Interview de Christelle Hamel, Sociologue, Chercheuse à l’Institut national d’études démographique

christelle hamel

Cette interview de Christelle Hamel a été réalisée dans le cadre de l’Enquête sur les modes de vie, la santé et la sécurité des LGBT lancée par l’INED de novembre 2015 à mars 2016.


Pourquoi une telle étude est importante ?

Les données statistiques sur les LGBT en général, et en particulier sur les lesbiennes, sont très peu nombreuses, car nous sommes invisibles dans les grandes enquêtes statistiques faites par l’INSEE. On ne connaît donc que peu de choses sur nos modes de vie, notre santé, les difficultés qui sont les nôtres. Nous ne sommes alors pas vraiment pris en considération dans les politiques publiques de prévention et d’éducation à la santé, dans les dispositifs d’aide aux familles, aux jeunes, aux plus âgé-e-s, ou encore dans les politiques publiques de lutte contre la précarité, contre les discriminations. L’enquête vise à combler ce manque de connaissance en s’adressant directement aux LGBT. Les résultats permettront de mieux comprendre leurs modes de vie, d’identifier leurs problèmes de santé et leurs difficultés face aux différentes formes d’insécurité, notamment celles liées à la lesbophobie.

Avez-vous du mal à recueillir ce type de données ?
Oui, surtout auprès des lesbiennes. Les données qui existent sur les LGBT concernent surtout les gays, car les enquêtes existantes ont été réalisées dans le contexte de l’épidémie de sida. Or, les lesbiennes sont confrontées à d’autres problèmes et ont d’autres préoccupations. Les agressions sexistes et lesbophobes sont courantes, qu’il s’agisse d’insultes ou de violences plus graves, notamment sexuelles. D’autres sujets concernent plus fortement les lesbiennes, comme la parentalité. Les questions de santé pour elles, ce sont par exemple le cancer du sein, la santé sexuelle. Leurs conditions de vie ne sont pas les mêmes que celles des gays. Elles n’ont pas les mêmes emplois, les mêmes revenus, les mêmes lieux de rencontre. La participation des lesbiennes et des bisexuelles, quels que soient nos modes de vie, est importante pour nous rendre visibles.

Comment se passe le traitement des données recueillies ?
Le questionnaire en ligne est composé de plusieurs volets. D’abord une description sociodémographique de la personne répondante (âge, sexe, identité de genre, situation familiale, histoires conjugales et découverte de la sexualité pendant l’adolescence, puis coming-out, parcours scolaire et professionnel). Viennent ensuite les questions sur l’état de santé et enfin des questions plus approfondies sur les espaces de vie (relations avec les autres dans le cadre des d’études ou du travail, relations couple, relations avec la famille pendant l’enfance et l’adolescence). Le questionnaire nécessite une quarantaine de minutes avec la possibilité de le remplir en plusieurs fois grâce à un mot de passe. L’analyse des données sera conduite par les chercheuses et chercheurs de l’INED mais aussi de différentes universités. Les premiers résultats statistiques seront rendus publics en 2017, en amont des marches des fiertés.

Avez-vous constaté des changements ces dernières années du côté de la santé LGBT ?
L’épidémie de sida est la seule question de santé sur laquelle un suivi a été conduit. Pour le reste, les informations sont manquantes. Divers travaux conduits dans d’autres pays ont par exemple mis au jour que le risque de suicide est plus élevé chez les jeunes LGBT, en raison de l’hostilité des familles à l’orientation sexuelle de leurs enfants ou de leur souhait de changer de sexe. On ignore ce qu’il en est des autres grandes questions de santé qui concernent autant les lesbiennes que les gays : les addictions à l’alcool, les consommations de tabac ou de drogues, les troubles alimentaires comme la boulimie ou l’anorexie, les dépressions, le handicap. Les lesbiennes fréquentent peu leurs gynécologues, elles sont moins suivies pour les cancers du sein ou de l’utérus. Aujourd’hui, on ne sait quasiment rien de la santé des lesbiennes, ni des bisexuelles. Pour participer, il suffit de se connecter sur www.ined-lgbt.fr

A propos de Gaëlle Carrion

Gaëlle Carrion
Chargée de communication digitale dans la vraie vie je partage mes coups de cœur sur le site d'Univers-L !

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