Mon Frère Féminin : Quatrième de Couverture
« C’est le seul point faillible, le seul point attaquable, la seule brèche dans cette entité parfaite que sont deux femmes qui s’aiment. L’impossible, ce n’est pas de résister à la tentation de l’homme, mais au besoin de l’enfant. »
Ce texte de Marina Tsvétaïéva (1892-1941) sur l’amour des femmes entre elles est adressé à Natalie Clifford Barney (1876-1972) en réponse à ses Pensées d’une amazone (1918). Avec son génie libre, sa faculté poétique éclatante, sa langue française d’une sublime beauté, Mon frère féminin est l’un des lus beaux textes lesbiens à ce jour. Marina Tsvétaïéva analyse en profondeur l’amour féminin et s’attache, en particulier, à définir les manques et les inquiétudes de deux femmes qui s’aiment sans qu’il leur soit possible d’avoir un enfant. Transcendant son propos, Marina Tsvétaïéva nous offre des pages inoubliables sur la femme, l’homme, l’amour et la vie.
Mon Frère Féminin : Avis Personnel
J’ai eu de grosses difficultés à entrer dans le livre de Marina Tsvétaïéva alors que j’ai parfaitement conscience qu’il s’agit d’une œuvre cruciale et incontournable de la culture lesbienne. Je pourrais invoquer plusieurs raisons. Tout d’abord le fait que je n’ai pas lu le livre de Natalie Clifford Barney dont il est la réponse. Ensuite, le fait que je ne suis pas une passionnée de poésie même si j’ai conscience que cela fait de moi une mauvaise lesbienne. Enfin parce que je ne vois pas vraiment pourquoi le désir d’enfant devrait obligatoirement séparer deux personnes qui s’aiment comme si procréer était une fin en soi.
Du coup, je le reconnais bien volontiers, j’ai senti que j’étais très loin d’être captivée et emportée par l’analyse de l’auteure. J’ai trouvé que le découpage entre l’aînée et la jeune qui veut à tout prix cet enfant terriblement stéréotypé et finalement assez éloigné de toutes les représentations et les psychologies que l’on peut rencontrer aujourd’hui. Mais il faut dire que je vis dans une époque très différente de celle à laquelle ce livre a été rédigé : 1932. Recopié et revu en 1934.
C’est un passé pas si lointain mais aujourd’hui, les femmes peuvent bénéficier, du moins en France, d’une liberté et d’une indépendance qui n’étaient pas envisageable autrefois. Ajoutez à cela le fait que faire des enfants n’est plus exceptionnel pour les couples homosexuels, masculins ou féminins et vous vous retrouvez face à une œuvre que, du haut de mes 27 ans, je n’ai pas que jugée dépassée.
Un livre certes très bien écrit, trop peut-être pour être accessible (je reconnais que parfois certains passages sont restés totalement impénétrables) mais qui paraît démodé en ce XXIème siècle. Je vous laisse seul juge pour la modique somme de 3,20 euros.
Mon Frère Féminin : Extraits
« Une lacune dans Votre livre, une seule, immense, – consciente ou non ? Je ne crois pas à l’inconscience d’êtres pensants, encore moins – d’être pensants écrivants, point du tout – à l’inconscience écrivaine féminine.
Cette lacune, ce laissé en blanc, ce trou noir – c’est l’Enfant.
Vous y revenez sans cesse, Vous lui donnez en fréquence ce que Vous lui devez en importance, Vous le semez ça et là, puis là encore, pour ne pas lui donner l’entité du seul cri que Vous lui devez.
Ce cri, Vous ne l’avez donc jamais, pour le moins – entendu ? – Si je pouvais avoir un enfant de toi !
Et cette jalousie, féroce et unique au monde, implacable parce qu’incurable, incomparable à l’autre, « normale », incomparable même à la jalousie maternelle. Cette jalousie, prescience de la rupture inévitable, ces yeux grands ouverts sur l’enfant qu’elle voudra un jour et que Vous, l’aînée, ne pourrez pas lui donner. Ces yeux rivés sur l’enfant à venir.
– « Les amants n’ont pas d’enfants. » Oui, mais ils meurent. Tous. Roméo et Juliette, Tristan et Yseult, l’Amazone et Achille, Siegfried et Brunhild (ces amants en puissance, ces désunis-unis, dont la désunion amoureuse l’emporte sur l’union la plus complète…). Et d’autres… Et d’autres… De tous chants, de tous temps, de tous lieux… Ils n’ont pas le temps pour l’avenir qu’est l’enfant, ils n’ont pas d’enfant parce qu’ils n’ont pas d’avenir, ils n’ont que le présent qu’est leur amour et leur mort toujours présente. » (Pages 10-11)
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