Bare : Interview de la productrice, scénariste et réalisatrice, Natalia Leite

Natalia Leite - Bare

Interview accordée à Dana Piccoli le 7 mai 2015 pour le site Afterellen.com

Bien que la scénariste et réalisatrice Natalia Leite soit actuellement au centre de toutes les attentions pour son premier long-métrage, Bare, dans lequel jouent Dianna Agron et Paz de la Huerta, chez Afterellen, nous sommes fans de son travail depuis quelque temps déjà. En effet, Natalia a joué avec Alexandra Roxo, la coproductrice de Purple Milk, dans la websérie, plutôt drôle et mignonne, Be Here Now-ish. Nous avons eu l’occasion de discuter avec Natalia juste après la première de Bare au Tribeca Film Festival, à New-York – la salle était d’ailleurs pleine à craquer.

Je suis très éprise de ce film. Je dis « éprise » parce que c’est ce qui convient le mieux à ce que je ressens : je n’arrête pas d’y penser, de repasser certaines scènes dans ma tête. Les couleurs, la musique… j’en ai des papillons dans le ventre. D’où vous est venue l’idée de ce film ?

Et bien, tout d’abord, sachez que c’est mon premier scénario de long-métrage. C’est une histoire que je voulais raconter depuis un moment déjà. Ce n’est pas une autobiographie, mais l’histoire est très inspirée d’une période de ma vie. À l’époque, je m’interrogeais sur le chemin que je voulais prendre et sur ma relation avec ma copine. J’ai alors réalisé que je pouvais me réinventer, me créer ma propre réalité et que tout cela était très valorisant. J’ai appris de cette relation, j’ai gagné en force pour pouvoir me retrouver là où je suis aujourd’hui. Je crois aussi que réaliser ce film m’a permis de réaffirmer tout cela, de me prouver que j’en étais capable et qu’il est possible de s’extirper du carcan, du moule, ou du chemin que les gens ont tracé pour vous.

Réaliser un film n’est pas chose aisée, en particulier un film avec des lesbiennes. C’est pour cela que beaucoup de réalisateurs se tournent vers le crowdfunding. Comment avez-vous fait pour réaliser Bare ?

J’avais fait une campagne de crowdfunding pour Be Here Now-ish, une websérie que j’ai réalisée et dans laquelle j’ai également joué. Ce fut un vrai succès, mais au final, cela représente énormément de travail pour assez peu d’argent. Pour Bare, nous n’avons pas fait de crowdfunding. Lors du tournage de Be Here Now-ish, Alexandra [Rozo] et moi avions rencontré deux investisseurs, nous avions établi une sorte de relation et nous sommes donc naturellement revenues vers eux lors de la recherche de fonds pour Bare. Ils ont adoré le film et ont investi de l’argent. Puis, c’est le bouche-à-oreille, une personne te présente à quelqu’un d’autre, etc., et au final nous avons collecté les fonds dont nous avions besoin grâce à quelques investisseurs. Et n’oublions pas que ça reste un petit film indépendant. Enfin bon, tout s’est bien goupillé et nous avons réussir à faire en sorte que ça fonctionne.

Vous avez donc fait ça comme au bon vieux temps.

Oui, comme au bon vieux temps. Et ça a marché !

Ça nous redonne tellement espoir !

Vous savez, je pense que tout est dû à la confiance. Ça faisait un an que nous discutions, parlions de notre projet, et créions une amitié avec les personnes qui nous ont financées et qui ont investi de l’argent dans notre projet. Ils nous avaient vues travailler sur d’autres projets, ils nous ont fait confiance et ont jugé que ça valait le coup. C’est très important et au final, vous vous construisez un réseau en constante évolution de personnes qui vous soutiennent dans votre travail, c’est génial. C’est l’idéal, non ?

Vous étiez au festival de Tribeca, où le film a d’ailleurs reçu d’excellentes critiques. Les gens ont vraiment hâte de pouvoir enfin voir le film. Savez-vous quand il sera disponible ?

Nous ne pouvons rien vous dire pour l’instant, mais nous y travaillons. Nous faisons en sorte que lorsqu’il sera disponible au public, les gens du monde entier puissent y avoir accès. Ce succès est incroyable ! Je pense que c’est, en partie, dû à Glee : cette série a été un énorme succès mondial, et a attiré vers notre film des personnes de beaucoup de pays différents. Par exemple, l’autre jour, j’ai tweeté « Nous serons bientôt chez vous ! ». Ce message a été retweeté et j’ai eu énormément de réponses du genre « Venez aux Philippines ! », « Venez au Mexique ! ». C’est génial qu’autant de personnes de cultures et pays différents soient impatientes de voir le film. Donc, oui, on vous tiendra au courant, bientôt j’espère.

Le casting de Bare est super ! Le film n’aurait été le même sans ce casting. J’ai été particulièrement bluffée par Dianna Agron, qui porte le film sur ses épaules dans une espèce de grâce silencieuse. On est tout simplement attiré par elle. On se demande ce qu’elle peut penser. Aviez-vous Dianna Agron en tête pour ce rôle ou fut-ce juste le hasard des auditions ?

