Geography Club : Interview des actrices Ally Maki et Nikki Blonsky

Geography Club

Interview accordée à Dana Piccoli le 12 Novembre 2013 pour le site Afterellen.com

Les actrices Ally Maki et Nikki Blonsky ont parlé avec AfterEllen.com de leur nouveau film, Geography Club, qui sort ce vendredi 15 novembre. Ally et Nikki jouent un couple de jeunes lesbiennes. Le film est centré sur Russell, un artiste et joueur de football qui trouve refuge dans le groupe gay secret de son école. Le film est tiré du roman pour ado écrit par Brent Hartinger, le premier livre de la série des Russell Middlebrook.

Votre personnage, Min, est un peu la morale du film adapté du livre très populaire Geography Club. Elle entre en contact avec Russ, le beau garçon dans le placard, non pas pour lui faire du chantage comme il le pensait à la base, mais pour lui offrir un endroit sûr. Elle est la dirigeante du club et fait de son mieux pour inclure les personnes et en protéger les membres. Puisque vous êtes dans sa peau depuis un moment, comment décrieriez-vous Min ?

ALLY MAKI : Comme vous l’avez dit, je crois que Min est une fille très têtue. Elle est très à l’aise avec qui elle est et sa sexualité. Elle sait ce qu’elle veut. Elle a une relation avec Terese, jouée par Nikki Blonsky, et elle est vraiment le fer de lance du Geography Club et de la création de ce groupe. J’ai l’impression que c’est vraiment le moteur de ce groupe. Le truc sur Min c’est qu’elle veut faire son coming-out et être out. Elle est tellement à l’aise dans sa peau, elle sait qui elle est et n’a vraiment pas honte de qui elle est, ce que je trouve vraiment admirable. C’est pourquoi c’était une expérience si incroyable pour moi.

C’est probablement l’un des rôles les plus durs que j’aie jamais joué mais également l’un des personnages les plus excitants et étonnamment familiers que j’aie joué. Parce que chacun ressent des insécurités au fond de soi. Ce que j’aime chez Min c’est qu’elle est un peu ce que j’aspire à être. Elle sait qui elle est en tant que personne, au niveau de sa sexualité, pour tout. Je trouve que c’est une qualité géniale que les enfants devraient voir et ils devraient se battre pour avoir ce mental.

Min a une petite-amie, Terese, jouée par Nikki Blonsky. Vous êtes vraiment adorables et douces ensemble. Je voulais que l’on voit plus de scènes entre vous deux. Comment était-ce de travailler avec Nikki ?

Oh, c’était super. Nikki est tellement gentille. Elle m’a appelée quelques jours avant que nous commencions à filmer. C’était tellement inattendu, elle était genre « Salut, c’est Nikki ! Nikki Blonsky. ». Et j’ai dit « Salut, comment ça va ? », et elle « Je voulais t’appeler et qu’on se mette en contact parce qu’on va faire ce film ensemble et je veux qu’on soit totalement à l’aise l’une avec l’autre ». On a été amies immédiatement et on s’est comprises en quelque sorte. C’était très… on a eu une espèce d’alchimie ! C’était tellement génial de travailler avec elle. Elle a rendu tout facile et agréable, donc il n’y a vraiment eu aucun malaise.

Je trouve ça vraiment mignon. Comme c’est adorable. Il faudra que je la taquine avec ça.

Oui, peut-être que c’était la new-yorkaise en elle qui parlait.

Nous ne sommes pas tous si gentils [rires].

[rires] Oui c’est vrai ! Mais j’ai l’impression que les new-yorkais sont vraiment francs. Ils sont comme ils sont. Vous savez qu’ils ne sont pas hypocrites.

Tellement de choses ont changé concernant les personnages homosexuels et leur visibilité. Il semblerait presque que l’on devienne des personnages comme les autres et plus seulement des personnages gays. En tant qu’actrice et en ayant travaillé dans cette industrie depuis quelques temps, quelle est votre opinion sur ce changement ?

Je suis complètement d’accord. Ce que j’aime avec ce film c’est que c’est un film pour ados mais les personnages cassent les stéréotypes. Même mon personnage : je ne suis pas l’asiatique intelligente typique. Vous n’avez pas l’homosexuel « folle » ou le super joueur de football qui tombe les filles. J’ai l’impression que ces personnages sont de vraies personnes et que vous les connaissez en profondeur et vous voyez à quoi ces ados font vraiment face. Beaucoup de films d’ados de nos jours font juste des blagues sur le sexe et ont des personnages très banals, ce qui est génial et cela me fait rire à chaque fois, mais je crois que ce qui est si particulier avec Geography Club c’est que vous voyez ces jeunes au-delà des stéréotypes des personnages. Ce sont de vrais gens, comme les gens qu’il y a au lycée.

Quels sont vos prochains projets Ally ?

En fait, je viens de tourner un épisode de 2 Broke Girls [l’épisode a été diffusé le 4 novembre] pour CBS. C’était l’opposé complet de Geography Club. J’ai joué l’amoureuse du personnage de Hans, mais je joue cette espèce de personnage fou donc c’était vraiment marrant. J’ai beaucoup travaillé sur ma chaîne Youtube pour y mettre des sketchs et un peu de musique.

