Une Histoire du Gode

Dans le second épisode de la série adaptée du livre éponyme de Sarah Waters, Tipping the Velvet (Caresser le velours), vous vous souvenez peut-être que Nancy, retenue prisonnière par une aristocrate décadente et perverse, découvre dans un des coffres de sa maîtresse un objet qui la laisse bien songeuse : un godemiché… Lors des soirées de celle-ci, nous découvrons Nan transfigurée en hermaphrodite, une des curiosités du temps.

Aujourd’hui, le gode-ceinture est très présent dans le cinéma pornographique pour représenter les ébats dits « lesbiens » entre femmes. Doit-on penser le godemiché comme un objet permettant de « tracer » et de repérer dans les civilisations la présence de pratiques homosexuelles féminines ? Le godemiché est-il un objet « lesbien » ?

Drôle de question en fait. Car, il existe des objets en forme de pénis ou de phallus depuis très longtemps. Le nom le plus ancien pour qualifier ces premiers objets est olisbos. C’est un mot grec qui signifie « phallus artificiel ». Mais la chose précède le mot. Le plus ancien objet retrouvé, comparable à un godemichet, date de l’Aurignacien, une ère comprise entre -30 000 et -20 000 ans et a été découvert lors de fouilles archéologiques dans une grotte à Hohle Fels, près de la ville allemande d’Ulm. Il est en pierre polie. Des stries horizontales ne laissent pas de doute sur ce qu’il est sensé représenter.

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Il était associé à d’autres objets dont un pendentif représentant une déesse mère qu’on a appelée Vénus. Des objets identiques et sculptés ont été découverts en Ariège, dans la grotte du Mas d’Azil. On peut l’observer aujourd’hui dans les collections du Musée des Antiquités nationales, à Saint-Germain-en-Laye.

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De tels objets très ouvragés, qui révèlent un vrai savoir-faire dans la taille et le lissage de la pierre, ne pouvaient avoir pour seul but de satisfaire des besoins sexuels. Ce sont plutôt des objets de culte, visiblement associés à un culte classique de la fécondité. Le phallus artificiel représente l’élément masculin qui vient féconder la mère nourricière. Il semble avoir été utilisé comme un percuteur. C’était donc un objet de culte qui servait peut-être à mimer une pénétration, mais nous n’en avons aucune preuve. Pour d’autres usages, il est vraisemblable que des matériaux autres que la pierre (même polie) aient été utilisés.

Il semble que tous les peuples de l’Antiquité aient eu un culte associé au phallus. Chez les Égyptiens, il est associé au dieu solaire Osiris. On trouve des amulettes en forme de phallus comme en témoigne cette vitrine du Louvre.

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Chez les Grecs, de nombreux textes et des fouilles archéologiques ont permis d’attester et de documenter la pratique religieuse d’olibos (de phallus artificiels, souvent en cuir, parfois montés avec des attaches) lors de fêtes consacrées notamment à Dionysos et qui donnaient lieu à des phallophories, c’est-à-dire à une procession de phallus exhibés et d’olisbos.

Voici par exemple une stèle phallique, représentant un pénis en érection, qui se trouve à Délos, devant le temple consacré à Dionysos.

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On les retrouve aussi dans des cérémonies en l’honneur de Cérès, Hermès, Vénus, etc. Sappho elle-même aurait parlé de ces fameux godes-ceintures, mais impossible de savoir si elle leur donnait elle aussi un sens religieux d’appel à la fécondité, puisqu’elle avait en charge des jeunes filles prêtes à être mariées ou si, en tant que première « lesbienne » prétendue de l’histoire occidentale, elle en ait fait un usage différent, totalement détourné d’un appel à la fécondité entre homme et femme.

On peut être assez étonné de découvrir la banalité de scènes de godemiché. La sexualité et la religion ont toujours été très mêlées et sans doute le sont-elles encore aujourd’hui. La sexualité est sacrée et sacralisée dans l’Antiquité. Aucun tabou ne pèse encore sur la masturbation.

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