Et Barn

Quand un désir d’enfant non partagé fait voler un couple en éclats

Affiche : Et Barn

Année de Production : 2008

Réalisation : Pernille Rübner-Petersen

Scénario : Pernille Rübner-Petersen

Avec : Karoline Lieberkind (Charlotte), Christine Albrechtslund (Tjili), Niels Lund Boesen (Henrik), Brian Kristensen (Adam), Taina Anneli R. Berg (la collègue), Birgitte von Halling-Koch (Mor)

Nationalité : Danoise

Genre : Moyen-Métrage

Durée : 36 : 00 minutes

Titre Original : Et barn

Et Barn : Résumé

Charlotte et Tjili, la trentaine, forment un couple qui a tout pour être heureux. Elles décident donc de franchir une étape supplémentaire en emménageant ensemble. Mais lorsque l’une manifeste un désir d’enfant et l’autre non, un fossé se creuse entre elles deux.

Charlotte et Tjili, la trentaine, forment un couple qui a tout pour être heureux. Elles décident donc de franchir une étape supplémentaire en emménageant ensemble. Mais lorsque l’une manifeste un désir d’enfant et l’autre non, un fossé se creuse entre elles deux.

L'avis d'Univers-L

Scénario/Réalisation
Casting
Lez/Bi Quantité
Lez/Bi Qualité

Résumé : Un film inégal.

Note des lectrices : Soyez la première !
54

C’est au cours d’un bain moussant crapuleux que Charlotte et Tijili décident de franchir un cap important. Après avoir mûrement réfléchi, elles souhaitent emménager ensemble et leur avenir commun s’annonce radieux. Rapidement pourtant, au détour d’une conversation anodine, elles vont se rendre compte qu’elles sont d’accord sur presque tout, sauf sur le principal : le fait de devenir mamans. Car si Tijili rêve de fonder une famille dans les plus brefs délais, Charlotte, quant à elle, n’en fait pas une priorité. En effet, elle tient à sa qualité de vie, son horloge biologique ne la taraude pas le moins du monde et surtout, elle se contente avec plaisir des enfants des autres, notamment ceux de sa famille.
Et si ces deux opinions bien tranchées auraient pu laisser place à une période de négociations intenses ou de dialogue, il n’en sera rien dans leur cas. Chacune campe sur ses positions, accusant l’autre d’un impardonnable égoïsme et l’inévitable se produit : la rupture est consommée.

J’ai eu l’occasion d’assister à la projection du moyen-métrage Et Barn lors du 23ème festival Cineffable de Paris. Et pour celles qui n’auraient pas étudié le Danois au collège (ou qui n’ont pas écouté en cours, ce qui revient au même), je précise que ce titre opaque signifie tout simplement “un enfant”. Car c’est bien autour de cela que s’articule le film : ce désir de maternité au sein d’un couple de femmes. Et si c’est un sujet plutôt omniprésent ces temps-ci, je dois dire que l’angle sous lequel il est abordé – ce souhait qui pour une fois n’est pas partagé – m’avait paru audacieux à première vue ; cela sortait des sentiers battus. Tout le mérite en revenant à la réalisatrice Pernille Rübner-Petersen (également chanteuse et compositrice), qui a fait du désir féminin son thème de prédilection. Que ce soit le désir à l’état primal – l’envie charnelle –, ou bien le désir d’être femme et de le manifester dans la société à travers ses aspirations, ses choix et ses actes.

J’étais donc pleine d’espoir au début du film, mais mon enthousiasme n’a pas tardé à s’étioler, vaincu par une intrigue mal ficelée qui perd vite de sa force. D’abord il y a ce désir d’enfant venu de nulle part et ce couple soi-disant solide qui vole en éclats en quelques minutes. Ensuite, il y a cette opposition un peu manichéenne : celle qui ne rêve que d’un bébé pour parfaire son bonheur contre celle qui a des goûts de luxe et préfère se descendre des bouteilles de vin grands crus à 1200€. Certes, on sait que les opposés s’attirent, mais n’était-ce pas un peu réducteur de mettre en lumière leurs différences de la sorte ? De même, je ne suis pas thérapeute conjugale, mais je trouve excessif de rompre et de jeter sa petite amie dehors dans la foulée sans autre forme de procès. Où sont le dialogue et l’amour dans tout ça ? Car s’agissant du couple Charlotte/Tijili, j’ai trouvé que l’alchimie n’était pas au rendez-vous et que leurs échanges qui tombent rapidement dans les extrêmes ne leur permettaient pas de nous communiquer des sentiments amoureux crédibles.

Mais ce que je viens d’évoquer n’est rien en comparaison de la suite : une stérilité providentielle qui donne lieu à  un rabibochage express et tous ces petits “arrangements” bien pratiques qui font perdre sa crédibilité à l’histoire et n’ont d’autre but que de nous amener illico presto vers un happy end qui n’a pas de sens. À l’heure actuelle, j’en suis encore à me demander si j’ai été la seule à être choquée au plus haut point par ce retournement de situation final qui voit l’une céder tout naturellement au chantage affectif de l’autre.
Comment diable la réalisatrice s’est-elle fourvoyée de la sorte ?

Car parallèlement, Et Barn fourmille de qualités bien appréciables. L’humour savamment distillé dans les répliques fait mouche à tous les coups (voir les extraits ci-dessous et les nombreuses références à la cigogne). Le rythme est suffisamment maîtrisé pour qu’il n’y ait jamais de temps mort. Quant aux personnages secondaires, ils sont doués et attachants et certaines scènes sont pleines de finesse et d’émotions (notamment cette conversation où Charlotte fait des confidences sur son père à Henrik, son ami homo).

En conclusion, Et Barn est un film inégal dont le grand potentiel est gâché par les trop nombreux raccourcis empruntés. Il ne tient donc pas ses promesses et tombe rapidement dans la caricature. La  faute sans doute au format choisi, le moyen-métrage, qui bouscule le spectateur vers une fin précipitée qui n’a pas eu le temps de se construire une légitimité, ni même une logique.

Et Barn : Extraits

TIJILI : J’ai réfléchi, je veux des enfants. Un enfant, pour commencer…
CHARLOTTE : Et d’où viendrait cet enfant ? La cigogne nous l’apporterait ? Et qu’est-ce que tu en ferais ?
TIJILI : Je l’élèverais, avec toi.

UNE COLLÈGUE DE TRAVAIL : Et toi, tu n’entends pas ton horloge biologique ?
CHARLOTTE : Non, je dois être sourde…

CHARLOTTE : Elle a jeté ma brosse à dents aussi !
HENRIK : Ça t’étonne ? Sois contente qu’il n’y en ait pas déjà une autre.

CHARLOTTE : Vous ne voulez pas d’enfants toi et Hugo ?
HENRIK : Il ne pourrait pas être à la fois de lui et de moi et on doit attendre cinquante ans avant d’adopter. Est-ce que les cigognes n’apportaient pas d’enfants dans le temps ? Quand ont-elles arrêté ?
CHARLOTTE : Et jadis, les tapettes servaient à tuer les mouches…

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