Je connaissais son travail, j’avais déjà regardé Glee, mais sans en être une grande fan pour autant. Je suivais sa carrière, les choix qu’elle faisait. À un moment, j’ai discuté avec son agent pour savoir si elle était prête à prendre de plus gros risques, à prendre des positions plus osées dans les rôles qu’elle choisissait. Au final, Dianna et moi nous sommes rencontrées autour d’un déjeuner. Je lui avais envoyé le scénario, elle l’avait lu et a eu de super remarques, très intelligentes, genre « Je ne suis pas sûre que cette scène soit nécessaire ». Comme elle est aussi réalisatrice, elle a été très impliquée dans la conception du film et lui a apporté beaucoup de choses. Le rôle de Sarah n’est pas un rôle facile à jouer, le personnage est un peu passif, il garde tout pour lui. Et comme je suis aussi actrice, je sais qu’il est plus facile de faire passer un message avec un rôle plus vocal, plus actif, plus extraverti. Lorsque vous intériorisez tout, il vous faut être subtil et Dianna s’en est très bien tirée. Elle a énormément de talent et a fait en sorte que tout cela fonctionne. C’est aussi dû aux nombreuses conversations que l’on a eues et à la confiance mutuelle qu’il y avait entre nous. Elle m’a laissé la guider à travers l’histoire et l’évolution de Sarah.

En tant que réalisatrice homosexuelle, était-il important pour vous que le film ait des protagonistes lesbiens ? Bien entendu, le film traite de thèmes universels, comme la découverte de soi par exemple, mais cette histoire est vraiment rafraîchissante, comme si elle n’avait jamais été racontée auparavant, et je ne pense pas qu’elle aurait eu le même impact si, disons, Pepper [Paz de la Huerta] avait été un homme.

C’est vrai. Dans ma prochaine histoire, celle que je suis en train d’écrire, il y a un personnage principal masculin. Je ne fais pas partie de ces réalisatrices qui veulent à tout prix raconter des histoires homosexuelles. Tout dépend de ce dont l’histoire a besoin. Pour Bare j’ai senti qu’il était important de parler d’une relation lesbienne. L’héroïne vit dans une petite ville, où son univers et le chemin qu’elle doit prendre ont été décidés pour elle. Le fait qu’elle tombe amoureuse d’une autre femme représente donc complètement autre chose que si elle était tombée amoureuse d’un homme. C’est dans ce sens-là que la relation lesbienne est importante. Ce n’est pas du tout une histoire de coming-out. Nous ne savons pas ce que Sarah fera par la suite, si elle finira par sortir avec des femmes ou des hommes. Nous ne le savons pas, mais ce n’est pas ça l’important. Sarah est tombée amoureuse d’une femme parce que Pepper était différente de tout ce qu’elle avait pu connaître jusque-là.

Quels sont les réalisateurs qui vous inspirent ou que vous admirez ?

Il y en a beaucoup. J’adore Andrea Arnold, qui a réalisé Fish Tank. Elle a un style vraiment intéressant et une très grande sensibilité. J’adore Jane Campion. Beaucoup de réalisatrices m’inspirent. J’adore David Lynch, je suis très influencée par son travail, son visuel et ses éléments doubles. Je pense notamment au bar à strip-tease [dans Bare] : cet endroit n’existe pas vraiment dans la vraie vie, il pouvait donc se permettre d’être un peu psychédélique et irréel.

Vous avez déjà réalisé des courts-métrages et webséries mais ce film était votre premier long-métrage. Et quel premier !!! Quels conseils donneriez-vous aux réalisateurs en herbe qui voudrait créer une belle œuvre ?

Je crois que l’important est de toujours rester en accord avec soi-même et sa vision des choses. J’étais dans un jury récemment et quelqu’un nous a demandé « comment faire une websérie à succès ? ». Alors, déjà, si vous commencez par vous dire « comment faire un film à succès ? », vous commencez mal. Parce qu’alors vous vous limitez par des espèces de lignes directrices que quelqu’un d’autre a établies, des impératifs du type : est-ce que ça fait de l’argent ? Est-ce que c’est ce que les gens veulent voir ? Je crois très sincèrement qu’il faut tout simplement être un artiste à part entière. Évidemment, il faut aussi comprendre le côté commercial des choses, mais ça c’est autre chose. Il faut avant tout que vous restiez fidèle à votre vision des choses et à ce que vous êtes. D’une certaine façon, l’art traite de la découverte de soi. Me concernant, je ne savais pas si mon histoire était commerciale, si elle allait bien se vendre, mais je voulais la raconter. Je me suis donc fait confiance et je me suis dit qu’il y aurait bien des gens qui seraient intéressés cette histoire. Puis, lorsque votre travail prend de l’importance et que de plus en plus de personnes vous connaissent, vous avez de plus en plus de pression pour faire les choses comme ci, comme ça, à la façon d’untel. Moi, je m’assure constamment que je suis en accord avec moi-même, je me pose la question : pourquoi est-ce que je veux raconter cette histoire à la base ? Est-ce que je reste fidèle à ce que je voulais raconter au début ? C’est ça, pour moi, la clef du succès.

Interview Originale sur le site Afterellen.com

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

Répondre