A Marine Story : Interview de Dreya Weber, l’interprète d’Alex

A Marine Story : Interview de Dreya Weber, l'interprète d'Alex

Interview accordée à Lesley Goldberg le 28 juin 2010 pour le site Afterellen.com

Dreya Weber est une femme occupée. Quand elle n’est pas dehors sur les routes à jouer les chorégraphes pour Madonna, Pink, Britney Spears, Cher et compagnie, elle est occupée à incarner des lesbiennes à l’écran dans des films écrits et réalisés par son mari, Ned Farr – comme The Gymnast, en 2006 qui a remporté un grand nombre de récompenses sur le circuit des festivals de films LGBT. Farr et Weber reviennent cette année avec A Marine Story, un drame sur la politique Don’t ask, don’t tell (1) qui interdit aux homosexuel(le)s de servir ouvertement dans l’armée américaine.

(1) Don’t ask, don’t tell (« Ne demandez pas, n’en parlez pas ») est l’expression employée à propos de la politique de l’armée américaine sur l’homosexualité. La politique est d’interdire à toute personne qui « démontre une propension ou a l’intention de s’engager dans des actes homosexuels » de servir dans l’armée américaine, parce que cela « créerait un risque inacceptable contre les hauts standards moraux, l’ordre, la discipline et la cohésion qui forment l’essence des capacités militaires ». L’acte empêche toute personne homosexuelle ou bisexuelle de révéler son orientation sexuelle ou de parler de relations homosexuelles, y compris du mariage et de l’homoparentalité tant qu’ils servent les forces américaines. La partie « ne demandez pas » indique que les supérieurs ne devraient pas commencer d’enquête tant qu’il n’existe aucun comportement prohibé, même si dans la réalité des soupçons quant à l’homosexualité d’une personne peuvent provoquer une enquête.

AfterEllen.com s’est rapprochée de Weber afin de discuter du film – qui est actuellement projeté dans les festivals LGBT – et de la raison pour laquelle Farr et elle s’appliquent à faire des films pour le public lesbien.

Le film A Marine Story est-il inspiré de faits réels ?

Nous avons pris des morceaux d’histoires qui nous ont été proposées soit par d’anciens Marines ou d’autres encore en service, parmi lesquels certains n’étaient pas gay, pour la plupart des femmes et en majorité des femmes dans le placard servant actuellement dans l’armée.

En quoi Alex la Marine est-elle différente de Jane, la gymnaste ?

Après The Gymnast, je voulais faire quelque chose qui soit centré sur l’action, avec un personnage capable de botter quelques culs. Celui que j’incarnais dans The Gymnast était tellement passif et attentiste. C’est intéressant car si vous êtes gay ou lesbienne et que vous servez dans l’armée, vous devez réprimer votre orientation sexuelle mais vous devez aussi être une personne super efficace et hyper physique et agressive. De façon assez drôle, d’un côté, c’était comparable et en même temps complètement différent.

L’écriture du film nous offre quelques belles répliques – une des meilleures portant sur comment nous nous sommes battus aux côtés des Anglais et sur le fait qu’ils “aient laissé les gay s’enrôler” et comment si quelqu’un qui est gay peut choisir de servir et de mourir au combat, alors ça n’est pas du ressort d’un politicien de décider qui peut ou ne peut pas combattre. Vous ouvrez totalement le débat.

Ned est persuadé que c’est là le nœud du problème : que si nous légitimons nos héros gay et nos héroïnes lesbiennes, alors on ne peut pas nier leurs droits civiques. Si nous devons accepter de laisser tout le monde mourir pour notre pays et les laisser enfin être qui ils sont, alors nous ne pouvons pas leur refuser le droit au mariage. Il est convaincu que ces deux problématiques sont liées. Je suis vraiment fière de ce film.

Une étude menée par la Servicemembers United révèle qu’en 2008, 45% des soldats démobilisés pour cause de politique “don’t ask don’t tell” appartenaient à une minorité et 30% étaient des femmes. Pourquoi pensez-vous que les minorités et les femmes soient si souvent renvoyées ?

Je pense vraiment que le maillage de l’armée est structurel, blanc, et traditionnaliste. Le harcèlement des femmes pour déterminer si l’une d’elles est lesbienne ou non est une affaire sérieuse là-bas. Donc si vous êtes une femme, lesbienne et issue d’une minorité, vous mettez trois fois dans le mille. C’est pour ça que c’est vraiment important que politiquement et législativement, nous ne laissions aucune place aux discriminations – parce qu’elles sont déjà là et qu’elles ont besoin d’être vaincues en profondeur. C’est structurel, je pense, et c’est en place depuis longtemps et l’armée est… lorsque vous endossez ce code, ça écrase pratiquement tout le reste.

Avec votre mari, Ned, vous êtes tous les deux continuellement tournés vers les histoires LGBT – et la politique. Qu’est-ce qui vous fait revenir vers ces intrigues ?

Ma famille est très diversifiée. Mon frère est gay et ma sœur bisexuelle et ultra engagée en politique. Ce qui est très important pour moi, c’est cette conscience des options possibles en matière de sexualité, l’ouverture sur le monde et la beauté de la diversité. J’ai été très chanceuse d’être une jeune adolescente quand j’ai été exposée à ça et je remercie mon frère et ma sœur de m’avoir donné ce genre d’environnement. Les gens me demandent pourquoi je joue toujours des lesbiennes. (Rires.) Je ne joue pas toujours des lesbiennes. Pour moi, c’est un des challenges les plus magnifiques – incarner un personnage issu d’une communauté qui est traditionnellement sous-représentée.

Vous avez une cohorte de fans lesbiennes très fidèles depuis votre rôle dans The Gymnast. Qu’est-ce que cela représente pour vous?

J’en suis honorée. J’ai joué dans un film appelé Everything’s Relative qui est sorti il y a près de 12 ans et ça a été mon premier contact avec (les films lesbiens) parce que l’équipe était constituée presque entièrement de lesbiennes et que notre réalisatrice était lesbienne. Elle a vraiment rallié la communauté autour de cette production et j’ai entendu tellement de fois les femmes de l’équipe et les femmes de cette communauté me dire combien elles étaient frustrées de la qualité des films qui étaient faits pour les lesbiennes. Elles voulaient savoir pourquoi leurs histoires ne pouvaient pas être racontées sous un autre angle que celui des bars – pourquoi pas des histoires complètes avec des personnages bien approfondis. Ça a été ma première immersion dans une catégorie de population qui était sous-représentée dans la communauté cinématographique.

Quand Ned et moi parlions de faire The Gymnast – je recevais encore des mails à propos de Everything’s Relative et j’avais cette base de fans – et du fait que les quelques centaines de couples dans le monde qui se souciaient que je fasse un nouveau film étaient gay. On a décidé de garder ça à l’esprit et de faire une histoire qui soit bien pensée et soignée pour ma petite souche de fans ! (Rires.)

Et regardez où ça vous a menée !

Je sais ! C’est merveilleux. Je suis si honorée.

Traduction Magali Pumpkin

Interview Originale sur le site Afterellen.com

Dreya Weber

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