A Marine Story : Interview de Paris Pickard, l’interprète de Saffron

A Marine Story : Interview de Paris Pickard, l'interprète de Saffron

Interview accordée à Rachael Scott le 15 avril 2011 pour le site GaydarNation

Dans A Marine Story, Paris Pickard joue Saffron, une jeune femme désabusée à un tournant de sa vie après la mort de ses parents. Traînant avec les mauvaises personnes et flirtant avec les limites de la légalité, elle se voit forcée par un juge d’intégrer les Marines ou de purger une peine de prison.
Heureusement pour elle, une Marine, jouée par Dreya Weber, de retour dans sa ville natale après avoir été outée et par conséquent chassée de l’armée en accord avec la politique “Don’t Ask, Don’t Tell”, la prend sous son aile.

Ici dans son premier rôle d’actrice, Paris Pickard est aussi réalisatrice et a travaillé en tant que coordinatrice du Département artistique de plusieurs productions hollywoodiennes, telles que Burlesque, Death at a Funeral [Panique aux funérailles] et travaille actuellement sur la production US de Torchwood.
L’actrice d’un mètre quatre-vingts ouvertement lesbienne, dont la rumeur disait qu’elle aurait eu une aventure avec Paris Hilton (Paris et Paris, comme c’est mignon !) a parlé à Rachael Scott de son rôle dans A Marine Story.

Parlez-moi de Saffron, votre personnage. Quand on fait sa connaissance, elle n’est pas en très bonne posture, n’est-ce pas ?

C’est le moins qu’on puisse dire. Saffron est l’exemple type de l’ado rebelle aux multiples facettes. Tout comme le personnage joué par Dreya, Saffron se débat pour dépasser son passé et se trouver une place dans le présent.

En quoi votre opinion sur la politique “Don’t Ask, Don’t Tell” a-t-elle changé après avoir joué dans A Marine Story ?

Nous sommes tous arrivés sur A Marine Story avec un mépris quasi unanime envers cette politique. Entendre des témoignages directs de tant de personnes qui en ont été victimes, pendant le tournage du film, puis dans les festivals n’a fait qu’amplifier l’urgence.

Quelles recherches avez-vous faites pour le film ? Avez-vous parlé à d’ex-membres de l’armée ?

Dans ma recherche globale pour le film, j’ai pu parler avec plusieurs ex-membres de l’armée. On avait un Marine en exercice comme consultant pour le film, avec qui j’ai beaucoup travaillé. La plupart des recherches pour mon personnage ont plus porté sur le sentiment de culpabilité ressenti par les survivants et sur le processus de deuil.
J’ai été surprise d’apprendre que nombre d’anciens militaires, qui avaient été chassés à cause de cette politique discriminatoire, soutenaient encore que servir dans l’armée était la meilleure chose qui leur soit jamais arrivée – c’était une réponse assez fréquente.

Je suppose qu’il paraît improbable de vouloir se battre et mourir potentiellement pour une institution qui ne veut pas de vous, mais cette réaction est purement basée sur l’ego. Ces personnes ont été entraînées à n’avoir aucun ego. Elles voient ce qu’elles accomplissent à plus grande échelle et c’est ce qui compte pour elles.

Pensez-vous que le gouvernement actuel fasse suffisamment pour abolir la politique “Don’t Ask, Don’t Tell” ?

L’abrogation de cette loi l’année dernière est vraiment une avancée incroyable. Il semble qu’il faudra du temps avant que cette abrogation prenne effet, mais je serais surprise qu’ils continuent à chasser des gens à ce stade. Pour moi, c’est ça l’enjeu essentiel.
La majorité des soldats gay en exercice avec lesquels j’ai parlé sont déjà “sortis du placard” auprès des personnes à qui ils ont choisi de le dire dans leurs unités et même si ce changement de politique va renforcer leur sécurité de l’emploi, ça ne les fera pas faire leur coming out en masse. En ça, ça ressemble beaucoup plus à un job dans le civil qu’on pourrait le croire. Les gens partagent les sujets sur lesquels ils sont à l’aise.

On vous demande de convaincre le festivalier lambda de choisir votre film plutôt que les trente et quelques autres qui s’offrent à lui. Comment faites-vous ?

Je demanderais à Dreya de les intimider et de les soumettre par la force physique.

Quel genre d’entraînement avez-vous suivi pour le rôle ?

J’ai fait beaucoup de cardio training presque quotidiennement deux à trois mois avant le tournage. J’ai aussi commencé à m’entraîner avec Dreya un mois avant. On a fait un peu de tout, y compris son programme d’entraînement vidéo P90X à succès. Si vous pensez que c’est embarrassant quand les gens à l’écran sont bien plus forts que vous, essayez de vous trouver dans la même pièce que l’un d’eux. Je devais sans cesse garder à l’esprit qu’en réalité elle est bionique et que je ne devrais pas culpabiliser de ne pas pouvoir tenir la cadence.

