Elles se marièrent et eurent beaucoup de chats persans : Interview de Laura de B.

Elles se marièrent et eurent beaucoup de chats persans : Interview de Laura de B.

Interview accordée à Isabelle B. Price le 09 Juillet 2012 pour le site Univers-L.com

Tout d’abord, est-ce que vous pouvez vous présenter pour nos lectrices ?

Bonjour, je m’appelle Happyk ou Laura pour les intimes, j’ai l’âge de Madonna divisé par deux, voir par trois sans la chirurgie. Je suis Directrice Artistique de métier (ça en jette dit comme ça mais en gros je suis rémunérée à glander sur Photoshop toute la journée). À côté de ça j’écris des chroniques pour le magazine La Dixième Muse depuis plus de cinq ans et j’aime bien mettre du miel dans tous mes plats, je trouve que ça relève bien le goût.

Comment est né ce pseudonyme, Happyk ?

C’est assez décevant je vous préviens. J’allais m’inscrire sur un site de rencontre, il me fallait un pseudo et comme je suis une fille assez heureuse dans la vie et un peu américaine parce que je regarde parfois Gossip Girl j’ai choisi « Happy ». Évidemment c’était déjà pris donc j’ai ajouté un « K » à la fin pour le jeu de mot : la fille qui tombe « à pic ». J’étais plutôt fière de moi à l’époque, aujourd’hui un peu moins.

Vous écrivez depuis plusieurs années pour le magazine La Dixième Muse. Comment est venue l’idée de réaliser un livre ?

J’avais envie de donner une seconde vie à mes chroniques et j’avais assez de matière pour construire une forme d’histoire. Évidemment ce n’est pas un roman mais les nouvelles s’enchaînent avec une sorte de chronologie qui fait sens : le célibat, les rencontres, la drague, la vie en couple, les ruptures…

J’écris des histoires assez intemporelles donc quand j’ai lu certaines chroniques qui dataient de 1817, je me suis rendue compte qu’elles fonctionnaient encore aujourd’hui et qu’il serait plus facile pour mes lectrices d’emporter mon livre dans le métro plutôt que de se trimbaler en permanence avec deux cent magazines sous le bras.

Et puis j’ai mes impôts à payer, un chat à nourrir et une jambe en bois achetée à crédit.

Comment est né le personnage tout en humour d’Happyk ? Avez-vous tout de suite pensé à faire des chroniques aussi délirantes ?

S’il est vrai que mes chroniques vont parfois loin dans le rocambolesque (mot du jour) et l’exagération, j’écris totalement comme je suis et donc Happyk n’est pas si éloignée de Laura.

J’ai commencé à fréquenter le milieu lesbien il y a quelques années, à l’époque où l’iPhone n’était même pas encore un prototype, et quand je sortais avec mes amies je m’amusais déjà à décrypter les codes et les situations improbables qui nous arrivaient au quotidien avec une vision très second degré de cette petite communauté à laquelle j’appartiens totalement.

J’ai commencé par tenir un blog pour me la péter et choper plus facilement. J’ai pas chopé tant que ça mais le blog était pas mal suivi dans la communauté donc sur les conseils d’une amie j’ai contacté La Dixième Muse pour leur proposer une chronique. Et là vous connaissez la suite, un oscar, une villa à Hollywood, trois divorces, un nez refait : le star system m’a ouvert ses portes.

Parler d’homosexualité sans prendre les choses au sérieux c’est quelque chose qui vous tient à cœur ? Vous pensez qu’on a tendance à trop dramatiser ce sujet ?

Je pense que l’humour est une autre forme de combat pour la cause homosexuelle et pour toute autre cause d’ailleurs. Et puis rire permet d’oublier ses problèmes même l’espace d’un court instant, pour moi c’est indispensable au quotidien.

Je n’ai jamais été très militante le poing levé telle une Amel Bent en colère et d’autres le font beaucoup mieux que moi.

