The Real Girl’s Guide to Everything Else : Interview de la créatrice de la webserie, Carmen Elena Mitchell

Carmen Elena Mitchell - The Real Girl’s Guide

Interview accordée à Karman Kregloe le 19 mars 2010 pour le site Afterellen.com

Cette semaine, le dernier épisode de la courte webserie The Real Girl’s Guide to Everything Else sera diffusé. La créatrice Carmen Elena Mitchell a pris le temps de répondre à nos questions sur l’origine de la série, les acteurs, et les avantages de la production sur Internet par rapport à la télévision.

Quelle est l’histoire à l’origine de The Real Girl’s Guide ? Comment en êtes-vous arrivée à cette webserie ?

Je suis typiquement le genre de personne qui achète le New Yorker à l’aéroport et puis qui, finalement, se retrouve plongée dans la comédie sentimentale pour filles ultra-prévisible diffusée dans l’avion. Et puis, je me dis « Mais pourquoi est-ce que j’ai fait ça ? ». Cette webserie vient donc du fait de vouloir raconter une autre histoire que celle de « la femme blanche désespérée, obsédée par les chaussures, dans la course folle au petit-ami afin de pouvoir procréer avant la ménopause ».

Je voulais voir une histoire de femmes qui n’essaieraient pas de soigner leurs histoires d’amour ratées en achetant des chaussures hors de prix, je voulais voir des femmes qui lisent des livres (en dehors des livres romantiques et de développement personnel). Je voulais voir une histoire avec des lesbiennes et des femmes de couleur. Je voulais voir une histoire de femmes qui portent des sous-vêtements en coton, qui font leurs courses à PaylessShoeSource et pour qui le but ultime de la vie n’est pas le mariage.

En regardant la webserie, je ne pouvais pas m’empêcher de voir The Real Girl’s Guide comme un Sex and the City avec une sensibilité lesbienne/féministe. La webserie s’inspire-t-elle de cette série ?

La webserie s’inspire et répond à cette série. Rasha, Vanna, Sydney et Angie sont toutes librement inspirées de Carrie, Samantha, Miranda et Charlotte de Sex and the City. Je crois que je me suis demandée « Si ces femmes étaient réelles (si elles étaient mes amies), qui seraient-elles ? ». Elles auraient des origines diverses, seraient passionnées, hilarantes, fortes, intellectuelles, bosseuses, maladroites, avec de fortes opinions, homos et hétéros. Elles discuteraient toutes les semaines d’autre chose que de relations amoureuses et de shopping. C’était comme jouer au jeu du « et si ? ».

De plus, que se passerait-il SI nous n’étions pas si effrayés du mot commençant pas F (féminisme) ? Et si c’était une discussion comme une autre ? Et si l’on supposait juste que ce soit une bonne chose et quelque chose à glorifier plutôt qu’un mot à utiliser avec prudence ?

Vous avez d’excellents acteurs. Pouvez-vous nous parler un peu de chacun d’eux ?

Eh bien, Reena Dutt (Sydney) et Jennifer Weaver (Liz) sont toutes les deux productrices de The Real Girl’s Guide et ce sont également des actrices avec un talent phénoménal. Ce projet n’aurait pas abouti sans leur soutien, leur imagination et leur travail incroyables. En réalité, j’ai écrit Sydney et Liz spécifiquement pour elles.

Reena, comme Sydney, est complètement folle et ne mâche pas ses mots, mais c’est également une super pro qui a travaillé avec les meilleurs (dont Albert Brooks, Kelsey Grammer, Patricia Arquette et Henry Winkler). Son CV cinématographique inclut également le festival de New-York Mark Taper Forum, la compagnie du National Asian American Theatre, le festival New-York Fringe et le Here! Arts.

Jennifer Weaver, tout comme Liz, est une femme passionnée et acharnée. Elle a récemment joué Mona dans Kill me Deadly produit par le Théâtre de NOTE ; cette pièce s’est jouée à guichets fermés. Récemment, elle a été à la télévision dans Stupidface sur Fuel TV et elle a joué dans le court-métrage diffusé à Cannes, Magdalene, réalisé par Rebecca Cremona, la gagnante du prix de la Guilde des Réalisateurs d’Amérique.

