Interview de l’actrice américaine Jill Bennett

Interview liée à la websérie 3Way

Interview de l'actrice américaine Jill Bennett

Interview accordée à l'équipe Univers-L le 21 Mars 2011 pour le site Univers-L.com

Vous aviez déjà une longue expérience de la télévision et du cinéma avant de devenir une icône lesbienne grâce à We’re Getting Nowhere sur Afterellen. Pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours ?

Je ne dirais pas “longue” (je ne suis pas si vieille !) mais oui, je fais de la télévision, des films et du théâtre depuis l’âge de 22 ans. Beverly Hills 90210 a été mon premier rôle grand public. J’ai décroché plusieurs autres rôles à la télé et j’ai souvent touché du doigt des rôles récurrents dans plusieurs séries mais je me suis sentie un peu frustrée dans ce domaine et j’ai décidé de concentrer mon travail sur la niche commerciale que représentent les gays et les lesbiennes. J’ai commencé à décrocher des rôles dans des films homos et la presse gay s’est mise à me remarquer… D’où mon implication avec AfterEllen.

Vos délires entre amies sur Afterellen ont eu de bons côtés (l’exposition, la reconnaissance) mais aussi des mauvais (l’intrusion dans la vie privée). Pouvez-vous nous en dire plus sur le sujet ?

Eh bien, il n’y a pas grand chose à dire si ce n’est qu’il y a un moment où vous réalisez que les choses ont changé et que vous devez vous adapter pour vivre dans cette nouvelle réalité. Il peut vous arriver de dire quelque chose spontanément ou sur le ton de la plaisanterie et que les gens le prennent au premier degré ou décident de l’appliquer à une chose dans votre vie à laquelle vous n’auriez jamais pensé. Quiconque ayant une vie publique – quelle que soit sa notoriété, doit gérer ça. Ce qui est surprenant dans tout ça, c’est quand ça arrive réellement et que vous comprenez que vous devez commencer à changer la façon dont vous vous comportez avec les gens. C’est le revers de la médaille. Je suis quelqu’un de très ouvert et qui fait confiance, et j’ai dû apprendre que ceux qui entrent dans votre existence n’ont pas tous de bonnes intentions. Ce n’est pas une leçon agréable à recevoir et même si j’aimerais pouvoir dire que nous (en tant que lesbiennes) on se soutient toutes mutuellement à Hollywood, ce n’est tout simplement pas vrai. L’industrie du divertissement est un business où la concurrence est acharnée, et les femmes ne font pas exception.

Ces dernières années, vous avez enchaîné les productions LGBT (3Way, Dante’s Cove, And Then Came Lola). Est-ce quelque chose que vous avez choisi ou qui s’est imposé à vous ?

C’est quelque chose que j’ai pleinement choisi. Je pense qu’on manque de bons rôles lesbiens et d’histoires de qualité. J’espère que je contribue à ce que ça change. Ma seule frustration, c’est le manque de financements pour ces projets. J’entends des femmes se plaindre de la “qualité” de nombreux films LGBT – eh bien, faire des films représente un très gros investissement et le faire sans un budget adéquat limite sévèrement les possibilités. Beaucoup de projets sur lesquels j’ai travaillé ont été faits avec un dixième du financement habituel d’un film à petit budget classique. C’est sûr, vous pouvez vous plaindre de l’éclairage ou de la qualité de la production, mais quand la totalité de votre budget représente ce qu’un film classique dépenserait en nourriture, franchement, vous vous attendiez à quoi ? Les Majors (qui détiennent l’argent) ne sont pas intéressés par nos histoires.

Dans la catégorie “on n’est jamais mieux servie que par soi-même”, dans l’idéal, comment imagineriez-vous votre prochain rôle lesbien ?

Je veux jouer Greta Garbo dans l’authentique histoire vraie de l’Hollywood d’antan. À l’époque, la culture gay était riche – la seule règle étant qu’ils devaient rester dans le placard. Je veux lever le voile sur cette histoire et dire la vérité sur ce qui s’est vraiment passé.

Vous avez participé à plusieurs webséries et à des vlogs, beaucoup d’expériences sur le Net donc ; qu’est-ce qui vous intéresse autant dans ce média ? Pensez-vous que ce soit un outil important pour la communauté lesbienne ?

J’aime Internet car il supprime les intermédiaires – on n’est pas obligées d’attendre que quelqu’un d’autre nous engage ou nous auditionne ou décide de nous mettre sur un projet – dorénavant, on peut le faire nous-mêmes. C’est vital pour notre communauté parce que le courant dominant ne raconte pas souvent nos histoires et lorsqu’il le fait, les portraits qu’il dresse de nous laissent souvent à désirer. On a enfin un outil pour atteindre la population qu’on cible gratuitement et  directement ; ce média aide ces femmes à nous trouver nous et nos projets !

En parlant de webséries, 3Way est absolument culte, grâce à ses réparties cinglantes et à son humour ravageur. Pouvez-vous nous parler de cette aventure ?

3Way a été l’une des premières webséries lesbiennes à sortir – je suis tellement fière d’y avoir participé. C’est dommage, mais je pense qu’on était un peu en avance sur notre temps. Il n’y avait pas de retombées financières (pas de publicité, pas de pay-per-view(*)) donc niveau budget, on ne pouvait tout simplement pas se permettre de produire plus d’épisodes. Je pense que l’idée aurait été d’avoir une base de fans fidèles (ce que nous avions) et de faire ensuite appel à des annonceurs pour supporter les coûts de production. Malheureusement, les annonceurs se détournent des programmes destinés aux minorités, donc ça n’a pas marché. C’est en partie suite à mon expérience dans 3Way qu’on a décidé de faire mon autre série (We Have To Stop Now) sur le modèle pay- per-view. On n’a pas trouvé d’autre moyen de payer pour la production, et on veut vraiment continuer à faire d’autres saisons.

(*) PPV = Paiement à la séance

Jill Bennett

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