Pour autant, Violet reste à la recherche de l’amour et en 1923, remise de sa passion tourmentée, elle fait la rencontre à Paris de la Princesse de Polignac, plus connue aux États-Unis sous le nom de Winnaretta Singer (l’héritière de l’industriel célèbre pour sa machine à coudre), dont elle devint l’une des maîtresses jusqu’à leur séparation en 1927 – beaucoup moins houleuse cette fois-ci.
En fait, tout en semblant mener une vie « socialement acceptable » en façade, pour contenter sa mère, elle ne changea rien à sa vie privée qu’elle menait librement, mais discrètement. Elle se mit également à publier six romans, entre 1929 et 1941, dont trois rédigés en anglais et trois en français. L’un d’eux est un roman à clef qui revient sur sa liaison avec Vita : Broderie Anglaise (1935). Elle écrivit aussi une autobiographie, mais très discrète, dont le titre – ironique – est Don’t Look Around. En fait, ce sont surtout ses lettres qui permettent de mieux la connaître et elles ne furent publiées que 17 ans après sa mort en 1989.
À la mort de Denys Trefusis, Violet ne se remaria pas et elle resta la plupart du temps en France. Elle reçut à la fin des années 1920, en élégant cadeau de rupture de la Princesse de Polignac, une vieille Tour médiévale en ruines qu’elle fit restaurer (à Saint-Loup de Naud) et dans laquelle elle put s’installer en 1940, avant de quitter la France pour militer aux côtés du Général De Gaulle (et devenir ainsi une des voix de la « France libre » sur la BBC), à Londres. Si elle reprit alors contact épistolaire avec Vita à cette époque, les femmes ne se revirent pas :
Il est exclu que nous reprenions des relations aimables, simplettes, naïves, puériles, car elles risqueraient de se transformer à nouveau en liaison amoureuse passionnée.
En Angleterre, Violet se fait représenter par le peintre Derek Hill en 1945.
En 1947, après la guerre et surtout la mort d’Alice Keppel, Violet s’installa en Italie, dans la grande villa de Toscane que sa mère avait achetée en 1924 avec vue sur Florence, tout en continuant à voyager à Paris où elle possède un appartement ou à Saint-Loup. Elle reçoit de très nombreuses visites et prodigue ses conseils. Elle restait une femme très séduisante à l’esprit vif qui séduisait aussi bien les hommes que les femmes selon de très nombreux témoins. De sa vie mondaine, on conserve des photos pour lesquelles visiblement elle pose avec une certaine complaisance.
Et Vita ne l’avait pas oubliée. Voici ce qu’elle lui écrivait encore le 3 septembre 1950 :
« Je pense qu’il y a entre nous quelque chose d’indestructible, tu ne crois pas ?… Des liens noués dans l’enfance et dans notre passion ultérieure, tels qu’aucune de nous deux ne pourraient en avoir de semblables avec qui que ce soit. C’a été une étrange relation que la nôtre : malheureuse parfois, et parfois heureuse, mais unique à sa manière et infiniment précieuse à mes yeux et (puis-je le dire ?) aux tiens…
« Le temps semble n’avoir rien changé. C’est une espèce de lettre d’amour que je t’écris. N’est-il pas étrange que je t’écrive une lettre d’amour après tant d’années – alors que nous nous en sommes écrites déjà tellement ! »
Elle mourut le 29 février 1972 en Italie, à l’issue d’une vie fort épique, et ses cendres reposent en partie à Florence et en partie à Saint-Loup. Voici une des dernières photos d’elle dont on dispose. Elle pose dans sa chambre en 1969.
Ce qui frappe dans son histoire, c’est son absence totale de culpabilité et sa grande vitalité. Sous des airs de bourgeoise snob et distinguée, se cache une nature passionnée – un peu hystérique, un peu chaotique, voire un peu psychotique (en tout cas, une sacrée peste), mais assez attachante. Elle aime Vita comme une maîtresse aime son Seigneur. Elle donne du pouvoir et de la force à Vita à condition que celle-ci soit sous sa seule influence. Elle est prête à beaucoup de sacrifices, mais à condition d’avoir l’exclusivité. Ce n’est pas une généreuse, mais une jalouse, possessive, intrusive. Elle déteste la famille, les enfants de Vita, le confort bourgeois du couple si cela doit la priver de ce qu’elle veut. Elle aspire à un monde idéal. Certes, elle échoue, mais elle a vécu une grande histoire qui a défrayé la chronique et qui l’a accompagnée de son enfance jusqu’à sa mort sans doute. Pour beaucoup de critiques, elle a écrit quelques-unes des plus belles lettres d’amour lesbiennes…
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