Robin Daléa (Rasha) est la seule actrice avec qui nous n’avions jamais travaillé auparavant, mais nous sommes tous immédiatement tombés sous son charme à l’instant-même où elle est entrée dans la pièce pour auditionner ! Robin est à la fois une comédienne new-yorkaise expérimentée et également une actrice qui a remporté des prix à la télé. Elle apparaît dans F.B.I. Portés Disparus, Ce que j’aime Chez Toi, et dans le drame médical de Jerry Bruckheimer qui sera diffusé à partir du 2 avril sur CBS, Miami Medical.

Nikki Brown (Vanna), en plus d’être une actrice fabuleuse, est également productrice/réalisatrice. Actuellement, elle produit (et joue dans) la webserie qui sortira bientôt : Sheroes. C’est une comédie qui parle de quatre femmes qui découvrent qu’elles ont des superpouvoirs. Elle possède également sa propre société de production, Rizen Routez Productions et elle réalisera un court thriller, Turn Off the Dark, cet automne.

Bruno Olivier (« Big ») est mon voisin d’à-côté ! Il participe souvent à Serial Killers de SacredFools. Il est apparut à la télé dans Dr. House, Mad Men et Modern Family.

Quant à moi, je suis dans la comédie depuis que je suis petite. Je suis obsédée par le jeu depuis mes sept ans, j’ai joué sur les scènes de Chicago, Londres, Seattle et Los Angeles. Récemment, je suis apparue dans les courts-métrages Rations et Who Could Ask for More ? et je joue aussi dans le court-métrage Evidence, que j’ai également écrit et produit.

Pouvez-vous partager avec nous des anecdotes mémorables de tournage ?

Nous étions comme des enfants de cinq ans qui auraient mangé trop de sucre. Entre les prises, nous faisions toujours tout un tas d’idioties. À un moment, Nikki Brown a commencé à imiter une grand-mère mal embouchée. Dès qu’Heather de Michele (notre directrice) criait « coupez », Vanna disparaissait et la grand-mère arrivait et donnait des conseils, dont personne ne voulait, à tout le monde. C’était tellement bidon et hilarant. Et j’ai même fini par intégrer la grand-mère dans une publicité que nous avons faite pour la webserie il y a quelques mois.

Mais je crois que l’un de mes moments préférés est lorsque notre réalisatrice, Heather de Michele, en plein milieu du tournage, a eu l’idée d’utiliser les légumes que Liz coupait dans la cuisine (épisode deux) pour faire des enchiladas pour tout le monde. Donc, entre les prises, elle vérifiait la nourriture, faisait des remarques aux acteurs, ajoutait une pincée de sel, faisait attention à ce que personne ne touche accidentellement le four, ajustait le feu, elle était en mode Martha Stewart détendue. Et elle a géré ça à la perfection parce que nous avons pu finir de tourner dans les temps et nous avons eu ces fabuleuses enchiladas pour le dîner.

Dans le passé vous étiez plutôt dramaturgie et fiction, comment en êtes-vous arrivée à écrire le scénario de The Real Girl’s Guide ?

Toute ma vie, j’ai écrit différentes choses. Au lycée, c’était de la poésie, puis de courtes histoires et puis des romans. Lorsque j’ai déménagé à Los Angeles, tous ceux que je rencontrais écrivaient un scénario. J’avais un petit côté rebelle donc je me suis battue pour ne pas suivre le mouvement.

Mais en 2006, j’ai été invitée pour faire partie de ce projet de film collaboratif et cela m’a ouvert les yeux sur une toute nouvelle façon de conter des histoires. Les auteurs de romans ont tendance à travailler leur écriture indéfiniment. Vous pouvez travailler sur une histoire de dix pages pendant des années et personne, en dehors de votre groupe d’écrivains, ne le verra. Même lorsque c’est publié, votre public est généralement assez petit et restreint à un type de personnes.

J’ai eu l’idée de The Real Girl’s Guide à l’été 2008. Nous étions dans la dernière partie des élections présidentielles, la proposition 8 était au vote, le film Sex and the City venait juste de sortir, c’était le moment parfait. Je connaissais un gars qui avait eu un très grand succès dans le monde entier avec sa webserie. Je me suis dit « Je peux le faire ! ». Et peu importe ce qu’il advient, au moins je pourrais partager mon histoire plutôt que d’attendre qu’on m’en donne la permission.

