II) LE COMING-OUT
Et malheureusement dans une grande majorité des histoires de coming-out, celui-ci se déroule extrêmement mal. Heureusement que d’autres histoires ignorent ce sujet, sinon ce serait déprimant. D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais vu une série ou un film où les parents du jeune gay ou de la jeune lesbienne déclaraient, lors de cette découverte : « Je m’en doutais » ou bien « Et tu penses que ta sexualité va changer quelque chose à l’amour que je te porte, tu restes mon enfant, ma chair et mon sang. » Aucun. Jamais.
La plupart du temps, le coming-out se déroule donc mal. Toutes les réactions ont été dépeintes de ce côté-là. Pour vous donner une idée et sans rentrer dans les détails, dans tous les films, lorsque les parents font face au coming-out de leur enfant, ils passent par les cinq étapes du deuil définies par Elisabeth Kübler-Ross. Systématiquement. Et ce n’est pas une blague. Alors bien sûr, je vous l’accorde, ils restent principalement bloqués sur les trois premières étapes mais n’empêche.
1°/ Le Choc et le Déni
C’est systématique. Le meilleur exemple : la mère de Spencer dans South of Nowhere ! Ça c’est du choc ! La mère d’April dans April’s Shower est également pas mal du tout.
Facile à expliquer, cette étape est caractérisée par la sidération. C’est la bouche grande ouverte, le sourcil levé, le malaise avec évanouissement, le choc dans toute sa splendeur.
2°/ Le déni
Caractérisé par la phrase « Non, pas mon enfant ! » (Avec un ton dramatique, je vous prie, on est au cinéma tout de même) ou alors « Oh… Mon… Dieu… » et pour les bilingues « Oh… My… God… »
Pour faire simple, les interlocuteurs refusent d’entendre l’information. « C’est pas vrai ! C’est pas possible ! » sont autant d’exclamations que vous retrouverez dans la bouche des mamans lors des coming-out cinématographiques et télévisés. Et elles savent les accompagner de belles mimiques et grimaces.
L’information choquante est refoulée et refusée. Parfois cette étape peut passer très rapidement et parfois, elle peut durer très longtemps. Un exemple ? La mère de Wil dans Saving Face. Elle a découvert sa fille au lit avec une autre femme il y a plusieurs années et continue à lui présenter des hommes et à tenter de la marier. Si c’est pas du déni, je sais pas ce que c’est.
3°/ La Colère
La phase préférée de la plupart des cinéastes, réalisateurs et scénaristes. L’information a été intégrée mais elle est trop douloureuse. Les parents se révoltent et réagissent de manière violente et agressive, rarement contre eux, principalement contre leur enfant.
Les exemples de parents perdant le contrôle sont nombreux. Je peux à nouveau citer South of Nowhere qui, pour une série adolescente a osé aller très loin dans la réaction violente de la mère à l’encontre de la petite amie de sa fille. Le Secret de Jane va également loin comme Benzina, Treading Water…
Les critiques infondées, la culpabilité, le blâme font partie de cette étape de colère. Elle regroupe toutes les réactions négatives du coming-out. C’est extrême, violent, dangereux, ça fait peur, ça secoue, c’est génial pour l’audience en somme. Génial pour l’audience mais pas pour les jeunes téléspectateurs gays ou lesbiens. Vous parlez d’un exemple, tout se passe mal !
L’étape suivante, la dépression symbolisée par une période d’abattement, de tristesse et de désespoir est peu représentée. Elle est tellement moins accrocheuse et glamour qu’il est très facile de faire l’impasse dessus. On arrive directement à la résignation puis à l’acceptation.
Mon problème est donc bien cette représentation extrêmement négative du coming-out. Pourquoi doit-il forcément mal se dérouler, pourquoi doit-il systématiquement être si violent ?
On peut explorer différentes pistes de réflexion.
1) L’aspect rentable : Le drame pour faire de l’audience. Principe facile à énoncer mais qui a fait ses preuves. La violence même gratuite, attire les spectateurs.
2) L’aspect positif : Une manière de mettre en garde les jeunes homosexuel(les) contre les dangers de l’homophobie en leur montrant des images choquantes et en leur expliquant qu’ils ne connaissent jamais vraiment ceux qui les entourent. Une mise en garde. De la prévention en quelque sorte.
3) L’aspect négatif : Une condamnation flagrante de l’homosexualité à travers les fictions. Un moyen politiquement correct de dire que l’homosexualité est un péché condamnable renforcé par le fait que les jeunes ayant fait leur coming-out souffrent.
4) L’aspect politique : Reprise du vieil adage « Pour vivre heureux, vivons cachés ». Une sorte de mise en garde contre les méfaits de la visibilité et des revendications homosexuelles.
5) L’aspect religieux : Succomber à la tentation et oser avouer ses pêchés vous donne un aller direct pour l’enfer.
6) L’aspect sociologique : Non, l’homosexualité n’est plus un crime, on remplace la prison par les séances de psychanalyse (demandez donc à la mère de Jane dans Le Secret de Jane)
En gros, rien de très réjouissant. Et pourtant, contrairement à ces représentations négatives, il arrive de plus en plus régulièrement que le coming-out se déroule très bien dans la réalité. J’exhorte donc les auteurs, scénaristes, réalisateurs et producteurs à oser dépasser ces clichés péjoratifs pour offrir des représentations positives à la jeune génération. Un peu de bonheur donnerait du courage.
Enfin il reste tout de même les séries et films sans coming-out ou alors avec des parents compréhensifs et fiers de leurs progénitures malgré ces différences. Tout le monde avec moi devant A Family Affair et Nina’s Heavenly Delights.
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