Much More Pussy !

ou les tribulations sexuelles d’une troupe de performeuses qui n’ont pas froid aux yeux… (ni ailleurs !)

Affiche : Much More Pussy !

Année de Production : 2010

Réalisation : Emilie Jouvet

Scénario : Wendy Delorme, Emilie Jouvet

Avec : Wendy Delorme (elle-même), Mad Kate (elle-même), Sadie Lune (elle-même), Metzgerei (elle-même), Judy Minx (elle-même), Madison Young (elle-même)

Nationalité : Française

Genre : Documentaire

Durée : 1h 40min.

Titre Original : Much More Pussy!

Much More Pussy ! : Résumé

Much More Pussy! est la version non censurée de Too Much Pussy! Feminist Sluts in The Queer X Show. Documentaire X diffusé pour la deuxième fois seulement en France, il dévoile le périple de sept performeuses pro sexe en tournée à travers l’Europe. Un road movie comme vous n’en avez assurément jamais vu.

Much More Pussy! est la version non censurée de Too Much Pussy! Feminist Sluts in The Queer X Show. Documentaire X diffusé pour la deuxième fois seulement en France, il dévoile le périple de sept performeuses pro sexe en tournée à travers l’Europe. Un road movie comme vous n’en avez assurément jamais vu.

L'avis d'Univers-L

Scénario/Réalisation
Casting
Lez/Bi Quantité
Lez/Bi Qualité

Résumé : Inclassable.

Note des lectrices : 4.55 ( 2 votes)
75

Lorsqu’Armelle de Cineffable, nous fait la présentation du documentaire juste avant sa projection, elle prend soin de nous éclairer sur deux points importants : 1/ elle souligne que l’idée de ce film, c’est de « sexe-poser », 2/ comme le titre l’indique, certaines pratiques borderline peuvent parfois paraître « too much ». Le décor est planté et nous voilà prévenues : amies fleurs bleues, passez votre chemin !
[Et des désertions, il y en aura eu le long de la route, puisqu’énormément de spectatrices ont fait le choix de partir avant la fin, choquées, outrées, sidérées ou tout simplement barbées.]

D’emblée, je me dois d’être honnête avec vous. Lorsque j’ai su que j’allais faire la critique de Much More Pussy, je me suis dit à moi-même : « Ma p’tite Mag, te voilà bien dans la merde… » Car avec mes vieux relans d’éducation chrétienne, mon côté prude et ma propension à être facilement choquée, je ne partais pas forcément avec les armes nécessaires, ni et surtout avec l’objectivité, le recul et l’ouverture d’esprit que cette œuvre allait requérir.
C’est donc avec une certaine appréhension que j’ai abordé le film. De même, la projection terminée, je me suis retrouvée face à un dilemme : par quelle face attaquer cet ovni, cet Everest ? En utilisant l’humour à outrance pour désamorcer et désacraliser ? En jouant les vierges effarouchées ? Je me retrouvais en terrain miné et inconnu…

Car pendant 1h40 on avait assisté à une déferlante de baise, de parties fines à deux ou en groupes, de représentations sur scène (puisqu’il s’agit bien là d’une tournée artistique), de chorégraphies réalisées en intérieur ou en extérieur (j’ai découvert à cette occasion un nouveau passe-temps au Père Lachaise), avec ou sans sextoys (mais presque toujours avec gants en latex pour l’hygiène). Du SM au bondage en passant par le scato, tous les extrêmes sont visités.
Et de mises en scène volontairement outrées en performances hautement maîtrisées, on navigue à vue entre surenchère et choc des images, entre glamour du burlesque et trash assumé. Avec cette volonté affichée de nous faire partager à la fois la scène, lieu de rencontre avec le public, mais surtout de nous plonger en immersion dans les coulisses où rien ou presque ne nous sera caché (d’autres diraient épargné !) Et en fil conducteur, les revendications pro sexe, le choix d’un féminisme radical et différent, la réappropriation de son corps et de ses fantasmes (ici les canons dictatoriaux de l’esthétique sont volontairement transcendés et les « bombasses siliconées imberbes » absentes), le dépassement de soi et de ses propres limites pour s’affranchir du carcan dans lequel notre bonne société hétéronormée nous maintient prisonnières, que nous en soyons conscientes ou non.

Il m’aura fallu du temps, j’avoue, pour saisir le message de cette œuvre. En cela, j’ai bien fait d’attendre deux jours plutôt que de me lancer tête baissée. Ainsi, je serais passée, je pense, à côté du sujet : les revendications féministes et le droit qu’a chacun(e) de s’inventer sa propre sexualité (du moment qu’il y a consentement, plaisir et épanouissement personnel). Et cette révélation, je l’ai eue en regardant le formidable documentaire consacré à Louis(e) de Ville cet après-midi. Celle qui se revendique lesbienne mais surtout queer (littéralement en anglais « anormale ») assume en effet à la perfection les différentes facettes dont ses personnages se parent. Elle revendique un féminisme, son féminisme, qui, s’il ne plaît pas à tous, a au moins le mérite d’exister et de faire entendre sa voix, et avoue sans détour se servir de ses « charmes », des artifices féminins qui lui plaisent tant aux godes ceinture taille XXL pour faire passer ses idées, au détour de mises en scène en apparence naïves mais jamais innocentes. Louis(e) de Ville, celle-là même qui, nous l’apprenons, fait justement partie de la petite famille des féministes pro sexe indépendantes et autoproduites aux côtés entre autres de Wendy Delorme et Émilie Jouvet : la boucle est bouclée.

En conclusion, ce film où gore et finesse se côtoient m’aura assurément retourné le cerveau et freiné, -du moins temporairement- ma tendance naturelle au manichéisme. Et si je reste choquée par la déferlante d’images ultra crues et sans fard, je n’en oublie pas pour autant la finesse qui s’en dégage parfois, au détour d’un débat d’idées et de confidences entre les protagonistes ou d’un geste tendre après une performance torride. C’est là tout le paradoxe de cette œuvre.

Et si ça m’a fait réfléchir moi, (pour qui une blague de Toto est déjà limite cracra et subversive) je me dis que tout espoir n’est pas perdu pour les militantes fières féministes  et revendicatrices de voir leur discours entendu et de faire changer les mentalités.

Much More Pussy ! : Extraits

WENDY DELORME (écœurée car le spectacle pour lequel elles avaient fait dix heures de route est finalement écourté) : J’me suis foutu de la colle sur les nichons pour faire ce putain de show et je suis allergique à cette colle. Ce mec va me payer mon dermato !

LES PERFORMEUSES (toutes mes excuses, mais dans le noir, difficile de noter les noms de chacune) :

C’est notre devoir en tant que féministes de ne pas culpabiliser à propos de nos fantasmes.
(…)
Ce n’est pas parce que beaucoup de femmes fantasment sur le viol que ça rend le VRAI viol acceptable. (Dans le van, alors qu’elles débattent sur les fantasmes)

Je suis une salope… Je veux te sucer. Viens voir ma chatte ! (Dans les rues de Paris, en distribuant des tracts, elles haranguent les passants en français)

JUDY MINX (je crois) : Si tu n’aimes pas le porno qu’on te propose, fais le tien. Tu ne peux pas empêcher les gens d’être excités par des choses que tu n’aimes pas, mais tu peux trouver ce que tu aimes toi.

A propos de Magali Pumpkin

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