Un soap décevant, prévisible et ennuyeux

Article lié à la série Cinq Soeurs

Je vous parlais récemment du nouveau feuilleton français débarqué sur la chaîne France 2 à 18h15 depuis le 28 Janvier 2008, Cinq Soeurs. Pour ceux qui ne se rappellent pas, il s’agit d’un programme créé par Pascal Breton (qui a entre autre produit la série Sous le Soleil) et Nathalie Jeanselle. L’histoire est celle de la famille Matei qui vit sous le soleil de Nice. Le père, Pierre (Pierre Deny), médecin partage son temps entre son travail à la clinique (la même que dans Sous le Soleil pour rentabiliser les décors) et ses cinq filles. Il y a tout d’abord Bénédicte (Théa Boswell), l’aînée, 35 ans, mariée et femme au foyer coincée qui ne vit que pour sa famille. Elise (Théa Boswell), 32 ans est une femme d’affaire passionnée par son métier qui réussit mieux en affaire qu’en amour. Sa sœur jumelle, Léa (Emmanuelle Boidron), sensible et naturelle travaille dans une entreprise maraîchère qu’elle a montée avec un père célibataire. Lucie (Blandine Bury), 25 ans, intelligente et douce est la digne fille de son papa et marche sur les traces de ce dernier, interne dans sa clinique. Enfin, il y a Emmanuelle dite Manu (Julia Cecilion), la cadette de 17 ans, rebelle et à fleur de peau qui après une année en internat revient vivre à Nice. Elle se découvre rapidement une passion pour la photographie et se lie d’amitié avec Katia (Esther Comar), une adolescente marginale et rebelle.

Enfin marginale et rebelle c’est tout en douceur, hein. On est sur France 2, une chaîne public et on tente de fidéliser un public mené par la ménagère de plus cinquante ans tout en essayant de convaincre les jeunes que ce feuilleton est dans le vent. En clair, France 2 ratisse large pour toucher une audience importante. Il tente de satisfaire tous les publics et perd la qualité en route, si jamais il a un jour été question de qualité.

Je ne vais pas dresser une liste de ce que je n’apprécie pas dans ce feuilleton. Primo ce serait sans fin, deuxio là n’est pas la question. Je vous épargne l’image, les cadrages, les images passant pour localiser les lieux où sont tournées les scènes, les dialogues, la clinique qui fait de plus en plus faux au fil du temps, les histoires à dormir debout…

Non, je vais plutôt me focaliser sur ce qui nous intéresse à savoir la représentation lesbienne. Ben oui parce que tenez-vous bien, comme annoncé précédemment, il y a eu un baiser lesbien. Et pas n’importe quel baiser lesbien, un baiser entre Manu et Katia. La plus jeune et la plus rebelle avec son amie, rebelle gentille et douce. J’avoue, à chaque fois c’est pareil, j’y crois. L’espace d’un instant je me dis que les auteurs vont nous dresser un portrait riche et passionnant d’homosexuelle. Et à chaque fois, je suis extrêmement déçue.

Alors c’est parti. Résumé des soixante douze mille cinq cent quarante épisodes précédents. Je plaisante. Résumé des 5 épisodes précédents puisque ledit baiser intervient dans le sixième. On se moque de l’histoire familiale du fils illégitime fruit d’une liaison entre le père et une infirmière qui débarque soudain à Nice, de l’usurpateur qui prend son identité et de tout le reste. On va se concentrer sur Emmanuelle, Manu, la plus jeune qui tente désespérément de se faire aimer de son père. Elle a l’impression qu’il ne la voit pas qu’il ne la connaît pas et fait tout pour se faire remarquer. Lorsqu’elle rencontre Katia, elle trouve une personne à qui parler de ce qu’elle ressent, qui la comprend et l’aide à exister autrement qu’à travers ce père absent. Une belle amitié naît entre elle.

Un jour alors que Manu discute avec Katia et se plaint d’être invisible aux yeux de son père, cette dernière la rassure et l’embrasse.

