Interview accordée à Elaine Atwell le 28 juillet 2014 pour le site Afterellen.com
Kristin Bauer van Straten a été l’une des meilleures raisons de suivre les sept saisons de True Blood. Son personnage, Pamela Swynford de Beaufort, est une vampire homosexuelle avec un penchant pour l’humour pince-sans-rire, les tenues inspirées du bondage et le sang de tous ceux qui osent croiser son chemin. Dans la vraie vie, Kristin n’en est pas moins franche et attachante (elle a fait du bruit lors du Comic-Con en critiquant Sarah Palin) et elle nous a parlé de ses adieux à la série.
Vous avez terminé de tourner la série il y a quelques semaines, qu’est-ce que ça fait d’en avoir fini ?
C’est très irréel. Ces derniers mois j’ai eu des scènes avec différentes personnes et j’ai réalisé que c’étaient les dernières scènes, la dernière table ronde, et puis ce fut le dernier jour de tournage. Ensuite nous sommes allés faire la promo de la saison et puis j’ai parlé aux journalistes. La répartition des événements promotionnels dans l’année aide parce que j’ai pu dire « on vous verra à la fête de fin de série ! » ou « on se voit au Comic-Con ! » Mais plusieurs fois j’ai rencontré des gens – j’ai rencontré Ryan Kwanten (ndlt : l’interprète de Jason Stakehouse) pendant la promo et je lui ai dit « Ok, bon, on se voit au Comic-Con » et il a dit « Ouais, mais je n’y vais pas », j’ai répondu « Ah, donc je te vois… quand ? » et on a tous les deux haussé les épaules, c’était tellement surréaliste.
Oui, sept saisons, c’est long. Ça a duré un bout de temps.
En fait, je crois qu’on a du mal à réaliser parce que là, en ce moment, on serait en pause entre deux saisons.
Donc, c’est un peu comme si vous partiez en vacances d’été alors qu’en réalité vous êtes diplômée.
Oui ! C’est exactement ça. Je le dis depuis des années, nous sommes comme des enfants avec des vacances scolaires. Mais oui, maintenant nous sommes diplômés et nous avançons vers l’inconnu.
Qu’est-ce qui vous manquera le plus à votre avis ?
Le plateau va me manquer. C’est vraiment mon truc préféré dans le métier d’acteur. Je suis une nomade et j’aime vraiment vivre sur ce plateau avec cette famille, certes dysfonctionnelle, mais choisie. Ces gens-là sont juste exceptionnels et je les connais si bien. Ils m’acceptent malgré tous mes défauts, mes choix et ma vision des choses. Et non seulement on s’accepte les uns les autres, mais on s’aime et l’on se soutient ; nous partageons de forts sentiments familiaux avec tout ce que cela signifie pour une famille choisie. Parce que, parfois, avec notre famille de sang, si l’on est chanceux, on se comprend, et l’on s’accepte les uns les autres jusqu’à un certain point, mais il y a toujours beaucoup d’histoires. Alors que cette famille-ci me paie pour mon trait de caractère le plus désagréable, mon franc-parler ! Ils trouvent mon franc-parler amusant ! Ils s’en amusent vraiment. Donc, il existe réellement cet amour inconditionnel et cette acceptation sur ce plateau, ce que vous n’obtenez d’habitude que de votre chien.
Oui, c’est dur de quitter votre prétendue famille. Et je ne dis pas « prétendue » de façon désobligeante, je veux dire les gens avec qui vous jouez. Mais vous laissez aussi Pam, avec qui, je suis sûre, vous êtes devenue très proche, à votre façon. Vous avez dit que Pam et vous aviez le franc-parler en commun. Pensez-vous avoir pris quelque chose de Pam pendant ces sept ans ?
Je crois que oui et j’aurais aimé prendre plus. J’admire réellement son manque d’intérêt quant au fait d’être aimé. Je crois que c’est l’une des choses les plus dures pour moi, et pour les humains en général, [parce que] je n’aime vraiment pas contrarier les gens alors qu’elle, elle se moque complètement de dire la vérité. Parce qu’en réalité, elle n’est pas excessivement vicieuse ou franche, elle dit simplement la vérité, peu importe ce qu’elle est. Je crois que c’est pour ça qu’elle est drôle : parce qu’elle dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas. J’aimerais pouvoir être aussi bien dans mes baskets. Je crois que les gens gagnent cette capacité le temps d’une vie. Les vampires ont juste plusieurs vies.
