Un Amour pour Trois de Madeleine Chapsal

Un Amour pour Trois de Madeleine Chapsal

Titre Français : Un Amour pour Trois

Titre Original : Un Amour pour Trois

Auteur : Madeleine Chapsal

Date de Sortie : 01 Février 2007

Nationalité : Française

Genre : Roman Contemporain

Nombre de Pages : 148 pages

Éditeur : Le Livre de Poche

ISBN : 978-2-253-12256-2

Un Amour pour Trois : Quatrième de Couverture

À New York, dans les années 1950, une femme – la narratrice – éprouve une irrésistible passion pour un peintre, Pierre, qui ne semble occupé que de sa peinture. Or, en arrivant un jour dans son atelier, elle y trouve une jeune femme, Maria. Pierre est donc capable d’aimer ? Soulevée par une rage vengeresse, l’amoureuse dédaignée fait en sorte de séduire la ravissante Maria, puis l’entraîne dans le Midi de la France.

Là, dans la facile douceur de l’époque, commence une valse à trois temps : les deux femmes s’éprennent l’une de l’autre, mais toutes deux aiment Pierre… qui finit par débarquer. Entre ces trois êtres, qui ne s’expriment le plus souvent qu’à demi-mot, tout va se révéler désir, beauté secrète et violence.

Mais l’amour n’est pas que rêveries et fantasmes : il a son amère vérité, et c’est elle qui l’emporte. Comme toujours ?

Un Amour pour Trois : Avis Personnel

Certains livres vous emballent de suite, d’autres au contraire vous laissent d’emblée une impression mitigée. Si je devais classer Un Amour pour Trois, ce serait dans la seconde catégorie. Peut-être est-ce parce que j’ai trouvé cet ouvrage comme sorti d’un autre temps ? Peut-être est-ce car la fourberie de la narratrice et son côté calculateur m’ont mise profondément mal à l’aise ? Il y a d’autres peut-être, mais avant d’aller plus en détail dans ce qui m’a déplu, il convient de parler de l’ouvrage en lui-même.

Un Amour pour Trois, c’est l’histoire d’une femme désespérément amoureuse d’un homme. Elle le désire tellement que lorsqu’elle découvre qu’il a une relation avec une jeune femme, elle se met en tête de la séduire, pour l’atteindre au travers d’elle. Sans dévoiler l’intrigue dans son ensemble, elle va aller, alors qu’elle ne l’aime pas, jusqu’à s’enfuir avec elle, pour le rendre jaloux. Le livre a été écrit par Madeleine Chapsal une romancière et journaliste française née en 1924 au sein d’une famille aisée parisienne. Critique littéraire et membre de plusieurs jurys de prix littéraires, elle a cependant tout laissé tomber, expliquant haut et fort que les résultats étaient le plus souvent tronqués et que les prix étaient la plupart du temps remis en fonctions d’« amitiés » vis-à-vis d’un éditeur ou d’un auteur, et non au regard du contenu de l’ouvrage. Elle a aussi participé à la fondation du journal l’Express aux côté de Françoise Giroud au début des années 1950, une femme « à la page » donc.

Or là elle semble complètement à côté : on a presque l’impression de lire un ouvrage écrit au début du siècle tant certaines remarques ou réflexions semblent désuètes…! Et pourtant il a été rédigé en 2007 !!! Le personnage principal n’arrête pas de nous expliquer, par petites réflexions implicites, que dans l’ordre des choses l’homme et la femme sont faits l’un pour l’autre. Vous pouvez voir grâce au second extrait proposé à la fin de cet article qu’elle nous ressert le vieux préjugé des femmes forcément ennemies pour gagner le cœur d’un homme et celui de la lesbienne et du miroir (comme si elles se faisaient l’amour à elles-mêmes). Est-ce voulu de la part de l’auteure ? Ou est-ce une manière maladroite de nous montrer la sournoiserie de son personnage principal ?