MANU : Mon père je pourrais débarquer en string doré et avec des cheveux violets sur la tête, il ne le remarquerait même pas je pense. Tu dois me trouver nulle, non ? Avec mes histoires de petite bourge, là.
KATIA : Non, je te trouve émouvante et courageuse.

Elles s’embrassent mais Manu repousse Katia, nie être attirée par cette dernière et lui demande de partir. Elles s’évitent durant tout l’épisode puis finissent par se retrouver face à face. Katia déclare à Manu qu’elle est comme elle mais qu’elle ne l’assume pas et qu’elle lui en veut d’assumer mais Manu déclare qu’elle a tout faux qu’elle ne sait pas ce qu’elle dit. Notez bien que les « gros » mots lesbienne ou bisexuelle ne sont jamais mentionnés au cours de l’épisode. Certaines âmes sensibles pourraient être choquées.

Enfin passons, disputes, mise au clair, non Manu n’est pas attirée par Katia et toutes les deux se réconcilient dans le neuvième épisode. Elles nient l’ambiguïté de leur relation et Katia découvre que Manu est attirée par Dialou, un jeune noir des beaux quartiers qui se fait passer pour un bad boy. Elle lui donne son feu vert, comme si Manu en avait besoin et en l’espace d’un épisode, attention accrochez-vous. 1°/ Manu se rapproche de Dialou et l’embrasse 2°/ Il lui propose un endroit plus calme et elle le repousse en le traitant d’obsédé  3°/ Elle en parle à sa nièce qui lui dit de s’excuser 4°/ Elle s’excuse auprès de Dialou et lui dit qu’elle est prête à coucher avec lui alors que trente secondes plus tôt elle ne l’était pas. Ah, ces jeunes !?!

Donc précision, Katia même si elle semble être lesbienne, je m’attends à ce qu’on la fasse tomber amoureuse d’un homme d’ici peu, pourquoi pas le petit ami de Manu d’ailleurs, n’est qu’un personnage secondaire. L’homosexualité n’est jamais abordée clairement et en tout cas pas nommée comme s’il s’agissait d’un sujet tabou et incorrect dont on ne peut pas parler. (Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom).

Ensuite, le premier et unique baiser entre Katia et Manu est surpris par Lucas, celui qui se fait passer pour son demi-frère mais n’est en fait qu’un usurpateur. Ce regard masculin joue à la fois les voyeurs et donne le sentiment que la relation entre les deux jeunes femmes n’existe que parce qu’elle est vu par autrui. C’est nier le fait qu’elles puissent simplement exister l’une pour l’autre et avoir une dynamique propre, une relation privée.

Par ailleurs, je ne parlerai pas du revirement de Manu. Quoi que. J’aimais assez l’idée que Katia ait raison, que Manu ne puisse pas assumer son homosexualité et même si je déprimais déjà à l’idée d’un coming-out difficile traînant en longueur, j’avoue que cette trame aurait été plus intéressante que celle abordée. Les auteurs donnent le sentiment d’avoir eu l’idée, d’avoir tenté mais au dernier moment d’avoir pris peur et d’avoir fait volte face. Les déclarations de Katia s’adresseraient alors autant à eux qu’au PAF et à la frilosité actuelle en matière de visibilité homosexuelle. Et pourtant Manu aurait été géniale en lesbienne. Rien que son prénom et son diminutif mixte jouaient déjà en sa faveur. Je m’égare, je m’égare.

J’allais oublier l’histoire banale mais au combien répandu de l’homo qui tombe amoureuse de l’hétéro sans possibilité de voir un jour cet amour partagé. Comme si ce faisant on expliquait bien aux téléspectateurs que les gays existent (merci de nous prévenir) mais qu’ils sont destinés à passer leur vie à souffrir en silence. Je déteste ça. Je déteste ça.

En conclusion, je suis plutôt heureuse d’avouer que je n’aurais pas à me coltiner le reste de la série maintenant que cet article est écrit. Et je suis également soulagée d’apprendre régulièrement que les audiences de Cinq Soeurs s’érodent et que le feuilleton est récemment passé en dessous des 10% de part de marché ce qui représente tout de même 1,25 millions de téléspectateurs. Médiocrité quand tu nous tiens.

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A propos de Isabelle B. Price

Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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