas un frein significatif à l'élévation sociale (ou au maintien de son niveau social).

A propos de l'étude que je cite, on retrouve l'a priori si fréquent à d'autres études et à d'autres articles et réflexions.
Concernant les raisons pour lesquelles il y a moins d'homosexuels parmi les ouvriers et les agriculteurs, la seule hypothèse émise est qu'ils se cachent ou vivent une fausse vie hétérosexuelle sous la pression de leur milieu.
Cette hypothèse sous-entend que l'homosexualité et la bisexualité sont innées, préexistantes chez un individu, toujours, pour tout le monde.
Jamais ou quasiment jamais on n'évoque le fait que l'absence de frein idéologique, religieux ou culturel est susceptible d'augmenter le taux d'homo ou de bisexualité, tout comme d'autres comportements culturels et sociaux, pas plus (ni moins) innées que ceux-là.

Ca me saute souvent aux yeux dans ma profession et mon environnement géographique actuel (rural pas riche, ouvrier/agricole), en parallèle avec les autres environnements dans lesquels j'ai vécu : certains hommes et certaines femmes que je connais seraient ou pourraient "être" homo ou bisexuels s'ils vivaient à Paris et faisaient un autre métier. "Etre", c'est à dire non pas l'être parce qu'ils sont "nés comme ça", pas forcément du moins, pas tous, mais être dans le sens avoir des comportements homo ou bisexuels.
Si je leur disais ça, certains d'entre-eux tomberaient des nues, ça ne leur vient même pas à l'idée, et c'est là qu'est le hic.
Ils n'ont pas Internet, ou aucun élément quotidien favorable (de mon point de vue ;) ), peu de moments ou d'occasions dans leur vie de penser autrement que de la façon normée de leur milieu, etc.
Je pense même que pour d'autres personnes que je connais, et pour lesquelles ça ne me vient pas à l'idée, à moi, ils n'auraient pas non plus les mêmes comportements sexuels dans un milieu plus libéral et culturellement plus favorable.
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Christophoros
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Re: Éducation et homosexualité

Message par Christophoros »

caty : Merci pour les réflexions et les liens, je vais fouiner un peu toutes ces informations.

Tes réflexions ultérieures représentent une piste intéressante qui s'intéresse à la différence entre comportement et identité / orientation, ce qui est toujours pertinent.

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Dino
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Re: Éducation et homosexualité

Message par Dino »

je trouve ces sujets tres interessants...
j'avais entendu parlé d'une étude sur la classe sociale qui comportait le plus d'homos...il en était sorti que la majorité des homos se situait soit dans la classe ouvrière soit dans la classe "cadre". J'ai essaye de faire des recherches dessus mais je n'ai rien trouvé sur cette étude.

Je crois qu'il est vrai que les homos de la classe ouvrière doivent souvent cacher ce qu'ils sont reellement etant donné que l'intolérance (qui decoule souvent de l'ignorance) envers les homos est assez répandue dans la classe ouvrière (je ne la stigmatise pas mais les agriculteurs qui connaissent à peine l'existence de l'homosexualite...ca existe) ... heureusement cela devient de moins en moins vrai.
par contre pourquoi trouve t on les homos dans les deux classes "opposées"...et quand je regarde autour de moi, je m'apercois que cette theorie est quasiment suivie par tous les homos que je connais...A mon avis le fait d'etre homo agit sur nos etudes parce que la réussite des etudes passent par la capacité à apprendre, certes, mais aussi par l'integration sociale. Les difficultés a s'integrer seraient elle paliées soit par les études qui peuvent etre une sorte de masque ou de cachette ou se refugier pour certains, soit par un rejet des études??? c'est relativement difficile à imaginer ... vu que je n'ai que ma propre expérience et mes propres connaissances qui me font dire ca..donc a vos claviers pour en discuter et me faire peut etre voir plus loin!

edit
je viens de lire l'article publié par caty...très interessant! meme si l'etude n'est faite que sur les homo/bi/hetero hommes! je pense que les conclusions seraient peut etre un peu differentes si l'on effectuait les sondages sur un echantillon exclusivement feminin!
la meilleure défense c'est l'attaque !

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