Holly Hughes

Holly Hughes

Biographie

Holly Hughes est une artiste performance (l’art performance jongle entre plusieurs disciplines artistiques – théâtre, peinture, photographie, etc. – le plus souvent mobilisées en même temps sur scène) américaine née le 10 mars 1955 à Saginaw, dans le Michigan. Elle y grandit au sein d’un foyer relativement aisé. Après avoir terminé le lycée, elle choisit d’étudier l’art au Kalamazoo College, dont elle ressort diplômée en 1977.

Deux ans plus tard, alors âgée de 24 ans, elle décide de tenter sa chance à New York, capitale incontestée de l’art underground. Après un petit temps d’adaptation à cette nouvelle ville, elle collabore très vite avec l’équipe du WOW Cafe Theatre, alors en pleine construction. L’idée, novatrice à l’époque : proposer un lieu d’expression à la fois pour des lesbiennes et des féministes, mais aussi pour l’art expérimental, pas forcément bien vu à l’époque.

Elle collabore avec le WOW Cafe pendant plusieurs années, au cours desquelles elle y trouve non seulement l’émulation auprès d’autres artistes lesbiennes, dans un contexte de libération de la parole féminine (et féministe), mais également un débouché pour ses travaux, qui posent un regard sans concessions sur le monde qui l’entoure (à la fois la société américaine, mais aussi les communautés lesbiennes). Elle joue aussi bon nombre de ses pièces en off à Broadway.

À seulement un an d’écart, elle écrit et monte deux pièces de théâtre au début des années 1980 : Well of Horniness en 1983 et The Lady Dick en 1984. Outre leurs textes empreints d’humour et suintant de salacité (rien que pour le titre, horn désigne le fait d’avoir une érection en langage familier), c’est pour Holly Hughes l’occasion de se moquer de la méfiance des lesbiennes envers les femmes bisexuelles, du communautarisme, ou encore des relations butch/fem.

Après avoir exploré ces thèmes, elle décide de se pencher sur celui, plus sérieux, de la place des gays au sein de leurs familles. Comment parvient-on à se construire dans un monde hétéronormé et comment fait-on face à ses premiers émois pour d’autres femmes ? Elle écrit tout d’abord World Without End en 1989, puis Clit Notes en 1990 ; très contesté, elle explique dans ce dernier ouvrage s’être tournée vers les femmes après avoir d’abord été fascinée par son père.

Provocateurs et sans concessions, les travaux de Holly Hughes restent relativement inclassables : à la frontière entre érotisme et pornographie, entre surréalisme et ancrage dans la réalité ou encore entre ironie envers les femmes et misogynie. En bref c’est une artiste plutôt ambivalente et imprévisible, parfois dérangeante, qui pose un regard frais et différent sur la société.

C’est d’ailleurs cette particularité qui la rend célèbre au début des années 1990 aux États-Unis, au moment du scandale des NEA Four. Le National Endowment for the Arts est une structure fédérale qui distribue des subventions à des projets artistiques ; financements qui permettent à de petits artistes de monter leurs spectacles. En juin 1990, John Frohnmayer, un avocat proche de George Bush père et porte-parole d’un courant ultraconservateur, met son veto, afin d’annuler les financements accordés à quatre artistes jugés « indécents » (Holly Hughes, Tim Miller, John Fleck et Karen Finley) et fait adopter à l’organisation une « clause de décence » que les artistes qui veulent être aidés financièrement sont dans l’obligation de respecter. Une manière détournée de garder le contrôle sur leurs productions et d’exercer une forme de censure sur leurs discours. Commence alors une longue bataille juridique qui se termine en 1993 par la victoire des artistes. La victoire est totale : non seulement ils peuvent toucher leurs subventions, mais ils mettent fin à la « clause de décence » qui limitait leur liberté d’expression.

Aujourd’hui, Holly Hugues continue d’écrire et de se produire en bousculant le politiquement correct et en usant à l’envi de la controverse. Elle cherche encore et toujours à faire réfléchir le spectateur et à bousculer les idées bien-pensantes. Elle a reçu deux Obie Awards, en 1988 et 1990, et plus récemment un Guggenheim Fellowship en 2010, afin de récompenser ses travaux. Elle enseigne aussi à l’école universitaire d’art et de design, rattachée à l’Université du Michigan.

Histoire d'un Coming-Out

On ne sait pas réellement quand Holly Hughes a pris conscience de son homosexualité. Ce qui est certain, c’est qu’elle s’en est aperçu relativement jeune, comme elle l’explique dans plusieurs de ses pièces présentant des caractères autobiographiques.

Aussi, dès son arrivée à New York, la jeune femme s’est investie dans des associations et structures féministes et/ou lesbiennes. Elle évoque aussi sans détour dans ses textes son attirance pour les femmes et la question de l’homosexualité est un thème majeur qui revient dans tous ses travaux.

Bibliographie non exhaustive

Clit Notes (1990)
World without End (1989)
Dress Suit to Hire (1988)
The Lady Dick (1984)
The Well of Horniness (1983)

Holly Hughes

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