Violet Trefusis ou l’audace de l’amour à tout prix

Violet Trefusis

Violet Trefusis est un personnage haut en couleur. Cette Anglaise, née à Londres le 6 juin 1894 (sous le long règne de Victoria), est d’abord la fille de celle qui va devenir la maîtresse du futur roi d’Angleterre et qu’il faut bien se résoudre à appeler une demi-mondaine. Ce côté de la parenté est sûr. Violet est bien la fille d’Alice Keppel – qui est elle-même la fille d’un baronet et d’un amiral en retraite de la Royal Navy. En revanche, George Keppel, l’époux d’Alice, n’est à l’évidence pas son père. Alice a alors de très nombreux amants et il semblerait que le géniteur de Violet soit plutôt un riche banquier (William Beckett) plutôt qu’un comte sans terre et désargenté. Voilà donc notre héroïne de la semaine née dans un foyer bien original et même sulfureux pour la stricte société victorienne qui corsète tant les femmes !

Violet est chérie par sa mère qui pose à de très nombreuses reprises avec sa fille comme en témoigne le cliché suivant conservé à la National Portrait Gallery de Londres.

Violet Trefusis

Sur le portrait ovale suivant, qui était monté en camé et qui pouvait être pendu à un collier, on reconnaît à nouveau le visage de la petite fille. On la devine choyée. Mme Keppel gâte beaucoup sa seule fille, non pas tellement par des transports d’amour débordant, mais par des petits cadeaux.

Violet Trefusis

La petite fille grandit comme une petite princesse à Portman Square et elle est confiée aux bons soins éducatifs d’une gouvernante comme toutes les petites filles de la bonne société. Lorsqu’elle a 4 ans, sa mère devient la favorite du Prince de Galles, héritier de la Couronne, ce qui lui donne accès à une société très privilégiée mais l’éloigne aussi de sa mère. Une petite sœur naît en 1900. Elle a 6 ans d’écart avec Violet qui ne partage pas grand-chose avec elle. Violet se réfugie semble-t-il dans un monde imaginaire très romanesque. Elle vit dans l’ombre de la relation de sa mère avec le futur roi d’Angleterre, dans un monde de conte de fées où tout est très confus et semble possible. Ses biographes disent qu’elle grandit dans un monde de conspirations feutrées (car Alice Keppel dérangeait), de crises de jalousie étouffées et dans les faux-semblants.

C’est à l’âge de 10 ans, en 1904, que Violet Keppel rencontre Vita Sackville-West, de deux ans son aînée. Violet fait alors sa rentrée dans l’école privée de Mlle Helen Wolff, située dans le cœur de Londres. C’est une enfant passionnée et ardente. Elle ose inviter Vita, alors plus âgée, qui semble alors taciturne et sauvage : c’est son premier caprice et son premier défi. Lorsque celle-ci accepte l’invitation et vient prendre le thé chez les Keppel, elle ne se doute pas du plaisir qu’en ressent la petite fille qui ne la lâche plus. Violet harcèle littéralement Vita de lettres. Elle veut se faire aimer de Vita et multiplie les exigences et les caprices. Toutes les deux sont horriblement snobs et connaissent frénétiquement toutes les répliques de Cyrano de Bergerac. Lorsqu’elles sont ensemble, elles s’enferment dans un monde imaginaire romantique et héroïque.

En mai 1908, lors d’un voyage en Italie, Violet déclare sa flamme à Vita et lui offre en gage une bague en pierre de lave du XVe siècle qu’elle avait obtenue d’un antiquaire. Est-ce de l’amour ou est-ce pour faire barrage à la passion de Rosamund Grosvenor pour Vita ? Rosamund est également du voyage en Italie et elle est aussi une élève du cours privé de Mlle Wolff à Londres.

Mais Violet n’est qu’une gamine : elle n’a que 14 ans, Rosamund en a 12 et Vita en a 16. Les trois jeunes filles se séparent et rentrent chez elles. Violet espère. Rosamund est jalouse. Vita triomphe. Mais, ce n’est pas ce qui compte. La mort de son grand-père, le second Lord de Sackville, place la mère de Vita dans une situation délicate et Vita qui est très attachée au château de Knole craint de s’en voir dépossédée au profit de son oncle, Henry. Ce n’est qu’en 1910, à l’issue d’un long procès, que les parents de Vita sont reconnus les héritiers et nouveaux propriétaires du château de Knole et que se clôt une période d’inquiétude. Mais, c’est alors que surgissent les ennuis pour Violet. En 1910, le roi Édouard VII meurt, ce qui fait d’Alice Keppel une officieuse veuve, totalement anéantie. Pour se soustraire à la curiosité et par bienséance, Mme Keppel décide d’emmener ses deux filles, Violet et Sonia, loin de l’Angleterre. Les Keppel vendent leur maison de Portman Square et s’installent dans la maison de Sir Thomas Lipton à Dambattene, au milieu de plantations de thé, à Ceylan. Avant de partir, Violet veut dire au revoir à Vita et a l’audace de l’embrasser sur la bouche. Elle essaie aussi de convaincre son amie de venir avec elle à Ceylan, mais la mère de Vita refuse. Violet s’inquiète aussitôt : elle n’a que 16 ans, Vita en a 18 et Mme Sackville-West fait tout pour marier sa fille au diplomate Harold Nicolson. Elle la prie de ne pas se marier en son absence. Qui dura jusqu’en 1912…

Voici ce qu’elle écrivit le 8 octobre 1910 à Vita :

« Voyons, tu me demandes à brule-pourpoint pourquoi je t’aime et tu me défies de trouver une explication. Pas malin à trouver l’explication. J’aime, Vita, parce que j’ai dû tant batailler pour t’avoir, pour surmonter cet orgueil satané qui criblait de flèches tout élan de tendresse qui pouvait venir de la part d’une étrangère. Je t’aime, Vita, parce que tu n’as jamais voulu me rendre ma bague ; je t’aime parce que tu n’as jamais voulu céder en quoi que ce soit… Je t’aime parce que tu ne ressembles pas à toutes ces pimbêches qui me font la cour ; je t’aime pour ta belle intelligence, pour tes aspirations littéraires, pour la coquetterie inconsciente ( ?) que tu mets dans la moindre de tes actions ; je t’aime parce que tu n’as pas l’air de t’en douter ! J’aime en toi ce qui est en moi, c’est-à-dire : l’imagination, le don des langues (hum, notre modestie !), le bon goût, l’intuition, et une foule d’autres choses que je n’ai pas le temps d’énumérer. […] Je t’aime, Vita, parce que j’ai vu ton âme qui me regardait par la fente de tes yeux !… »

Mais, le danger vient aussi de Rosamund avec qui Vita commence une liaison en été 1911. Et surtout, Harold fait sa demande en mariage à Vita en 1912 – demande qu’elle finit par accepter. Sur le cliché suivant, datant de 1913, on voit de gauche à droite : Harold Nicolson, Vita, Rosamund et le père de Vita.

Violet Trefusis

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