Trois Étoiles de Virginie Despentes (scénario), Nora Hamdi (dessin et couleurs)

Trois Étoiles de Virginie Despentes (scénario), Nora Hamdi (dessin et couleurs)

Titre Français : Trois Étoiles

Titre Original : Trois Étoiles

Auteur : Virginie Despentes (scénario), Nora Hamdi (dessin et couleurs)

Date de Sortie : 2002

Nationalité : Française

Genre : Bandes Dessinées & Comics

Nombre de Pages : 143 pages

Éditeur : Au Diable Vauvert (réédité aux Editions J’ai Lu)

ISBN : 978-2-290-03610-5

Trois Étoiles : Quatrième de Couverture

Trois filles, le viol, l’humiliation et la violence sociale.
Un scénario et des dialogues implacables signés Virginie Despentes.
Une tragédie moderne adaptée et mise en images par Nora Hamdi.

Trois Étoiles : Avis Personnel

Trois Etoiles est un objet bien étrange.
Peut-être parce qu’il réussit là où on ne l’attend pas. Ou au contraire là où on ne l’attend que trop.

Trois Etoiles, c’est l’histoire de trois filles tout droit sorties du monde despentesque.
Elles sont indépendantes, alors ce sont des garces. Elles sont court vêtues, alors ce sont des putes. Elles ne se laissent pas faire, alors ce sont des gouines. Et puis surtout elles assument leurs actes, même ceux que la société juge les plus vils : ce sont des salopes.
Et fières de l’être.
Bienvenue chez Despentes.
Bien entendu, tout n’est pas si simple. Derrière cette apparence de « même pas mal », il y a des blessures, des contraintes, de la violence et de l’amertume. Mais il y a aussi de la résistance, un instinct de survie prêt à tout renverser sur son passage, une force supérieure à l’humiliation et à la douleur, qui doit parfois – souvent – se nourrir de cette douleur même pour exister.
Ici, tous les thèmes chers à Despentes sont réunis. Ce sont ceux que l’on retrouve dans la plupart de ses œuvres : le viol, la prostitution, la pornographie, et la société qui respecte si bien ces codes et les érige à la fois en tabou et en commandement suprême.
Ici, comme dans la vraie vie, pas de pitié.
Mais ici, comme en vrai, l’instinct de survie l’emporte toujours sur la mort, quitte à devoir faire les plus douloureux sacrifices.
Sur ce point, Trois Etoilesrappelle d’ailleurs fortement Baise moi, le premier roman de Virginie Despentes. Comme dans ce roman, il s’agit aussi d’une histoire de filles, différentes certes mais dont les destins, en un laps de temps très court, deviendront inextricables.

Mais Trois Etoiles est avant tout un roman graphique.
Le changement de support peut être source du meilleur comme du pire, et ça n’est pas la première fois que Despentes se frotte aux adaptations puisque sur les quatre films tirés de son œuvre, deux l’ont été par ses soins. L’exercice de la BD est intéressant puisqu’il prive le scénariste de toutes plages descriptives – laissées au dessinateur – et ne lui permet que le dialogue. De ce côté-là pas de problème, les habitué-e-s retrouveront la plume de Despentes, notamment au début de sa carrière d’auteur : de sentences acérées en répliques amères, l’écriture est crue et mordante. Pourtant, Despentes a toujours ce talent incroyable pour prendre son lecteur totalement au dépourvu et glisser, précisément là où on ne l’attend pas, une phrase pleine d’une émotion d’autant plus bouleversante qu’elle détonne complètement avec le propos ambiant.
C’est davantage du graphique que peut venir la surprise. Il est franchement déconcertant, mais en même temps il colle terriblement bien à l’univers despentesque. Parce que le « beau » en est radicalement absent, que l’ambiance est sombre et tortueuse, et que le corps des personnages apparaît finalement comme aussi écorché que leur esprit. C’est percutant, mais le texte l’est aussi. Ca peut être rebutant, mais l’histoire peut l’être aussi.
La contrepartie évidemment, c’est que la lecture n’est pas forcément aisée. Le dessin est globalement assez désagréable et le déroulé de l’action est confus, souvent difficile à suivre, même pour les habitué-e-s des BD.
Alors il faut choisir : soit on estime que, vraiment, l’esthétique est trop abrupte pour être clairement comprise et appréciée ; soit on prend le parti que le graphique adopte précisément l’ambition littéraire du scénariste et que, non content de la représenter, il l’incarne pleinement en en devenant non plus seulement l’outil, mais mieux encore : la chair.
Roman illustré ou œuvre totale, il semble que ce soit finalement cela l’enjeu esthétique de Trois Etoiles.
Le reste est affaire de goût… C’était un pari audacieux, que l’on peut estimer réussi si l’on fait abstraction des éventuelles difficultés de lecture pour considérer la démarche générale des auteurs.

Trois Etoiles, c’est donc avant tout une histoire touchante autant qu’amère – dans la lignée des écrits de Despentes –  mais qui donne sérieusement à réfléchir.
Une œuvre à quatre mains, où les plumes se confondent plus qu’elles ne se complètent, dans une ambiance punk et underground.
Décidemment, elles sont douées ces chiennes savantes

Trois Étoiles : Extraits

Trois Etoiles - Virginie Despentes

A propos de Julia Clieuterpe

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Chroniqueuse occasionnelle

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