Je parlais à votre co-star Ally, l’autre jour et elle m’a raconté une histoire très mignonne sur le fait que vous l’aviez appelée avant le tournage pour vous présenter et la faire se sentir à l’aise. J’ai trouvé ça super cool. Comment arrivez-vous à garder les pieds sur terre dans ce métier ?

NIKKI BLONSKY : Oh, vous êtes trop mignonne. Je dois dire que j’ai été très chanceuse. J’ai eu des parents vraiment géniaux qui m’ont bien ancrée dans le sol, et je mesure 1m 47 donc je ne peux pas vraiment décoller de terre [rires]. Je rigole, je rigole. Je sais d’où je viens et j’adore ce que je fais. J’aime être moi, aussi bizarre que cela puisse paraître pour une actrice qui interprète différentes personnes. Mais j’aime être moi et je ne changerais ça pour rien au monde.

Concernant Ally, c’était super. J’avais lu dans le scénario que nous nous embrassions et que nous nous touchions et tout le tintouin. Je l’ai appelée et je lui ai dit « Nous ferions mieux d’y aller à fond… parce que je ne fais pas les choses à moitié. Donc si nous nous embarquons là-dedans, il ne s’agit pas de deux femmes qui s’embrassent ou de deux hommes qui s’embrassent. Il s’agit de deux personnes amoureuses qui s’embrassent ». J’ai dit « Si tu es partante, allons-y. Si nous sommes en train de tourner et que tu veux m’embrasser sur la joue ou me toucher de quelque manière que ce soit… dans ce film lorsque les caméras tournent nous sommes petites-amies. Donc fais ce que tu ferais si j’étais ton homme ». Elle a répondu « Ok ! ». Lorsqu’on en est arrivées au tournage, c’était juste super cool. On s’est éclatées. Elle ne vous a pas dit ça : je suis arrivée sur place un peu après elle et nos mobile-homes étaient connectés, une porte reliait nos mobile-homes ! Je me suis dit « Oh, c’est un peu comme si on vivait ensemble » [rires].

[rires] Et bien, vous savez, les lesbiennes emménagent rapidement !

Je sais, c’est comme si en une nuit on avait emménagé ensemble. Nous nous sommes rencontrées, avons parlé, nous sommes embrassées et avons emménagé ensemble.

Nikki, on dit qu’on emporte son camion de déménagement.

Oui, j’en ai entendu parler, j’en ai entendu parler. Donc, Ally et moi avons carrément apporté nos camions de déménagement.

[rires] C’est super.

Dans le livre, le personnage de Terese est un petit peu différent. C’est une joueuse de foot plus musclée que futée. Dans le film, votre personnage dépote pas mal, c’est une musicienne gothique, ce que j’ai adoré. Est-ce que le rôle a été modifié pour que vous exprimiez vos talents de chanteuse ? Avez-vous ajouté quelque chose à ce personnage ?

Vous savez, je n’ai rien ajouté sur le foot ou le chant. Je ne pense pas qu’ils l’aient changé pour moi. Je pense que nous avons juste profité du fait que je sois musicienne et chanteuse. Je n’avais jamais touché une guitare de ma vie avant. Donc pendant deux jours, j’ai joué de la guitare jusqu’à ce que mes doigts en saignent, parce que j’étais déterminée. Je me disais, je joue cela ! Ça, ils ne le mettront pas en post-production ! Je voulais vraiment faire ça. Je pense que ce qu’ils ont fait pour que le rôle me corresponde mieux a été au niveau de la garde-robe. Il y a eu beaucoup de changements là-dessus, et c’était vraiment cool. Je veux dire, qui n’aimerait pas se balader avec un blouson en cuir avec des chaînes et des tresses africaines et tout déchirer ? Je me suis dit « C’est trop cool ! Je veux me balader comme ça tout le temps ». J’étais tellement à l’aise. La flanelle c’est merveilleux !

[rires]

Je n’avais jamais porté de flanelle, maintenant j’en veux. C’était tellement génial d’avoir une veste en cuir, des Doc Martens, avoir une guitare sur le dos. C’était trop bien.

On dirait moi à 16 ans. [rires]

Alors que le film se concentre sur Russ, un jeune homme gay, je trouve que le fait de vouloir s’assumer et être accepté est une lutte plutôt universelle. Pourquoi pensez-vous que tout public, hétéro, homo, vieux, jeune, devrait regarder Geography Club ?

Je pense que tout le monde devrait regarder Geography Club parce que c’est un film pour tout âge. C’est un film pour tout le monde, parce que tout le monde, à un moment donné, a été victime de harcèlement ou a été le harceleur. Lorsque vous y réfléchissez, vous pouvez vraiment prendre un moment et vous dire « Wahou, c’est ce qu’il se passe avec la génération actuelle ». Cela vous donnera un aperçu de la génération d’aujourd’hui, mais cela montrera aussi aux gens qu’en faisant ce film nous comprenons leur lutte avec le coming-out. Nous les comprenons entièrement et nous voulions être juste avec chaque personnage. Du temps de mes grands-parents, les hommes ne faisaient pas leur coming-out.

