Sagan : Interview de la réalisatrice Diane Kurys

Sagan : Interview de la réalisatrice Diane Kurys

Interview accordée à Thomas Flamerion en Novembre 2008 pour le site Evene.fr

Six mois après la sortie du film en salle, deux mois après la diffusion du téléfilm en deux parties sur France 2, Sagan arrive en DVD. A l’origine du projet, Diane Kurys revient sur une aventure cinématographique originale, qui bouscule les codes de diffusion traditionnels.

C’était un véritable défi : transposer au cinéma la vie de “la” Sagan, artiste mal comprise et icône médiatique. Diane Kurys a trouvé en Sylvie Testud la perle rare qui allait se glisser sous les traits de l’écrivain. Le fruit de leur collaboration, pour le moins saisissant, a bénéficié à la fois des systèmes de production du cinéma et des libertés qu’offre la télévision. Un contexte favorable pour un portrait de cinéma qui emprunte autant à Françoise Sagan qu’à l’univers de sa réalisatrice.

Pouvez-vous revenir sur la genèse de ce double projet cinématographique : le film et le téléfilm Sagan ?

Au départ, je ne faisais pas la différence, tous deux relevaient du même mode d’expression. Bien sûr, quand j’ai pensé Sagan, je voyais un film. Des images, des scènes, des acteurs, de la musique, et pas un écran. Je me suis d’abord tournée vers la télévision, en sachant qu’il serait difficile de faire un film de quatre heures sur une écrivain pour le cinéma. France Télévisions a été enchanté du projet et, pendant son développement, m’est venue l’idée d’en faire aussi un film de cinéma, afin d’avoir plus de moyens pour tourner le grand film que j’imaginais, avec les acteurs que je souhaitais. Nous avons donc réalisé deux oeuvres différentes qui sont issues du même tronc. Le DVD qui sort va comporter le film et le téléfilm. Il y aura cinq heures de Sagan ! On pourra s’apercevoir du travail, de cette gymnastique intellectuelle très enrichissante.

Récemment, d’autres films sont passés au cinéma puis sortis à la télévision quasiment au même moment, comme celui de Christophe Honoré…

Arte l’a souvent fait, avec Le Péril jeune notamment. Mais France 2 n’avait alors jamais accepté de financer un film qui allait d’abord sortir en salle. C’était un grand pari pour eux comme pour moi parce que si Sagan n’avait pas marché au cinéma, le téléfilm aurait souffert d’une très mauvaise publicité. C’était également un risque pour Europacorp, qui a produit le film, parce que ça pouvait aussi être considéré comme un téléfilm qui se retrouvait au cinéma. Finalement, Sagan a été suffisamment vu pour exister vraiment dans les médias, auprès du public, pour avoir une notoriété. Le bouche à oreille était bon et je pense que le téléfilm en a vraiment bénéficié. Mais tous les téléfilms ne doivent pas sortir en salle. Il y a déjà tellement de films au cinéma que ça deviendrait insupportable, et puis certains sujets, certains castings s’y prêtent davantage.

Y a-t-il des contraintes particulières lorsqu’on réalise un biopic ?

Depuis que le cinéma existe, on raconte la vie des gens. Le cahier des charges est le même que pour un film “traditionnel”, on essaie de dire la vérité. Il se trouve que quand c’est la biographie de quelqu’un de connu, sur laquelle on a des témoignages et qui en plus a écrit et laissé une oeuvre dans laquelle elle se glisse, on dispose d’énormément de matière pour cerner le personnage. Il faut essayer d’être au plus près de la vérité, mais aussi de donner un point de vue ou tout simplement de révéler un personnage que les gens croient connaître. Et puis on met de soi aussi. Les choix parlent, vous ressemblent. Un portrait de quelqu’un est aussi un autoportrait. Ca ne veut pas dire qu’on “se prend pour”, mais on apparaît dans le goût qu’on a de certains mots, de certaines idées. Je pense que je reproduirai l’expérience. D’ailleurs, si Marie-Antoinette n’avait pas été tourné, le personnage m’aurait énormément intéressé. J’aimerais assez réaliser à nouveau un film d’époque, en costumes.

Quelles consignes avez-vous données à Sylvie Testud pour son incarnation ? Quelle était sa part de liberté ?

On ne donne pas vraiment des consignes, on cherche ensemble. Il ne faut pas se laisser intimider par le personnage à incarner, mais au contraire en parler très simplement, très naturellement. Les premières interrogations qui nous sont venues concernaient la voix et la couleur de ses yeux, avant même de travailler la ressemblance physique plus largement. Des choses très pragmatiques en somme. Sylvie Testud a donc travaillé dans cette direction. Dans le film, elle ne parle pas comme Sagan, elle livre une interprétation de Sagan, ce qui est très étonnant. Mais je pense qu’elle a été surprise elle-même. Elle saisit littéralement le personnage, elle le “mange”. Plus le film avance et plus c’est frappant, si bien qu’à la fin, on en est même perdu. Elle restitue quelque chose qu’elle fait passer par elle. J’ai travaillé et retravaillé chaque moment du film et je ne me suis pas lassée de l’interprétation de Sylvie Testud. C’est donc qu’il y avait une richesse dans ce qu’elle apportait au film et au personnage. Une plus-value.

Beaucoup de vos films sont centrés sur la relation amoureuse. En quoi les amours de Sagan vous ont-elles inspirée ?

Sagan a beaucoup parlé d’amour, elle a aimé beaucoup. Bien, mal, longtemps ou pas, avec des limites parfois. C’est elle qui a inventé la phrase “L’amour dure trois ans.” Sagan a débroussaillé pas mal de chemins à l’époque de l’explosion de la liberté des femmes. Cela a beaucoup compté dans mon intérêt pour elle. Mais lorsque j’ai eu l’idée de faire un film sur sa vie, je me suis aperçue que je ne connaissais que l’image publique. C’est en la découvrant dans sa vie personnelle – et dans son oeuvre aussi, qui ne parle que de l’amour, de la solitude et des grandes questions existentielles – que j’ai retrouvé ces thèmes universels qui me touchent.

Interview Originale sur le site Evene.fr

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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