Mais en racontant des histoires un peu légères sur la vie des lesbiennes je banalise en quelque sorte cette condition et du coup ça me permet de dénoncer pas mal de choses.

Je trouve que les choses passent toujours bien dans la vie quand le second degré est de mise, sauf au collège quand vous passez vos samedi après-midis en heure de colle à cause de ça mais je préfère ne pas en parler c’est encore douloureux pour moi.

Est-ce que vous pouvez nous parler un peu plus de la passion que vous vouez à Madonna ?

Je ris ! Je suis fascinée par ce que j’appelle les chanteuses pop bitchy. Rien ne me rend plus hystérique que Britney Spears virevoltant micro-casque en bouche en pom pom short ou Lady Gaga affublée d’une robe en steak chantant la joie, l’amour et les paillettes.

Madonna c’est un peu la master class des pop bitchy, notre grand-mère à tous quoi. Je n’ai pas raté un seul de ses concerts depuis que je suis en âge d’aller à des concerts.

On dit de moi que j’ai des goûts musicaux de pd et je le vis bien.

J’écris d’ailleurs de temps en temps des chroniques pour le site popheart.fr qui parle de l’univers de la pop music sur un ton incisif, décalé et sans langue de bois.

Il est plusieurs fois question de chat dans vos chroniques, votre titre mentionne les « chats persans », pour vous toute lesbienne se doit-elle d’avoir un chat ? Que faites-vous de celles qui ont des chiens, des lapins et des chevaux ?

Je ne fais aucune discrimination animale mais je connais plus de lesbiennes qui ont des chats que des chiens ou des zèbres par exemple. Maintenant j’ai voulu donner une connotation « conte de fée » pour lesbiennes en choisissant ce titre pour le livre. On a tous en tête les contes pour enfants qui finissent par « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Il fallait donc que ça rime avec « enfants » mais pour le tome deux – si tome deux il y a – pourquoi pas « elles se marièrent et eurent beaucoup de bergers allemands »… Cela dit faut de la place chez soi quand même, je dis ça je dis rien…

Vous allez continuer d’écrire vos chroniques pour La Dixième Muse ou vous envisagez de vous consacrer à l’écriture d’un roman ?

Je continue plus que jamais pour La Dixième Muse avec cette année, en plus de ma chronique habituelle, une toute nouvelle rubrique « Happyk chez les VIP ». J’y parle de mes amis les célébrités en me moquant gentiment de leurs malheurs et de leurs vies difficiles.

Pas de projet de roman pour l’instant, je planche sur l’écriture d’un scénario pour le cinéma. Il y sera bien entendu question d’homosexualité mais sous un angle assez surprenant. À suivre donc…

Est-ce que vous avez déjà eu des retours sur vos chroniques ? Dans La Dixième Muse ? Après la sortie de Elles se marièrent et eurent beaucoup de chats persans ?

Je suis étonnée de voir qu’au-delà de mon entourage familial et amical, des gens sont prêts à payer pour lire mes péripéties. Je n’ai que des bons retours notamment sur Twitter ou des gens, toutes sexualités confondues, me disent qu’ils ont bien ri en lisant le bouquin. C’est le but et le pari gagné. Dommage que je n’aie parié qu’avec moi-même.

Que peut-on vous souhaiter pour l’avenir ?

J’aimerais faire la couverture d’Entrevue munie d’oreilles de lapin en guise de serre-tête mais Dieu seul sait pourquoi ils refusent de me recevoir… Et plus sérieusement j’espère pouvoir continuer à faire rire les lesbiennes, c’est pas toujours facile parce qu’on est souvent vénères nous les goudou mais j’ai bon espoir.

Merci 😉

Le livre est disponible sur Lulu.com ici

EN VERSION PAPIER
http://www.lulu.com/

EN FORMAT EBOOK
http://www.lulu.com/

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

Répondre