J’ai regardé cette émission l’autre jour où des hommes de presque 80 ans étaient en couple. Ça m’a tellement touchée, parce qu’ils étaient si contents de pouvoir enfin se marier et faire ce qu’ils veulent, être out et fiers. Je pense que ce film montre aux gens que nous comprenons et que nous voulons vous dépeindre avec la plus grande estime qui soit… mais nous voulons aussi que les personnes hétérosexuelles se retrouvent là-dedans.

Les personnes hétéros sont harcelées aussi. Il ne s’agit pas seulement du fait d’être homo, il s’agit du fait d’être harcelé et de faire partie de la génération actuelle. Vous êtes harcelé en cours, au travail. Je suis toujours harcelée sur Twitter et tout le reste. Où que vous alliez il y a du harcèlement. Si les gens pouvaient juste regarder le film et retenir un petit quelque chose, comme peut-être réfléchir avant de parler. Ma grand-mère m’a toujours dit « Si les gens se moquent de toi c’est parce qu’ils n’ont pas confiance en eux ». Si vous pouvez vous souvenir de ces deux choses alors vous profiterez du film et je pense qu’il vous touchera. Peut-être qu’il changera votre vision des choses.

Ally et moi en avons pas mal parlé mais, en tant qu’actrice, ces dernières années, avez-vous aperçu un changement envers une industrie du cinéma plus ouverte ?

Oui, j’ai vu un changement. Ce monde est vraiment intéressant. L’autre fois quelqu’un me demandait « Pensez-vous qu’Hollywood vous ait abandonnée ? », j’ai dit que non. C’est plutôt qu’Hollywood est comme une chambre d’enfant. Quand l’enfant a un nouveau jouet de papa et maman – c’est la même chose avec les célébrités qui arrivent sur le devant de la scène avec tous leurs trucs sexys – il veut jouer avec ce jouet tout le temps, ok. Et puis l’enfant se lasse de ce jouet et le jouet tombe dans l’oubli. Peut-être qu’ils en auront un autre avec lequel jouer. Ça continue d’évoluer. Le cycle continue. Mais il y a toujours ces jouets spéciaux, ceux qui ne seront jamais jetés. J’ai l’impression que, dans ma carrière et dans ma vie, je fais partie de ces jouets spéciaux parce que je peux m’adapter à beaucoup de situations. Je crois que peu importe ce que les gens disent de moi ou du fait que je fasse ce film, cela ne va pas me décontenancer parce que je sais que j’ai fait les bons choix. Je pense que voir des filles avec plus de formes à Hollywood été génial. Dieu sait que quand je suis arrivée, j’étais la seule. J’étais genre « Salut ! Je suis costaude ! Où est tout le monde ?” [rires]

[rires]

Maintenant il y a vraiment des femmes plus costaudes, fortes et larges et c’est génial. Il y a vraiment plus d’attention portée à la communauté LGBT dans les séries télé et les films et c’est génial. Et si vous regardez quinze ans en arrière, lorsque Will and Grace est sorti, qui était le personnage le plus apprécié ?

Les deux : Jack !

Parce qu’il était génial et marrant et permettait à la série de continuer à vivre. Tout le monde s’en fichait qu’il soit gay, on voulait juste qu’il nous fasse rire. Je pense qu’il y a eu un grand changement à Hollywood et avec un peu de chance ce film aidera à ce changement.

Vous êtes partie sur les chapeaux de roues en tant qu’actrice de cinéma et à la télé. Vous étiez la tête d’affiche dans Hairspray. Il faut que je vous demande, est-ce que les gens chantent lorsqu’ils vous rencontrent dans la rue ? Combien de fois avez-vous été à Starbucks et avez entendu « Good Morning Baltimore » ?

Oh mon Dieu, oui. Il y a tellement de gens qui sont venus me voir et surtout qui m’ont fait des câlins. Ils sont genre « Oh mon Dieu ! Good Morning Baltimore ! » et puis ils commencent à chanter. Des gens m’ont déjà draguée.

Oh là là.

Et des gens qui m’ont attrapée genre « Oh mon Dieu, c’est Tracy Turnblad ». Et moi je suis « Ok, mais mon prénom c’est Nikki, vous pouvez me reposer par terre maintenant ? » [rires] C’est marrant les réactions. J’ai vraiment de la chance d’avoir de telles réactions parce que ça veut dire que ce film les a touchés et j’ai eu de la chance de faire partie de ce film. J’ai aussi rencontré des gens à la gare. Il est 7h du matin et je pars pour une audition et le tintement du train qui arrive retentit et la personne à coté de moi me dit « J’entends les cloches ».

[rires]

Je suis genre « Ok, j’ai compris ».

J’adore.

C’est marrant. J’adore cela et vous savez, Hairspray c’était ma première fois, et vous savez ce qu’on dit : on n’oublie jamais sa première fois.

Interview Originale sur le Site Afterellen.com

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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