Interview de la chanteuse CC Lou

C.C. Lou

Interview accordée à l'équipe Univers-L le 31 Janvier 2011 pour le site Univers-L.com

Pouvez-vous nous parler de votre parcours musical ? Avez-vous toujours rêvé d’être chanteuse ?

En quelque sorte oui, depuis que je parle, je chante à l’intérieur de moi. J’entends et je ressens d’abord une mélodie avant les mots. La relation à l’autre je la ressens comme une partie musicale. La musique  intérieure que je ressens se colle aux émotions de la vie. Je ne sais ni lire ni écrire la musique, mais je la ressens tout le temps. Je ressens, je rêve avec, je vis avec je vibre avec … Les émotions de la vie sont d’abord des notes puis des mots puis des chansons. Sans prétention, la musique est pour moi quasi une deuxième nature.

Vous écrivez vos propres textes. Ca a toujours été une évidence pour vous d’interpréter ce que vous désirez ?

Oui ça va avec … J’entends d’abord une mélodie dans ma tête, dans toute ma relation à l’autre et à la vie, il est évident pour moi d’y poser ensuite mes mots.

Je ne suis pas entièrement compositrice de mes chansons, mais je sais toujours quelle atmosphère, quel univers sonore j’ai dans la tête pour ensuite travailler en studio avec mon équipe.

Christian Lachenal et Benjamin Constant avec qui je travaille en studio composent ou co-composent mes chansons. J’écris toutefois pratiquement tous les textes.

Je suis très exigeante avec les mots pour exprimer ce que je ressens… Je mets du temps à les trouver, à les choisir, à les écrire. Dans ma tête c’est un véritable chamboulement des émotions pour trouver le mot juste.

C’est la raison pour laquelle, je fais très rarement appel à d’autres auteurs parce que je ne trouve pas souvent « mon juste » dans ce qu’ils me proposent. Sur mon album, je n’ai pas écrit une seule chanson « Gourmande » … C’est un texte écrit par Christian Lachenal. Christian a joué le rôle de Directeur artistique sur l’album en studio. Outre ses talents de compositeur, d’arrangeur et de réalisateur musical, Christian est aussi auteur. Son écriture me touche énormément.

Je lui ai demandé d’écrire un texte sur mon envie de vivre quoi qu’il arrive, de surmonter les moments difficiles, de croquer la vie avant qu’elle ne passe trop vite, parce que je le ressens chez lui et j’ai tout de suite su qu’il pouvait m’écrire un texte qui me conviendrait à un moment de ma vie où je me sentais incapable de l’écrire moi-même.

Et puis j’avais aussi envie de la plume d’un homme sur mon album, d’un regard différent, d’une couleur différente, d’une sensibilité différente.

Christian m’a écrit un texte sur mesure que j’ai tout de suite ressenti comme si ses mots étaient les miens, naturels, évidents … ça m’a énormément touchée et séduite… Très honnêtement je n’aurais pas pu faire mieux. Quand j’ai lu son texte tout de suite ses mots se sont imposés à moi. Ils étaient évidence … j’ai ressenti la même chose que ce que je ressens quand j’écris moi même mes textes et que je me dis : voilà, là je n’y touche plus, le texte est abouti. Il s’impose à moi, il coule de source, il est évidence…

« Gourmande » est votre premier album ?

Mon premier album abouti, oui. J’ai fait une tentative qui a avorté il y a quelques années et j’ai mis du temps à m’en remettre … Mais celui-là, cet album-là, j’ai mis du temps pour le faire naître et le faire vivre … Comme s’il m’avait fallu tout ce temps pour … Rajeunir, tout désobéir … Revivre …

Vous avez autoproduit cet album, pouvez-vous nous en dire les raisons ?

Pour être libre. Pour prendre mon temps. Pour faire la nique aux critères de la mode. Pour me foutre de la dictature des formats sonores FM et de la mode musicale du moment. La mode ça se démode et je ne voulais pas d’un album qui sonne has been dans deux ans.

Vous pensez que le fait d’être ouvertement lesbienne et d’aborder ce sujet dans vos textes a effrayé les maisons d’édition ?

