La voici menant les Pankhurst en voiture :
Vera Holme porte alors un uniforme aux couleurs de la WSPU et s’est coupée les cheveux. Elle n’hésite pas à mener des actions « terroristes », mais parvient à ne pas se faire prendre sauf en novembre 1911, quand elle passe 5 jours en prison pour jet de pierres. Elle aurait été proche d’Emily Wilding Davison, la suffragette qui se jette sous les sabots du cheval du Roi au Derby d’ Epson et meurt pour la cause suffragette.
Si son histoire nous intéresse, c’est parce qu’elle était connue pour être lesbienne à son époque. Quand a-t-elle découvert qu’elle préférait les femmes ? Mystère. A-t-elle eu une relation avec Emily Davison ? Difficile de le savoir de manière assurée. Mais on sait qu’elle a vécu une grande histoire d’amour avec Lady Evelina Haverfield.
Evelina Haverfield, née Scarlett, est une aristocrate écossaise, fille de Baron, et mariée depuis l’âge de 20 ans (en 1887) au major Henry Haverfield, un officier de l’artillerie royale de 27 ans son aîné. Sportive, excellente cavalière, elle fait partie du mouvement des suffragettes. On la découvre ici participant à une manifestation de la WSPU sur un cheval.
Ici, à Édimbourg, en cavalière, elle tient la bannière de la WSPU.
Evelina et Vera se rencontrent grâce à la WSPU, sans doute au cours de l’année 1910. Elles ont beaucoup de points communs. Elles commencent à vivre ensemble dans le Devon dans le courant de l’année 1911 et ne se quitteront plus jusqu’à la mort d’Evelina le 21 mars 1919. Evelina est pourtant remariée au major John H. Balguy depuis 1899 (son premier mari est mort en 1895, la laissant veuve à l’âge de 27 ans) et elle a deux enfants.
Leur amour est tellement fort qu’elles décident de faire l’une pour l’autre un testament au dernier survivant. Elles s’y lèguent leurs biens communs – signes de réelle vie commune – et surtout leur lit gravé de leurs doubles initiales « E.H & V.H ».
La Première Guerre mondiale fut pour elles le temps de montrer leur engagement patriotique. Dès 1914, toutes les deux intègrent la Women’s Volonteer Reserve. Vera obtient le grade de major dès octobre 1914. Elle trouve à s’employer dans l’unité mobile de l’Hôpital des Femmes d’Écosse que dirige Evelina. Elle s’occupe des attelages et des chevaux, puis quand l’unité se motorise en 1916, elle devient mécanicienne. Elle suit fidèlement Evelina. En 1915, celle-ci devient administratrice d’un hôpital en Serbie où les combats font rage. Sur la ligne du front oriental, Evelina est brièvement faite prisonnière entre octobre et novembre 1915. Elle est rapatriée par la Croix rouge internationale au printemps 1916, mais elle repart dès le mois d’août 1916 pour la Roumanie d’abord, puis pour la Serbie à nouveau. Les deux femmes mènent une vie dangereuse mais exaltante. En octobre 1917, Vera apporte à son gouvernement des informations capitales sur la situation militaire de l’armée serbe sur le front roumain. Elle devient un héros national. Les deux femmes vivent à compter de cette date et jusqu’à l’armistice (le 11 novembre 1918) à Édimbourg.
Mais quand la Guerre s’arrête enfin, la société anglaise demande aux femmes de revenir à leur situation d’avant-guerre et de rentrer dans le rang. Finie l’aventure. Vera reprend sa carrière d’artiste à Édimbourg dont le nom est associé au cercle de « Greengates ». Son portrait est réalisé plusieurs fois en 1919 par Dorothy Johnstone, une des figures de ce groupe d’artistes.
Cette vie les étouffe sans doute cependant car en 1919, Evelina et Vera repartent en Serbie pour y fonder, à Baijna Bashta, un orphelinat destiné aux enfants victimes de la guerre. Si Vera n’a alors encore que 39 ans, sa compagne en a 52. Evelina meurt d’une pneumonie en Serbie dans l’orphelinat qu’elle vient de fonder.
Après la mort d’Evelina, qui déclenche le versement d’une rente annuelle de 50£ à Vera, celle-ci rentre en Angleterre et ressent le besoin de vivre avec Margaret Greenless et Margaret Ker, deux amies qui ont partagé les moments forts de sa vie : l’engagement dans le mouvement des suffragettes, l’expérience du front en Serbie, le service dans l’Hôpital des Femmes d’Écosse. Elle ne retourne en Serbie qu’en 1934, mais elle n’oublie pas cette phase importante de sa vie.
Qu’a-t-elle fait entre 1919 et la date de sa mort en 1969 ? Je n’en sais pas grand-chose, car la connaissance de la vie de Vera est très liée à d’autres parcours : celui plus aristocratique de sa compagne et celui, plus politique, de la WSPU. Ce mouvement s’est dissout en 1917 et 1919 est la date de la mort d’Evelina. C’est aussi en 1919 que les femmes britanniques ont obtenu le droit de vote.
J’ai cependant découvert qu’elle a repris sa carrière artistique et que dans les années 1920, elle a beaucoup fréquenté la scène du Barn Theatre, dans le Kent. Ce théâtre était dirigé par Edith Craig, l’amie de Vera Holme et aussi notoirement lesbienne et activiste féministe.
Pour le reste, sa vie est retombée dans l’obscurité des vies pas forcément ordinaires mais sans traces comme des millions d’autres. Un enregistrement radiodiffusé en 1941, dont il ne reste aucune trace audio, est la dernière piste. Elle y témoignait de son engagement en tant que suffragette.
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