Cineffable – 2e partie – Les courts métrages

cineffable 2016 - Cineffable courts-métrages

Ce fut le lendemain du débat autour des lesbiennes réfugiées que je m’attaquai à la programmation de courts métrages de Cineffable. La première séance que j’ai eue l’occasion de visionner s’intitulait Toutes à la fois. Il s’agissait d’une série de films présentant des moments de vie de lesbiennes, de l’enfance à la vieillesse.

Alors que dire… L’idée était intéressante. Certains courts métrages comme Hattie et We’re OK étaient réussis. Mais l’ensemble mis bout à bout était franchement déprimant. Et s’il y avait, de toute évidence, une volonté de réalisme là derrière, je trouve dommage qu’il n’y ait pas eu un peu plus d’optimisme.

Le premier de ces courts métrages, Carina, nous venait du Mexique. On y découvre les premiers émois d’une fillette de 8 ans pour sa professeure de danse. Si la naïveté avec laquelle l’enfant se jette dans cette relation est touchante, la réaction de l’entourage, assez prévisible, l’est beaucoup moins. Et les conséquences ne sont guère encourageantes.

Hattie fut une pause poétique et esthétique dans cette session. En présentant les hésitations d’une adolescente amoureuse de sa meilleure amie, Kira Bursky a su garder une dose de pensées positives tout à fait bienvenue. Son deuxième court métrage, We’re OK, se déroule dans une ambiance bien plus angoissante, avec un sujet plus grave, puisqu’on y parle de suicide, mais sans tomber dans la morosité.

La palme de la déprime justement sera pour moi décernée au court métrage néerlandais Grey Walls (Évidemment le titre aurait pu nous mettre la puce à l’oreille), qui décrit la vie d’une lesbienne âgée, vivant dans une maison de retraite, après la perte de la femme qui a partagé sa vie pendant 46 ans. Les décors dont les couleurs semblent absentes, la musique mélancolique, la méchanceté supposée ou réelle des autres pensionnaires, et l’incapacité du personnage à lier une nouvelle relation lorsque l’occasion se présente, tout est là, semble-t-il, pour nous rappeler, comme l’a si bien écrit Michel Berger : qu’« au bout du compte, on est toujours tout seul au monde ». Bref, un court métrage à éviter les jours de grisaille.

Je donnerai également une mention spéciale « horripilant » au seul court métrage français de cette série : Pas d’accord. Dans ce court métrage, on a voulu décrire le début de la fin d’une relation… Alors de mon côté, le résultat en voyant cet étalage d’hystérie, de cris, de jalousie aveugle  et de méchanceté gratuite, a été de me rappeler que parfois être célibataire a du bon. Ce genre de film, c’est à vous convaincre de le rester en tout cas.

La deuxième séance de courts métrages était intitulé : Tout à fait mon genre, et justement, le programme les mélangeait bien, les genres. La session commençait avec Sleep Awake, une animation plutôt mignonne sur les voyages oniriques de deux ex-amantes, puis continuait avec Button, un éroto-thriller assez mystérieux avec une pointe d’humour british. Dans ce court métrage, une femme se rend chez une amie lesbienne et tombe sous le charme de sa partenaire. S’ensuit une série de flashs qui emmène le spectateur à la frontière entre les désirs de l’héroïne et la réalité.

Le court métrage suivant : Like Other girls do, était un documentaire sur les femmes de Serbie. Il présentait en particulier une ancienne coutume, qui veut que des familles sans fils attribuent ce rôle à l’une de leur fille. De fait, celle-ci sont alors habillée, traitée comme un garçon, et prennent en charge les tâches dévolues à l’homme de la famille.

Enfin, la séance se terminait avec Gender troubles : the Butches, un excellent documentaire sur les difficultés que rencontrent les Butches, en l’occurrence aux États-Unis, mais qu’on peut tout à fait retrouver de ce côté-ci de l’Atlantique. Ce documentaire, vraiment réussi et touchant, a été littéralement acclamé en fin de session, déclenchant une forte réaction émotionnelle dans le public. La réalisatrice, présente pour l’événement, en a d’ailleurs été fort émue. Et c’est donc sur cette note positive que se terminait pour moi cette visite à Cineffable. Nul doute que je réitérerai l’expérience l’année prochaine !

A propos de Sylvie Geroux

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Née à Amiens en 1975 et géologue de formation, Sylvie Géroux travaille actuellement à Amsterdam après un séjour londonien de quelques années. Passionnée de lecture, elle commence à écrire à l'adolescence des nouvelles de tous genres, de la romance à la science fiction. C'est finalement chez HQN qu'elle publie son premier roman, Nadya & Elena, la première romance lesbienne de la collection.

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