Et bien, je viens justement de regarder scrupuleusement True Blood depuis le début et Pam est l’un des personnages qui grandit le plus : au début c’est un personnage que l’on aime et sur qui l’on peut compter pour sortir la réplique qui tue et dans les deux dernières saisons vous avez eu l’occasion de jouer toute une palette d’émotions. On la voit vulnérable, en particulier avec Eric. Selon vous comment a-t-elle évolué, elle, de manière générale, et dans sa relation avec Eric de façon plus précise ?
En tant qu’actrice, j’ai l’impression que Pam a énormément évolué au fur et à mesure que l’on apprenait à la connaître. C’est vraiment une dure à cuire et à partir de la saison trois on commence à voir à quel point elle est vulnérable vis-à-vis d’Eric. J’ai toujours dit : « on a tous quelqu’un ». Les personnes les plus fortes que l’on connaisse, les abruti(e) s les plus désagréables que l’on connaisse, ont un(e) époux (se). Eric est sa personne à elle. Au fur et à mesure que l’on découvre ses flashbacks et sa création, on comprend pourquoi, et dans la saison sept, Pam choisit Eric par-dessus tout. Maintenant qu’il est contaminé par l’Hep-V ça va sûrement être la saison où elle sera la plus vulnérable, parce qu’elle pourrait vraiment le perdre. En tant qu’actrice, ça a été une énorme chance de pouvoir jouer cette situation désespérée. Et ça a également été si linéaire et clair pour moi et Pam au fil des années. Vous savez, elle est restée très cohérente, nous avons juste appris à la connaître de mieux en mieux. Mais dans cette saison, de par les circonstances, elle doit aller chercher en elle une force qu’on ne lui connaît pas encore, et on lui découvrira également une grande vulnérabilité.
Les deux derniers épisodes diffusés ont été, pour moi, parmi les plus forts de toute la série. Et vous avez un grand rôle dedans.
Je sais, je me suis dit la même chose en voyant l’épisode quatre. Je me suis dit « Woah ! Il y a l’essence même de chaque personnage dans cet épisode ». Et la même chose pour l’épisode de la semaine dernière.
Oui, c’était génial. Je dois dire que j’étais triste – et je sais que beaucoup de mes lecteurs étaient tristes – à la fois à cause de la mort de Tara et aussi parce qu’après la construction très naturelle et élégante de la relation entre Pam et Tara, cela n’a, en fin de compte, pas abouti à grand-chose. J’ai parlé à Angela Robinson la semaine dernière et elle m’a dit que vous aviez tourné une scène dans laquelle vous pleuriez la mort de Tara. Qu’avez-vous pensé de la façon dont cette histoire s’est finie ?
C’est intéressant qu’Angela vous ait dit que nous avions tourné cette scène. Nous avons réellement tourné une scène avec beaucoup d’émotion suite à la mort de Tara, mais je crois que les monteurs doivent gérer beaucoup de choses que les acteurs ignorent, et l’une d’entre elles est la longueur des épisodes [rires]. Donc la réponse est peut-être là. Vous a-t-elle dit pourquoi cette scène a été coupée ?
Elle a dit que ça ne correspondait pas au ton et qu’ils voulaient passer à la recherche d’Eric, donc ils ont déplacé une scène de l’épisode deux à l’épisode un.
Ah, je me demandais pourquoi ils avaient fait ça également. C’est intéressant, parce que l’acteur a des questionnements différents des autres membres de l’équipe, nous devons juste nous occuper de notre domaine, Dieu merci. Mais eux, doivent penser à tellement d’autres choses. J’ai vraiment trouvé la relation que j’avais avec Tara et Rutina [ndlt : Rutina Wesley, l’interprète de Tara] super. Je n’ai pas eu beaucoup de relations en dehors d’Eric, et quand Rutina [Wesley] et moi avons réalisé que l’on travaillerait ensemble, nous ne nous connaissions pas du tout. Nous nous lancions juste des regards noirs dans les scènes. Vous savez, j’ai voulu la tuer pendant un an. Nous ne savions pas du tout si nous aimerions travailler ensemble ou pas, au final nous nous sommes tellement amusées. J’adore cette fille et j’adore cette relation. Cette année, il y a eu quelques autres personnes avec qui j’ai dû faire des scènes, mais l’équipe est tellement grande que c’est difficile de travailler avec tout le monde. Par exemple, Chris Bauer [ndlt : l’interprète d’Andy Bellefleur] et moi – les deux Bauer – faisons partie du peu de gens qui ne se sont jamais croisés. Mais j’ai adoré tout ce qu’ils ont écrit pour Rutina et moi.
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