Joan Elizabeth Biren (JEB)

Joan Elizabeth Biren (JEB)

Biographie

Joan Elizabeth Biren (également connue sous le pseudonyme de JEB), est une photographe et réalisatrice de documentaires. Elle naît le 13 juillet 1944 à Washington et y grandit auprès de ses parents tous deux fonctionnaires.

La jeune Joan excelle dans les études et s’intéresse beaucoup à la politique et à l’art sous toutes ses formes. En 1966, alors qu’elle hésite encore à faire carrière dans la politique ou dans le droit, elle sort diplômée en lettres du Mount Holyoke College. Elle choisit à ce moment-là de s’inscrire dans la prestigieuse Université d’Oxford pour étudier les sciences politiques et la sociologie.

Dès la fin de ses études, elle s’implique activement dans des mouvements militants de libération des femmes. En 1971, avec les intellectuelles Rita Mae Brown et Charlotte Bunch, elle crée une petite association lesbienne radicale qui se veut indépendante et qui va avoir un grand succès en 1971-1972, The Furies Collective. L’idée est de proposer, dans un pays en pleines mutations en raison de la Guerre du Vietnam ou encore du Black Power, un mouvement lesbien qui puisse faire entendre sa voix hors des associations mixtes LGBT sur lesquelles les hommes avaient la mainmise. Très vite le petit groupe et son journal publié au départ avec les moyens du bord vont s’étendre et prospérer grâce au bouche à oreille.

C’est à cette époque que Joan Elizabeth Biren commence à s’intéresser à la photographie et au pouvoir de l’image. Pour elle, c’est bien là un moyen fort et nouveau de donner de la visibilité aux lesbiennes. Elle prend alors des cours de photo par correspondance tout en peaufinant ses connaissances et sa technique en travaillant dans une boutique d’appareils photo, pour le journal d’une petite ville et au sein d’une entreprise spécialisée dans l’audiovisuel.

Elle décide de prendre des photos « militantes », qui mettent en scène des lesbiennes dans leur vie de tous les jours ou dans des manifestations. Elle leur donne une place, une visibilité qui n’était pas là auparavant. Elle s’y consacrera pendant deux décennies, jusqu’au début des années 1990. Elle devient très vite une artiste incontournable, dont les images sont publiées aussi bien dans de grands journaux que sur des couvertures de livres. Elle publie plusieurs recueils de photographies dont en 1979, Eye to Eye: Portraits of Lesbians ou encore en 1987, Making a Way, Lesbians Out Front.

En 1986, elle expliquait ce qui l’avait attiré dans la photographie : « Les lesbiennes ne sont pas des femmes comme n’importe quelle autre, qui agiraient juste différemment au lit. Nous sommes différentes. Nous sommes des femmes qui savons ce que c’est que d’être « différentes » dans une société qui n’a aucune tolérance pour la déviance. Par conséquent si nous voulons voir à quoi nous ressemblons, avoir une image visuelle de lesbiennes, nous pouvons plus facilement être nous-mêmes. »

En parallèle de ses activités politiques et photographiques, Joan Elizabeth s’intéresse également beaucoup à un autre type d’images, les films. Elle retourne d’ailleurs à l’université pour en ressortir en 1974 diplômée en image et communication. Mais c’est véritablement au début des années 1990, alors qu’elle commence à délaisser sa passion de toujours, la photographie, que Joan va vraiment commencer à travailler de manière sérieuse sur le format vidéo. Comme à son habitude, ce sont les lesbiennes et les femmes qu’elle filme : tout ce qui touche à la santé, aux luttes pour l’égalité, à l’émancipation des femmes, au harcèlement sexuel, etc. On peut citer notamment ce documentaire, For Love and For Life, sorti en 1990, qui relate la Marche pour les Droits des LGBT à Washington, en 1987. Ou encore celui qu’elle sortira trois ans plus tard, en 1993, Simple Matter of Justice, toujours sur la Marche de Washington pour l’égalité des Droits, dans lequel on peut suivre la alors toute jeune activiste Urvashi Vaid.

JEB a aussi voyagé, et c’est ce qu’elle continue de faire aujourd’hui, à travers les États-Unis, afin de donner des conférences dans des universités, pour parler de la photographie ainsi que de la vision qu’elle en a, et pour animer des ateliers. Elle a aussi produit plusieurs films et documentaires, toujours sur ces thèmes qui lui tiennent à cœur.

Pour résumer Joan Elizabeth Biren est un élément majeur du processus de « visibilisation » des lesbiennes. Elle y a travaillé sans relâche toute sa vie durant, grâce à la photographie tout d’abord, puis avec la vidéo. Au cours de sa carrière, elle est parvenue à faire une compilation la plus exhaustive et proche de la réalité avec des images de lesbiennes, qu’elles soient jeunes ou âgées, blanches ou noires, citadines ou de la campagne, célibataires ou mères de famille. En bref elle est l’auteure d’une œuvre colossale et unique.

Et pour terminer cet article, pourquoi ne pas laisser le mot de la fin à JEB elle-même ? En février 2004, lors d’une interview accordée au Voices of Feminism Oral History Project, elle expliquait très bien ses motivations et ce qui l’a poussée vers la photographie. « J’ai voulu devenir photographe en grande partie parce que j’avais besoin de voir des images de lesbiennes, et c’était… quelque chose de viscéral. Je voulais un reflet de ma réalité et je crois que c’est ce que tout le monde veut. D’après mon expérience, il y a chez les gens une énorme soif de pouvoir se voir eux-mêmes. Vous voyez, les gens veulent se voir sur des photographies, ils veulent se voir à la télévision, ils veulent se voir dans des films. C’est toujours quelque chose de très fort la première fois que vous voyez quelque chose qui vous correspond dans un média. Et c’est parce qu’il y a une énergie folle dans le processus de recherche de représentation. Et c’est en partie pour cette raison que j’ai consacré ma vie à ce que j’appelle « rendre visible l’invisible ». »

Histoire d'un Coming-Out

Joan Elizabeth Biren a compris très tôt qu’elle était homosexuelle. Dès la fin de ses études, alors qu’elle a commencé à s’investir de plus en plus dans des mouvements de libération des femmes, elle est sortie du placard à la fois auprès de sa famille, de ses amis, mais aussi de toutes les personnes qu’elle a pu rencontrer.

JEB considère que le fait d’être homosexuelle compose une grande partie de son identité. C’est pourquoi elle a milité et milite toujours au sein de différents mouvements LGBT, et elle a consacré sa vie à donner aux lesbiennes une vitrine, une image qu’elles n’avaient pas auparavant.

Bibliographie

Eye to Eye: Portraits of Lesbians (1979)
Making a Way, Lesbians Out Front (1987)

FILMOGRAPHIE

Women Organize! (2000)
Tools for Caring About Lesbian Health (1999)
Barriers to Care for Lesbian Clients (1999)
Schedule Your Checkup Now – PSA (1999)
My Sister’s Place: The Turning Point (1998)
Speak Out: Stop Sexual Harassment (1994)
A Simple Matter of Justice: The 1993 March on Washington for Lesbian, Gay, & Bi Equal
Rights and Justice (1993)
DCGirls in Performance (1993)
Arab Women: Image and Reality (1992)
For Love and For Life: The 1987 March on Washington for Lesbian and Gay Rights (1990)
Out of Bounds: A Lesbian Journey (1986)

Joan Elizabeth Biren

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