Toujours est-il que je n’ai pas vraiment adhéré et que cela m’a mise plus mal à l’aise qu’autre chose… Car au final la relation entre Maria et la narratrice (dont on ne connaît pas le prénom, ce qui la rend encore plus repoussante) ne se révèle que fausseté et mensonge de la part de celle-ci, alors que Maria est éperdument amoureuse et s’abandonne totalement à elle. On ne peut s’empêcher en parcourant l’ouvrage de se demander, comme dans la publicité de l’Orangina Rouge : « Mais pourquoi est-elle aussi méchante ?! »

Mais il n’y a pas que des points négatifs. Si l’écriture n’a rien de transportant, l’histoire pas passionnante et un brin mâtinée de préjugés, c’est là une formidable description au vitriol de la bourgeoisie des années 50. La femme décrite est prête à tout pour arriver à ses fins et pour tenter de combattre l’ennui. À l’instar de l’héroïne de Les Biches, de Claude Chabrol, on est ici en présence d’une femme désabusée et lasse, inconsciente des notions de bien et mal, tant que cela sert ses intérêts…

En résumé un livre bien décevant de la part de Madeleine Chapsal, qui a pourtant rédigé de très bons ouvrages par le passé. L’histoire ne parvient pas à décoller, est téléphonée et caricaturale et à aucun moment elle ne parvient à nous attacher à ses personnages. Dommage…

Un Amour pour Trois : Extraits

« Ainsi passaient les jours. Je continuais à renifler leur vie. Pour Maria j’étais sage parce que je feuilletais des livres de philosophie et m’habillais de noir. Je lui étais devenue nécessaire. J’avais toujours réponse à ses questions sur la largeur de l’Atlantique ou la nécessité d’apprendre à mentir. Je lui disais des mots tendres en l’assurant qu’elle était belle. Elle secouait la tête et m’affirmait que j’étais plus belle encore. » (Page 40)

« Elle m’invita alors à monter chez elle. On trouve très naturel ce qui sert nos desseins. Nous laissâmes la voiture devant la porte et je la suivis jusqu’à l’appartement. Les gestes habituels nous accueillirent : nous débarrasser de nos manteaux, mettre en marche le pick-up, verser du whisky. Il est difficile de sortir de l’ordinaire lorsqu’il est solidement établi. Comment lui communiquer mon trouble ? Entourer sa taille, poser ma tête sur ses genoux ? Souvent nous avions passé des soirées ainsi, chacune suivant ses rêves. Enfin je savais provoquer, non entreprendre. Cette idée m’arrêta – il y a mille gestes qu’on désire souvent accomplir sans songer à les exécuter, non par retenue, mais par paresse. Il suffisait de s’y livrer, comme on invente.
De la main je parcourus les lignes de son corps que mon œil connaissait parfaitement. Ma curiosité pour ce corps familier avait été bien légère. Quand je l’avais par hasard touchée, je n’y avais pas accordé plus d’importance qu’au contact d’un objet. Cette fois, je découvrais avec surprise la fermeté de membres aux contours souples. J’avais imaginé le corps des femmes comme celui des poupées de son, moelleux, sans résistance. C’était faux. De même je leur étais reconnaissante des parfums qui dissimulaient leur odeur. Je la craignais. Approchant ma bouche du cou de Maria, je connus enfin la vérité de cette odeur, plus composée que celle des hommes.
Au lieu d’en éprouver un plaisir, j’en fus frappée comme par une menace. Ce qui rendait cette femme désirable faisait qu’elle m’échappait plus encore, débordant de toute part les possibilités d’une étreinte. Je me serrai contre elle. Elle n’avait rien dit, fixant le mur. Je retirai son verre de sa main et le plaçai sur la table. Elle s’appuya du front sur mon épaule, posant une main contre ma hanche.
L’excitation me noua la gorge. Peut-être désirait-elle elle aussi cette transformation de nos rapports ? Peut-être ne s’agissait-il pas seulement d’user de mon prestige pour me distraire de mon désespoir ? Peut-être allions-nous aborder ailleurs, en un lieu que je n’avais même pas songé à imaginer ?
Ses lèvres étaient très douces, il me sembla que j’embrassais les miennes. Et, le premier instant de surprise passé, rien de ce que je tentais ne me parut nouveau : me posséder moi-même, voilà l’impression qui prévalut. Peut-être aussi parce qu’elle ne prononça pas un mot ? Nous nous endormîmes agrippées l’une à l’autre, fuyant le recul qui nous eût contraintes à réfléchir. » (Pages 51-52)

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