C.C. Carter : Interview de l’artiste

C.C. Carter

Interview réalisée par Wong Cook pour le site LesbianLife.com

Faites-vous du slam en ce moment ?

Je ne fais plus de slam maintenant parce que je me suis rendue compte que je pouvais écrire un poème en trois minutes ou moins mais qu’ils sonnaient tous de la même façon, c’est juste que le contenu était différent. J’avais des prestations de plus de vingt minutes, j’ai commencé à enseigner et mon oreille devenait de plus en plus sensible… beaucoup plus entrainée, et cela devenait important pour moi d’être sûre que mon public restait tout le temps avec moi. Le seule façon de faire cela est de changer de forme et que cette forme particulière se prête toujours au média. Le slam est devenu un moyen de casser la forme de la poésie mais de continuer à capter l’attention du public et provoquer une émotion. Et puis le slam a fait un pas de plus : vous pouvez même avoir un poème et ajouter de la musique ou des mouvements et ça devient cette autre dynamique théâtrale.

Êtes-vous sortie du pays récemment ?

Oui, j’étais sur la croisière Olivia, sur la Mexico Riviera et une fois revenue je suis allée en Caroline du Nord pour l’ouverture de Nikki Giovanni.

Woah, c’est impressionnant, comment c’était de faire l’ouverture de Nikki Giovanni ?

C’était génial, je ne sais même pas quoi dire d’autre (rires). Elle voulait une copie de mes textes… allez comprendre.

Avez-vous un directeur en ce moment ?

Oui, mais en ce moment j’arrive à me débrouiller toute seule. J’aime choisir et sélectionner les publics devant lesquels je me produis. Je pense que c’est très utile que je sois une prof à mi-temps de part la flexibilité que cela m’apporte : s’il y a un concert que je veux faire je peux y aller et le faire. Je ne passe pas tout mon temps à faire des prestations, je fais beaucoup de travail de production à Chicago et je dirige ma propre association. J’ai aussi un agent, je suis avec Out Media sur Brooklyn, New-York. C’est la première agence artistique LGBT du pays. Je suis reliée au circuit de la musique féminine, les cafés féminins et les librairies et donc quand je joue autour de la ville, le bouche à oreille dit que je suis au festival de musique du Michigan pour le National Women’s Festival, que je fais des black prides en République Dominicaine et que, récemment, je viens juste de finir la croisière de la compagnie Olivia.

Êtes-vous lesbienne ?

Oui, je suis une fem très entretenue. Je suis sûre que ma femme est en train de dire « Je confirme » (LL et CC rient).

Que pensez-vous des catégories sur les lesbiennes comme fem, stud ou butch ?

Elles sont un mal nécessaire, parce que dans la vie de tous les jours vous n’en auriez pas besoin n’est-ce-pas ? Mais puisque nous en avons besoin, particulièrement avec la nouvelle génération je suis pour leur emploi. Je suis très inquiète à propos du manque de visibilité de la diversité des lesbiennes au point où ça en devient vraiment flippant. Je crois que c’est important pour toutes, des butchs jusqu’aux studs et des garçons aux butchs, studs, d’être représentées. L’autre vision c’est là où la fem est celle qui a une liaison avec un homme. Je pense que ça nous est très préjudiciable. Les médias décrivent des femmes butch comme celles souhaitant devenir des hommes, mais nous ne voyons pas toute l’étendue de la diversité entre les deux. Pour moi, je pense que c’est important pour le grand public d’être éduqué sur ce que stud/butch veut vraiment dire. Je prends part à ça et c’est pourquoi j’ai soudain eu ce regain de popularité en terme de personnes me recherchant. Les gens imaginent tout de suite une scène au lit en entendant parler de butch et fem. Ce qui se passe entre deux personnes dans leur chambre ne les regarde qu’elles. Mais tout cela a surtout à voir avec l’image que vous renvoyez dans la vie de tous les jours et comment vous vous comportez. Toutes ces catégories ont un rapport avec l’identité et la représentation dans l’espace public, mais pas nécessairement avec ce qui arrive entre deux personnes au lit.

Êtes-vous en couple ?

Oui, j’ai une femme !

Comment cela se passe t-il au vu de ce que vous faîtes ?

Ma femme est un formidable soutien, s-o-u-t-i-e-n (rires). Elle m’aime beaucoup et elle me soutient dans chaque chose que je fais. Après treize ans à avoir été sporadiquement ensemble, les sept dernières années elle m’a vue avoir d’autres partenaires et essayer de faire ça (faire des représentations) et ça n’a pas fonctionné. C’est vraiment très intéressant quand c’est la fem qui est tout le temps en train de voyager. Ronnie, ma femme, fait vraiment partie de mon travail. Et après il y a la confiance.

Quelle est l’actualité de CC ?

Gérer ma propre maison d’édition. Il y a vraiment la mauvaise idée reçue que toutes les bonnes voix viennent des côtes Est et Ouest, et que le Sud et le Midwest sont un peu à la masse. Personne ne veut prendre le temps de jeter un coup d’œil à combien le monde artistique est créatif au Midwest. J’aimerais continuer à jouer, mais juste pour le public. Je veux jouer pour ceux qui respectent le travail que je fais. Que ce soit un grand ou petit public. J’en ai fini de la course aux dollars. J’aimerais être dans les collèges et universités où ils ont beaucoup d’argent à apporter dans les têtes d’affiche. L’argent pour moi n’est pas aussi important que le message que je veux faire passer et que ceux qui ont besoin de l’entendre et qui viennent pour l’entendre. J’ai dit à mon agent « Je me fiche que ce soit une université s’ils peuvent me garantir qu’il y aura au moins cinquante personnes ou plus dans le public. Je ne veux pas être une attraction. Je n’ai pas besoin qu’ils m’invitent pour le jour de la diversité parce que je suis une lesbienne noire et ronde. ». Ils ont besoin de montrer qu’ils sont très divers. S’ils ne remplissent pas la salle alors je n’en veux pas. S’ils ne deviennent pas partenaires des African American Studies et du Women Studies Departement, alors je n’ai pas besoin de leur argent.

Y-a-t-il quelque chose que nous n’ayons pas abordé et que vous aimeriez partager avec nous ?

Je suis vraiment honorée d’avoir été interviewée par Lesbian Life. Je suis toujours honorée quand quelqu’un s’intéresse et veut savoir de quoi mon travail est fait, et d’avoir l’opportunité d’atteindre de nouveaux publics, qu’ils puissent me connaître. J’ai eu une merveilleuse carrière et je sais que je fus assez régionale. Je fais maintenant l’expérience de cette magnifique existence nationale, ce dont je me réjouis et j’espère que tout le monde en profite également.

Interview Originale sur le site Lesbian Life

A propos de Lou Morin

Traductrice Anglais/Français

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