Quelle est la suite pour The Real Girl’s Guide ? Y aura-t-il une saison deux ?

Actuellement, nous avons une seconde saison de dix épisodes prête à être tournée et nous sommes en train de collecter des fonds et de parler à des sponsors et investisseurs potentiels. Dans la saison deux, nous apprenons vraiment à connaître Vanna, Angie et Sydney et parlons de débats tels que l’égalité au mariage et la sexualité d’une manière très étrange. Ah, et il y a des chansons ! Et des chiens !

Et quel futur se présente à vous et à Off-Chance Productions ?

En plus de la saison deux de The Real Girl’s Guide, nous avons près d’une demi-douzaine d’autres projets à différents niveaux de développement, dont la première pièce au monde jouée uniquement par une femme : Shaheed : The Dream and Death of Benazir Bhutto. Cette pièce est écrite et jouée par Anna Khaja (Aliyah dans l’épisode cinq de The Real Girl’s Guide) et réalisée par Heather de Michele. Elle se jouera du 30 avril au 22 mai aux studios Stephanie Fuery à Los Angeles. Nous avons un autre court-métrage(écrit par Luis Reyes), pour l’instant en post-production, que j’ai réalisé : Eat, Dream, Play, S-t, Die.

Nous préparons également un long-métrage (avec Jen Weaver, Reena Dutt et Carla Tassara) et un court-métrage basé sur une histoire de l’écrivain de science-fiction encensé par la critique, David Gerrold (écrit par Luis Reyes et réalisé par Steven Calcote). De plus, nous travaillons sur deux pièces pour le théâtre : The Limitations of Genetic Technology de Luis Reyes et Relay de Steven Calcote.

Quels sont les avantages et les dangers de la production pour le web ?

Les avantages sont que l’on touche un public international de tout niveau social et que l’on construit une base de fans vraiment attirés par ce que vous produisez. De plus, j’aime l’opportunité de poursuivre l’histoire via des sites interactifs et des vidéos bonus.

Honnêtement, je ne vois pas de dangers. Les gens n’arrêtent pas de me dire qu’il n’y a pas d’argent sur Internet. Mais y a-t-il jamais eu de l’argent pour les projets indépendants, multiculturels, activistes et menés par des femmes ?

Je crois que ce que nous pouvons faire en ligne (et que l’on ne peut pas vraiment faire ailleurs) c’est de montrer qu’il EXISTE une demande pour ces projets. Récemment, nous sommes allés dans un centre de diffusion des nouveaux médias où ils présentaient la dernière webserie financée par un studio. Le panel de spectateurs était entièrement constitué d’hommes blancs, les personnages de la série étaient des hommes blancs, et le contenu n’aurait pas pu être plus clair sur le public visé : une série d’actions enjôleuses sur des hommes blancs intelligents et sexys et des femmes facilement séduites.

Nous avons parlé du public à l’un des dirigeants après la diffusion et lui avons demandé s’ils avaient ne serait-ce que l’intention d’élargir le public visé et d’inclure des histoires centrées sur les femmes, les personnes de couleur, les LGBT, etc. Il nous a dit que, malheureusement, non « pas dans un futur proche ». Il a expliqué que, pour l’instant, ils avaient besoin de se lancer sur un « marché connu » et qu’ils devraient attendre l’avis marketing pour tenter un marché de niche.

Mon idée là-dessus (après m’être remise du fait que les femmes – soit 52% de la population – soit considérées comme une« niche ») c’est que peut-être nous ne devrions pas nous tourner vers cette source de financement. Faisons ça avec NPR et finançons notre série avec des dons de dix ou vingt dollars de la part de personnes qui croient en ce que nous faisons.

Dans ma théorie, toutes ces « niches » (les femmes, les gens de couleur, les LGBT) associées représentent la majorité des spectateurs, particulièrement en ligne. Parce que comme ces publics (pour la plus grande part) ne se voient pas représentés à la télé, ils vont sur Internet pour voir des séries qui les représentent.

Interview Originale sur le site Afterellen.com

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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