Amazones de l’Arc-en-Ciel : Interview de l’auteure Fabienne Larrivière

Amazones de l'Arc-en-Ciel : Interview de l'auteure Fabienne Larrivière

Interview accordée à Isabelle B. Price le 27 Juin 2011 pour le site Univers-L.com

Pouvez-vous présenter votre parcours artistique et professionnel aux lectrices du site ?

A l’adolescence, j’ai écrit un recueil de poèmes : Premiers pas dans l’au-delà que je n’ai jamais édité où j’exprimais déjà mes amours au féminin, ma révolte face aux inégalités de ce monde, mon souci de protection de la Terre et donc, ma militance sociale et écologique. Comme quoi, il n’y a jamais de fumée sans feu !

Après des études de Lettres et de Photographie, j’ai voyagé (le plus souvent pour suivre mes coups de cœur) et exercé de nombreux jobs alimentaires : barmaid, animatrice, commerciale… ou plus en cohérence avec ma passion de l’image et des mots : photographe de presse, pigiste (Têtu, Lesbia, La Dixième Muse et autres revues locales), relations publiques, cadreuse, monteuse et réalisatrice vidéo pour le Ministère de l’agriculture puis dans différentes sociétés de production.

A partir de 1995, je me suis engagée dans la lutte contre les discriminations au sein de la Lesbian & Gay Pride de Montpellier. J’ai été présidente de l’association de 1999 à 2008.

Eté 2000 et 2001, j’ai organisé les “Sun Gay Party” le dimanche à la Dune, discothèque de la Grande-Motte, soirées où LGBT et hétéros s’amusaient en toute convivialité.

J’ai réalisé en 2001, un documentaire sur la visibilité homo depuis les années 70 : Les homos se reproduisent de bouche à oreille.

De 2002 à 2008, j’ai créé et géré le Cat’s Club, l’espace “No-techno” de la Villa Rouge, célèbre discothèque de Montpellier.

En 2006, j’ai édité à compte d’auteur un recueil de nouvelles : Carte du septième ciel puis en 2011, j’ai auto-édité mon roman Amazones de l’Arc-en-ciel et organisé ma première Nuit Amazones.

En 2008 pour les élections Européennes, j’ai rejoint l’équipe d’Europe-écologie en tant que coopératrice sans adhérer au parti. Consciente du discrédit du monde politique, j’ai cru que nous pourrions agir autrement comme ce mouvement le prônait à ses débuts. Malheureusement, les habitudes d’appareils ont repris le dessus sur la volonté première d’innover aussi, j’ai quitté ce mouvement en décembre 2010.

A présent, je me suis inscrite pour la Primaire de l’écologie dans le seul but de soutenir la candidature de Nicolas Hulot qui m’apparaît comme un nouvel espoir de faire de la politique autrement et le seul candidat apte à regagner la confiance perdue des électrices/électeurs.

Et je relance un projet d’Eco-centre artistique et culturel et de bien-être (yoga, taï-chi, médecines douces…) dans l’Hérault ou le Gard. S’il y a une agricultrice parmi les lectrices me contacter, nous en cherchons une !

Vous avez commencé par éditer un recueil de nouvelles qui a été bien accueilli par les critiques. Pouvez-vous nous en dire plus ?

J’ai mis du temps avant de passer le cap de l’édition, préférant vivre mes émotions sans prendre le temps de les décrire (ébauches de roman autobiographique, pièces de théâtre, scénario) et aussi, probablement par peur du regard des autres sur ma création. Avec l’âge, j’ai acquis la confiance nécessaire pour pouvoir me lancer.

A l’époque, je trouvais qu’il n’y avait pas assez d’écrits érotiques lesbiens et j’en avais marre d’entendre que les lesbiennes n’avaient pas vraiment de sexualité. J’ai eu l’idée d’écrire douze histoires en lien avec les signes astrologiques pour illustrer toute la diversité de notre sexualité. Je me suis inspirée de mon propre vécu, de mes fantasmes ou des histoires des copines.

J’ai envoyé mon manuscrit à une poignée de maison d’éditions identitaires ou pas qui l’ont refusé. J’étais pressée et j’avais les moyens de le financer, j’ai donc opté pour le compte d’auteur. Aujourd’hui, je déconseille vivement cette méthode, l’auto-édition étant nettement plus intéressante pour l’auteur comme pour ses lectrices/lecteurs.

Effectivement, l’accueil des critiques a été très favorable et m’a conforté dans l’idée que mon écriture intéressait et que je pouvais la partager.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans la folle écriture d’un roman de 364 pages ?

A vrai dire, au départ je ne savais pas que j’écrirais autant de pages. Ce n’est pas facile d’évaluer à l’avance jusqu’où l’écriture va nous conduire. La trame était simple et l’histoire aurait pu être plus courte. J’ai été la première surprise de constater le nombre de pages rédigées, d’autant plus que dans ma tête, la séquence du festival était seulement la première partie du roman. Mes trois héroïnes étant des femmes engagées, elles avaient de nombreux messages à exprimer. Quant aux  personnages secondaires elles ne manquaient pas non plus de densité et ont vite occupé de l’espace elles aussi. Et puis, les tourments de la passion amoureuse est un sujet inépuisable… en tout cas pour moi ! Au fur et à mesure, je me suis laissée emporter par ma plume.