C’est possible, mais je m’en moque. Je prends le risque d’être moi-même. Je me nourris, avec délectation la phrase de Jean Cocteau qui dit : « Ce que l’on te reproche, cultive-le, c’est vraiment toi ».

Pourquoi avoir choisi de parler aussi ouvertement des femmes dans cet album ?

Parce que les femmes inspirent mes sentiments amoureux, érotiques, donc dans mes chansons d’amour j’y parle des miennes ou de celles que j’imagine.

Je ne suis pas une chanteuse lesbienne. Je suis une femme qui se trouve être lesbienne et qui chante. J’estime qu’en 2011, il est grand temps d’en parler le plus simplement du monde.

Cela fait-il une énorme différence ? Je ne le crois pas … C’est juste ma petite particularité que j’offre à l’écoute. Que je partage avec mon public. Une de celles qui selon-moi enrichit, touche et s’adresse à des personnes plus ouvertes. Dans mon public en effet, il y a autant d’hommes que de femmes hétéros et homos et tant mieux. La vie quoi ! (sourires).

Et puis je revendique le droit à la différence non pas dans l’indifférence mais dans l’ouverture. Une peine de cœur qu’elle soit homosexuelle ou hétérosexuelle reste une peine de cœur, vous ne trouvez pas ? L’amour c’est l’amour.

Qu’est-ce qui vous inspire à part les femmes ?

La vie. Tout ce qui fait partie de la vie m’inspire. Je suis quelqu’un d’ouvert à la différence de l’autre. Les hommes sont donc aussi pour moi source d’inspiration et surtout de vrais partenaires de travail. Je suis peut-être lesbienne, mais je suis beaucoup entourée d’hommes. Pour la création musicale, je travaille avec des hommes principalement.

Je collabore beaucoup avec eux parce qu’ils m’apportent une vision de la vie radicalement différente de la mienne. C’est important pour moi d’ouvrir les horizons, de ne pas me cantonner dans un seul périmètre, de ne pas m’enfermer. Les hommes sont pour moi souvent plus légers, plus directs, parfois plus drôles et certainement moins compliqués que nous les « nanas »…. Je ne suis pas du genre à me couper de 50 % de l’humanité. La vie est trop courte pour ça. Et puis comme je suis ouverte à la différence de l’autre, que c’est pour moi un postulat essentiel à ma vie, je suis donc ouverte à la différence de l’homme aussi.

En outre, et de plus en plus, ce qui se passe dans le monde, dans notre pays, dans notre époque devient source d’inspiration pour moi. Je viens de lire l’ouvrage de Stéphane Hessel « Indignez-vous ». Dans son essai, Hessel nous dit la chose suivante à nous qui auront à faire le XXIème siècle : « Créer c’est résister, résister c’est créer ». Résister à tous les courants qui nous enferment dans une pensée unique, dans des contraintes financières au profit d’une minorité qui détient le pouvoir de l’argent et abuse outrageusement de nous quotidiennement.

À nous de réinventer d’autres systèmes de valeurs, d’autres philosophies, d’autres systèmes politiques. Résister en nous indignant de tout ce qui nous semble injuste pour proposer un monde plus équitable, plus ouvert et plus respectueux.

S’indigner passe en effet pour moi par la création pour résister. L’art est un véritable outil pour cela. L’écriture est un formidable outil pour cela. C’est ce que j’essaie déjà de faire, par exemple, dans ma chanson INTOX, parce que je suis convaincue que le rôle de l’artiste est aussi celui d’éveiller les consciences. Si modestement par mes chansons, je peux y contribuer, j’aurais peut-être le sentiment d’avoir été un peu utile.

On a déjà tenté de vous formater ou de vous dire de ne pas trop parler des sujets qui vous tenaient à cœur ?

Oui on m’a même mise en garde. On m’a dit et je cite sans donner mes sources, par respect pour la personne qui me l’a dit : « avec un tel album tu vas droit dans le mur. Tu fais une grosse connerie. Tu vas te faire rejeter par tous les professionnels de la musique » …

And so what ? Je pense que trop souvent les gens sont guidés par la peur … Moi je fais avec. La peur n’évite pas le danger  … Et puis, quel danger y a-t-il, à être soi même ? En matière de chanson pour moi, c’est plutôt essentiel de proposer ou d’offrir une différence non ?

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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