Of Girls and Horses : Interview de la réalisatrice, Monika Treut

Monika Treut - Of Girls and Horses

Interview accordée à Marcie Bianco le 15 juin 2015 pour le site Afterellen.com

Avec plus de 20 films à son actif, la réalisatrice Monika Treut est une grande figure du cinéma. À l’exception de l’icône cinématographique Barbara Hammer, personne n’a jamais réalisé de films lesbiens et queers pendant aussi longtemps que Monika. Elle a commencé à travailler dans l’audiovisuel dans les années 1970 alors qu’elle finissait son doctorat en philologie à l’Université de Marbourg, en Allemagne et elle a réalisé son premier film, How Does the Camel Go Through the Needle’s Eye?, en 1981.

Le 30 juin prochain, Wolfe Video sortira la version numérique de son film Of Girls and Horses. Ce film marque un tournant avec ses débuts, dont les cultes Virgin Machine, Seduction : The Cruel Woman et Lesbian Nation, ainsi qu’avec son travail avec l’intellectuelle lesbienne féministe marginalisée, Camille Paglia : Female Misbehavior.

Of Girls and Horses est l’histoire d’Alex, une adolescente de 16 ans qui essaie de reprendre sa vie en main après s’être droguée et scarifiée. Elle tourne la page grâce à sa relation avec Nina, une dresseuse de chevaux, et aux chevaux avec qui elle passe ses journées. Son séjour à la campagne permet à Alex de faire l’introspection dont elle avait besoin pour débuter sa nouvelle vie. Mais son rétablissement est mis en péril, c’est le moins qu’on puisse dire, lorsqu’arrive Kathy, avec qui Alex se lie très intensément sur le plan psychologique et sexuel.

Monika nous a parlé de la signification de ce film aujourd’hui et de pourquoi les chevaux sont vraiment les meilleurs amis des filles.

Considérez-vous que Of Girls and Horses est une histoire sur le passage à l’âge adulte ? Qu’est-ce que ce « passage à l’âge adulte » et en quoi est-il différent, s’il l’est, pour les personnes LGBT ?

Il est toujours difficile de généraliser, mais je vois dans Alex, ce personnage rebelle, quelqu’un de vraiment perturbé, une ado perturbée, à la recherche de son identité, encore plus que l’autre ado, Kathy, qui est d’origine bourgeoise. J’ai écrit ce personnage rebelle parce que je me suis nourrie de mes propres expériences d’ado et de mon amour pour les chevaux.

Alex est juste un genre d’ado queer. Tout le monde a un genre à lui. Le genre rebelle est, pour moi, le plus intéressant. Le personnage vous permet d’avoir plus de liberté d’action et même si les actions en elles-mêmes ne sont pas si belles que ça, au moins, en tant que réalisatrice, vous avez plus de choses avec lesquelles travailler.

Of Girls and Horses semble moins expérimental que vous précédents films. Quel était votre but avec ce film ?

J’ai toujours beaucoup de mal à comparer mes propres films. Celui-ci correspond juste à une autre de mes facettes. Comme je l’ai dit, ado, j’aimais les chevaux, mais comme aujourd’hui je vis en ville et que je voyage beaucoup, ces animaux me manquent. Puis, l’occasion de pouvoir passer un peu de temps autour de ces animaux s’est présentée avec ce film.

J’adore aller dans les écuries, être autour des chevaux, les sentir, les toucher. Cela me permet vraiment de garder les pieds sur terre et de me calmer. Le tournage de ce film, c’était presque des vacances. Nous avons tous vécu ensemble, pendant trois semaines, dans ce haras. On était vraiment proches de la nature et pendant les pauses entre les scènes on se faisait des petites balades en cheval.

Of Girls and Horses est un film très métaphorique. Quelle était la signification des chevaux ? Que signifie la fuite des chevaux la nuit où Alex embrasse Kathy ?

Et bien, les chevaux, dans le film, jouent un rôle de médiateur entre les personnages, les femmes et les filles. Je trouve les chevaux vraiment très intéressants. Aujourd’hui beaucoup de personnes font des thérapies avec les chevaux, que ce soit des détenus dans les prisons, des ados à problèmes ou des personnes qui ont subi un traumatisme. Les chevaux reflètent votre état d’être humain. Vous communiquez avec eux par le langage du corps. Ce sont des animaux très sensibles, ils savent lorsque vous avez peur, êtes en colère, quand vous êtes nerveux ou pas à ce que vous faites.

On voit un peu ce genre de relation lors de l’une des mes scènes préférées, lorsque Nina fait du cheval les yeux fermés. Elle chevauche sans rien, ni rênes, ni selle. Elle lui donne juste des indications par les mouvements de son corps, et au final, il obéit. Puis, il se couche et l’on constate alors que le cheval est en totale harmonie avec le cavalier. Voilà tout ce que j’aime dans l’équitation. C’est tellement merveilleux de communiquer avec un autre être vivant, une autre espèce. Cela révèle beaucoup de votre personnalité.

Je crois que ça en dit aussi beaucoup sur les relations humaines. Nous sommes en mesure d’avoir cette relation instinctive avec une autre espèce animale et pourtant, dans le monde technologique d’aujourd’hui, nos relations sont presque toutes numériques et assez rarement humaines.

Oui, c’est assez fascinant. Nous avons tous été changés une fois le tournage fini. Toute l’équipe était entourée de chevaux et tout le monde en a été enchanté.

En quoi les luttes d’Alex reflètent les luttes de la jeunesse queer d’aujourd’hui ?

Je crois qu’il s’agit de l’abandon. Sa mère adoptive n’est pas très compréhensive et l’abandon de base déclenche ces éléments d’auto-destruction. Elle n’est pas sûre de qui elle est et d’où elle veut aller. Elle est perdue. Cette situation se retrouve chez certains ados queers qui sont vraiment vraiment perturbés.

Dans ce film, j’ai juste voulu représenter cette situation et trouver un moyen d’en sortir. J’ai vraiment l’impression que de travailler dans un haras et devoir faire un travail vraiment physique entouré par ces animaux peut aider à se sortir d’une telle situation. Je voulais qu’Alex se retrouve dans une situation où elle pouvait faire confiance aux autres et que son amitié improbable avec Kathy soit possible par l’intermédiaire des chevaux.

Concernant la relation entre Alex et Nina, qui fait figure de mentor pour Alex, quelle est l’importance du transfert qu’elle fait sur elle pour comprendre sa propre sexualité et libido ? Est-ce que le fait que Nina soit plus âgée a été un déclic pour aider Alex à comprendre sa sexualité ?

Je crois, oui. Je crois que c’est assez courant comme situation. Nous avons tous eu des amourettes pour des profs, et surtout des personnes plus âgées, qui ont fait office de mentor. C’est tout particulièrement vrai dans la situation d’Alex : elle était perdue, elle avait besoin de quelqu’un qui lui montre la voie à suivre…

C’est un peu de l’idéalisation. Pour plaisanter, je vais faire référence au paradigme « être toi/coucher avec toi », c’est-à-dire devenir quelqu’un d’autre par une sorte d’accomplissement sexuel.

Et cela n’est pas nouveau, surtout dans les films lesbiens, regardez Jeunes Filles en Uniforme par exemple. Je pense que l’on a déjà toutes eu cette attirance pour quelqu’un de plus âgé qui nous servait de modèle.

Interview Originale sur le Site Afterellen.com

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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