Interview d’Amélie Mauresmo, la joueuse de Tennis

Amélie Mauresmo

Interview accordée à Judith Silberfeld pour le magazine Têtu n°32 en Mars 1999

Amélie Mauresmo : le pouvoir de l’Amour

Pendant l’Open d’Australie, Amélie Mauresmo a séduit le monde entier. Son tennis jubilatoire et son coming-out tranquille ont fait de cette jeune lesbienne de 19 ans une des championnes françaises les plus prometteuses. (….)

Peux-tu nous raconter comment s’est passé ton «coming-out» ?

J’ai fait une interview pour Le Figaro. La journaliste voulait écrire un portrait, elle m’a demandé pourquoi j’avais déménagé. Je lui ai répondu que mon amie vivait à Saint-Tropez, et qu’«amie», c’était «ie». Plus tard, je suis allée voir les commentateurs de la télé et je leur ai dit : «Quand vous montrez mon entraîneur et mon amie, dites “l’entraîneur d’Amélie Mauresmo et l’amie d’Amélie Mauresmo”. Ensuite, c’était en conférence de presse, après le match contre Patti Schnyder, je crois. Ça s’est fait tout simplement. Quelqu’un m’a demandé pourquoi j’avais déménagé, un journaliste a voulu savoir comment s’appelle mon amie. C’est la réponse que j’ai donnée à ces questions à chaque fois qu’elles m’ont été posées.

Comment les journalistes ont-ils réagi ?

Ils n’ont rien dit. Ils ont continué à prendre des notes. (…)

Il n’y a pas si longtemps, tu disais que tu ferais ton «coming-out» quand tu ferais partie des dix meilleures joueuses mondiales. Qu’est-ce qui t’as fait accélérer les choses ?

Les choses se sont accélérées parce que je considère que les résultats que j’obtiens à l’heure actuelle, c’est grâce à ça, au fait que j’aie rencontré Sylvie et qu’on soit bien ensemble. Moi, je n’étais pas tout à fait prête à l’assumer, mais on a discuté et, au fur et à mesure, ça m’a semblé la moindre des choses que je le dise, ne serait-ce que par respect envers elle.

Tu as été surprise de la réaction de Martina Hingis ?

Oui, ça m’a surprise. Et ça m’a blessée, c’est clair.

Et de la réaction d’Anna Kournikova, qui a pris ta défense ?

Kournikova a trouvé ridicules les propos qu’a tenus Hingis. Ça m’a étonnée parce que d’habitude, elle n’est pas la dernière à faire des commentaires.

Comment ont réagi les autres joueuses françaises ?

Je n’en ai aucune idée. Des filles comme Sandrine Testud, il n’y a pas de problème. Elle, elle le savait déjà. Mais je n’ai pas encore d’écho des autres, elles étaient déjà presque toutes parties. Et ça ne m’intéresse pas vraiment.

Pensais-tu qu’il y aurait plus de solidarité de la part des autres joueuses ?

Non, je ne me faisais pas d’illusions à ce sujet. Il y a surtout beaucoup de jalousie parmi les joueuses. Non, j’aurais aimé plus de solidarité de la part de joueuses qui sont elles-mêmes homos et qui ne le disent pas.

Attendais-tu un geste de Martina Navratilova ?

Non, à vrai dire, cela ne m’a même pas effleurée. Je pensais surtout à une éventuelle solidarité des joueuses sur le circuit.

Comment ont réagi tes sponsors ?

A priori, ça va. Je n’ai pas encore eu d’échos. Cela n’a probablement pas fait l’unanimité chez Nike, mais je pense que depuis dix ans, depuis Martina Navratilova, il y a eu une évolution.

Et la Fédération française de tennis ?

La plupart des responsables le savaient avant que je l’annonce. (…). Mais il n’y a pas eu de réactions négatives.

Et à la WTA, l’association des joueuses professionnelles ?

Là, par contre. « Il ne faut pas trop l’ébruiter, faites attention quand vous marchez dans les couloirs. Faites attention à l’image du circuit féminin. » Moyen.

Que penses-tu de certains journalistes qui ont cherché à en savoir encore plus sur ta vie privée ? En appelant ta grand-mère notamment ?

Je ne comprends pas du tout pourquoi ils ont fait ça. Je ne vois pas en quoi cela peut les avancer d’aller voir ma grand-mère ou d’autres. Ce n’est pas leur vie.

As-tu peur d’être récupérée ? Par la communauté homosexuelle particulièrement ?

Non, je n’ai pas peur de cela. Si ça peut aider ceux qui ne l’assument pas ou ceux qui le vivent mal, tant mieux. Mais je ne suis pas une porte-parole. Ceci dit, je donne une interview à Têtu , alors.

Quand tu as dit que tu étais lesbienne, tu l’as fait pour la communauté ou pour toi ?

À la base, je l’ai quand même fait pour moi. Pour être honnête par rapport à moi, par rapport aux gens, aux journalistes surtout mais aux gens aussi. Mais avant tout par rapport à moi. Par rapport à mon couple.

As-tu reçu des encouragements auxquels tu ne t’attendais pas ?

À l’hôtel, on a reçu pas mal de fax, de coups de fil d’homos qui me disaient que ce que j’avais fait était génial, me remerciaient pour mon honnêteté, ma franchise. Ça m’a ébahie parce que j’étais dans mon truc, j’ai fait ce que je pensais être juste, normal.

Tu as même été invitée à la Lesbian and Gay Pride de Melbourne, non ?

Oui, c’était sympa mais c’était dimanche, on n’y est pas allées, on était fracassées.

Te rends-tu compte de l’importance de ce que tu as fait, non seulement pour le circuit féminin, mais aussi pour la communauté gay et lesbienne dans le monde entier ?

Je crois que je ne réalise pas bien, non. En France, Il paraît que je suis la première sportive – ou sportif, aussi – qui le dit. Je n’avais pas réalisé. Je pense que cela va faire du bien à la communauté. Ici [dans l’hémisphère sud, où elle était en vacances], les gens s’en foutent. Nous nous sommes promenées main dans la main et ça n’a pas eu l’air de gêner. En France, ça peut ouvrir les esprits.

À ton avis, pourquoi personne d’autre ne l’a-t-il fait avant toi ?

Je crois que déjà, ces dernières années, la société a évolué un peu. Mais ça demande quand même pas mal de courage. Je pense qu’ils avaient peur ou qu’ils n’assumaient pas, tout simplement.

Penses-tu que d’autres vont suivre ?

Franchement je ne pense pas. C’est possible, mais j’en doute. J’attends de voir. Je serais agréablement surprise. Enfin, s’ils attendaient ça pour le faire, c’est un peu ridicule. (…)

A propos de Isabelle B. Price

Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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