Expliquez-nous la genèse de cette histoire. Pourquoi ce titre, Amazones de l’Arc-en-ciel ?

Le point de départ est un coup de foudre et ses conséquences parce que c’est une situation particulière de remise en question totale. Ce choix me permettait de favoriser la psychologie des personnages à l’intrigue du récit. Au fond, ce qui m’intéresse le plus ce sont les émotions qui nous font vibrer plus que nos actes. Ensuite, j’ai eu l’idée d’écrire une narration à trois voix afin que nous puissions avoir les différents points de vue des personnages. On a trop tendance à voir le monde de notre fenêtre sans se préoccuper de ce que l’autre ressent. Mes personnages se sont construits au fil du récit avec pour base commune leur engagement militant. Si certains auteurs inventent des univers ; moi, je préfère témoigner de ce que je connais ou vis.

Le titre s’est imposé par rapport à la personnalité des héroïnes. Les Amazones sont des femmes qui se rebellent contre le pouvoir patriarcal, ce sont des combattantes. Et actuellement, l’air de rien et malgré un machisme tenace, les Amazones se répandent sur toute la planète. Il suffit d’ouvrir les yeux pour le voir. Je pense que nous vivons une époque révolutionnaire dans le sens où tous nos acquis vont être remis en question, pour la simple et bonne raison qu’ils sont en train de nous conduire direct dans le mur. Bien sûr, les dirigeants porteurs de ses erreurs vont résister férocement… là encore, on le voit tous les jours. Personnellement, je l’interprète comme la dernière crispation d’un système agonisant.

Nous avons vécu des millénaires dans la soumission au principe masculin, l’urgence de notre Terre-Mère en danger et l’instinct de survie typiquement féminin sont notre seul espoir pour échapper au pire. Cette idée est défendue par un homme profondément écologiste : Pierre Rabhi dans le livre Graines de possibles où il affirme que le féminin est au coeur du changement.

Quant à l’Arc-en-ciel, qu’est-ce que c’est ? Hormis le drapeau des LGBT et de la paix ? Un mystérieux signe d’alliance divine ? Où tout simplement, le retour du soleil après la pluie ? Les symboles sont multiples, ils incarnent le renouveau et l’espérance, concepts nous faisant cruellement défaut, actuellement.

Finalement, ce titre résume parfaitement ma conviction que ce XXIème siècle sera féminin ou ne sera pas.

L’écriture de ce livre vous a pris de nombreuses années. Vous avez finalement choisi l’auto-édition. Pouvez-vous nous en dire plus sur vos difficultés ?

L’écriture en elle-même n’a pas été longue mais les corrections et les démarches d’édition m’ont pris énormément de temps. Avant d’opter pour l’auto-édition, alors que dès le début cette formule me convenait, j’ai tenté ma chance auprès de différentes maisons d’éditions… des plus grosses au plus alternatives sans toutefois contacter les éditrices/éditeurs identitaires. En effet, je ne souhaitais pas que mon manuscrit soit considéré exclusivement comme une histoire de lesbiennes mais plutôt comme le témoignages de militantes de ce XXIème siècle. Apparemment, il n’a pas été perçu comme tel puisqu’il a été recalé. Une homophobie insidieuse persiste dans la culture et l’orientation sexuelle de mes personnages marginalise le roman bien que ses propos nous concernent toutes et tous. Lors de ma rencontre à la FNAC de Montpellier, une femme m’a demandé pourquoi j’avais choisi de raconter une histoire homosexuelle alors que je prétendais vouloir parler de femmes engagées. Elle a ajouté qu’en insérant une histoire hétérosexuelle à ma narration, sa diffusion aurait été plus large. Je lui ai répondu que je ne savais écrire que ce que je vivais, que 90% de la littérature étant hétéro on pouvait bien nous accorder les 10% restants. Après tout, nous sommes des êtres humains et nous avons aussi droit à la parole. De plus, mon récit correspondait à une réalité puisqu’il a été prouvé que les LGBT sont des personnes engagées (mouvements politiques, syndicats, associations…). On est encore très loin d’une réelle intégration républicaine.

Au final, l’auto-édition m’a permis de toucher différentes personnes, des femmes comme des hommes, des jeunes comme des plus âgé(e)s, des homos, bis, trans et hétéros, de toutes classes sociales et horizons divers… Et leurs retours de lecture majoritairement positifs m’ont fait oublier toutes les difficultés pour en arriver là. Etre une créatrice indépendante c’est un véritable combat que j’ai choisi parce que les succès en sont d’autant plus savoureux !

A propos de Isabelle B. Price

Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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