Dreya est-elle une coach aussi sévère dans la vie que dans le film ?

Beaucoup plus sévère.

Que pensez-vous avoir en commun avec Saffron ?

Je pense que Saffron et moi sommes plus complexes qu’il n’y paraît en surface.

Pouvez-vous nous parler de la scène que vous avez préféré tourner et aussi de la plus difficile ?

J’ai vraiment apprécié tourner les scènes de paintball. Je pense que tout le monde a aimé. Tous les gamins aiment les batailles et c’était cool de voir tout ça une fois monté. Je pense que les scènes les plus pénibles à regarder sont celles où je me vois courir en short. Je préfèrerais me voir en train de faire une attaque qu’en train de courir. Je suis trop balourde pour ces trucs.

Vous avez un CV complet qui comprend la comédie, la réalisation, la production, et la coordination du département artistique. Prévoyez-vous de continuer à mélanger ces activités ou de vous fixer sur une en particulier ?

Il est presque certain que je travaillerai toujours sur plusieurs choses en même temps. Le travail que j’effectue pour le département artistique paie les factures et la plupart du temps me laisse mes soirées et weekends pour me concentrer sur des projets personnels. Avec un peu de chance, les projets personnels deviendront bientôt des emplois rémunérateurs.

En quoi le fait d’être de l’autre côté de la caméra pour la première fois a-t-il influencé votre approche pour réaliser vos propres films ?

Réaliser est difficile, mais pouvoir expérimenter ce que ça fait d’être de l’autre côté de la caméra  m’a donné un meilleur aperçu de ce que je veux donner à mes acteurs. Ce sera toujours différent pour chaque film et chaque acteur mais je pense que je ressens mieux combien cette relation a vraiment de l’influence.

Travaillez-vous sur des projets personnels en ce moment ?

En ce moment, je travaille en tant que coordinatrice du département artistique sur la quatrième saison de la série Torchwood. Je co-écris aussi un scénario qui avec un peu de chance sera tourné plus tard dans l’année.

Comment était-ce de travailler sur Torchwood ? Pouvez-vous nous donner quelques spoilers ?

Ça a été très excitant d’être impliquée dans une série comme Torchwood. Russell T. Davies, le créateur de la série est un homme incroyablement créatif (et gay). L’intrigue de la saison à venir est axée sur l’idée qu’un jour, les gens arrêtent tout simplement de mourir. Ça commence avec un meurtrier pédophile condamné à mort (joué par Bill Pullman) qui est exécuté sans succès et ça continue avec le reste de la population. Avoir Davies dans les parages offre aussi des échanges par mails et des réunions de concept très divertissants.

Vous avez travaillé comme assistante artistique sur le film Burlesque, qui a eu une production époustouflante. Quel était votre rôle et comment était-ce de travailler avec Cher et Christina Aguilera ?

Travaillant pour le service artistique, notre travail consistait à dessiner, construire et élaborer tous les décors. À part ça, c’était beaucoup de nichons et de paillettes. Deux sujets dont je ne me lasse jamais. Travailler avec deux des plus grandes personnalités de la musique n’était jamais monotone. Deux ans plus tard, je continue à utiliser leurs surplus de maquillage !

De nombreux acteurs/actrices homosexuel(le)s préfèrent passer leur orientation sexuelle sous silence. Est-ce que ça reste encore un suicide professionnel potentiel ?

Je ne suis pas encore certaine des conséquences que mon coming out a eu sur ma carrière, mais en règle générale, je dirais non. Je pense que ça a plus d’impact si vous êtes un homme incarnant des rôles qui sont extrêmement virils et/ou centrés sur votre sexualité. C’est de parti pris et injuste, mais je pense que les lesbiennes sont plus largement acceptées que les gay, ou, du moins, que c’est plus facile pour elles de jouer les hétéros.

Que pensez-vous de l’état actuel du “cinéma homosexuel” ?

Je pense que certains des films homos les plus intéressants sont des films qui ne tournent pas forcément autour de l’homosexualité. J’adore regarder un film où il y a des personnages homos qui ne discutent pas constamment du fait d’être homo.
Le gagnant de l’Academy Award de l’année dernière dans la catégorie court-métrage était un film appelé The New Tenants. Il mettait en scène deux personnages que j’ai facilement identifiés comme étant gay mais qui n’ont pas du tout abordé le sujet. Il y a aussi besoin d’histoires homos, mais on passe tellement de temps à dire aux gens qu’il y a plus à découvrir chez les homos que leur orientation sexuelle, que c’est sympa de voir également ce genre de choses.

Quels sont vos films communautaires préférés ?

En grandissant, The Birdcage [La Cage aux Folles] était un de mes préférés. La première fois que j’ai fait mon coming out, Gia a été comme une révélation pour moi, Hedwig and the Angry Inch, Velvet Goldmine et Priscilla folle du désert sont aussi des incontournables.

Traduction Magali Pumpkin

Interview Originale sur le Site GaydarNation

Paris Pickard

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