interview de Lucy Sherer, l’interprète de Jenny Hartmann

Interview liée à la série Hand Aufs Herz

Lucy Sherer

Interview accordée au site Rosalieundco.de en Juin 2011

Elle s’est fait connaître entre autres grâce au rôle de Sarah dans Tanz der Vampire et celui de Glinda dans Wicked. Il y a quelques mois, Lucy Sherer a troqué les planches pour le petit écran, où elle joue depuis Jenny Hartmann dans la télénovela Hand aufs Herz, diffusée sur Sat 1. La nouvelle arrivée de Londres ne fait pas seulement tourner la tête des garçons à l’école, mais après beaucoup de va-et-vient, elle conquiert sa timide camarade Emma (Kasia Borek).
Avec Rosalie & Co, Lucy a entre autres parlé de son rôle, du buzz autour de « Jemma » et des différences entre les productions télévisuelles et les comédies musicales.

Lucy, tu as fait des études de comédie musicale et tu as eu des rôles principaux entre autres dans Tanz der Vampire et Wicked. Comment en es-tu arrivée à jouer soudainement dans une série ?

Après mon diplôme, j’ai beaucoup travaillé, découvert les bons et les mauvais côtés de ce boulot et j’en étais arrivée à un point où je voulais apprendre quelque chose de nouveau. Ça a toujours été un de mes rêves, de travailler devant la caméra, mais on n’apprend malheureusement pas cela lors de la formation de comédien de comédie musicale. C’est pourquoi ça a fait partie de mes projets et lorsque j’ai entendu qu’on cherchait quelqu’un qui savait chanter et danser, j’ai pensé que j’étais parfaite pour ce rôle.

Dans quelle mesure le travail devant la caméra pour Hand aufs Herz est-il différent du travail dans une comédie musicale ?

Le chant et la danse dans Hand aufs Herz ne sont pas du tout comparables à une production musicale. Par exemple, sur scène, on n’est pas interrompu, on doit continuer à chanter quoi qu’il arrive. Les scènes de danse et de chant chez nous sont en revanche très planifiées, tout doit s’accorder et correspondre et c’est beaucoup plus dur que ce qu’on pourrait croire. C’est un challenge pour tous, pas seulement pour les acteurs mais aussi pour le réalisateur, les cameramen, etc. De toute façon, c’était surprenant pour moi de voir combien chacun travaille ici, dans chaque branche. Je n’avais encore jamais travaillé sur une série et j’avais sous-estimé cela.

À quel point peux-tu t’appuyer et apprendre de tes collègues dont quelques uns ont plus d’expérience dans les productions télévisuelles ?

On apprend toujours le maximum de ses collègues et cela vaut également pour Hand aufs Herz. Kasia est surtout importante pour moi de ce point de vue-là, pas seulement parce qu’elle a déjà de l’expérience devant la caméra. Elle est tranquille, très ouverte et n’a pas de préjugés. Et elle est une actrice exceptionnelle.

Qu’est-ce qui t’a attirée dans le rôle de Jenny Hartmann ?

Jenny est quelqu’un qui cherche quelque chose, surtout avant d’arriver à Cologne. Elle cherchait l’amour et cela d’une façon effrénée jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse d’Emma. En ce qui la concerne, j’aime vraiment cet aspect de recherche. Emma n’est peut-être pas le premier amour de Jenny, mais c’est un grand amour et quelque chose que Jenny n’avait pas expérimenté avant de cette façon.

Et on trouve beaucoup de Lucy Scherer en Jenny Hartmann ?

Jenny a beaucoup plus confiance en elle, elle est beaucoup plus robuste. Sur le plan moral, il n’y a guère de choses de ce que Jenny laisse échapper, qu’en tant que Lucy je réprouverais. Je n’avais également aucune expérience des thèmes qui préoccupent Jenny et j’ai fait beaucoup de recherches à ce sujet. Ce qui est bien quand on est actrice, c’est qu’on peut essayer de se familiariser avec les problèmes d’autres personnes.

D’un autre côté, j’influence aussi beaucoup Jenny. C’est de cette façon que lors du tournage, comme tout doit toujours aller vite, on prend instinctivement beaucoup de soi-même et on le donne au rôle.

Savais-tu dès le début que Jenny tomberait amoureuse d’Emma ?

Lors du casting, je ne savais pas encore dans quelle direction irait le rôle. Ça n’est venu que plus tard. Lorsque je lisais alors, dans la description du rôle, qu’il y avait cette camarade Emma et qu’il pourrait se passer quelque chose entre les deux, j’ai été surprise pendant un moment, mais ensuite j’étais plutôt contente. Certes, j’avais déjà joué des rôles de lesbienne, par exemple à l’Université ou encore Lulu, qui certes n’est pas lesbienne mais qui n’est pas opposée au fait d’accepter de l’affection de la part d’une femme, tout n’avait pas pris cette dimension.

Pour moi, c’est quelque chose de particulier que je n’avais pas encore tellement joué et ça semblait captivant. Kasia et moi en avons également parlé lors de notre première rencontre, de comment cela serait pour nous de jouer cela et nous n’avons pas beaucoup tergiversé. Il y a bien des acteurs qui ne joueraient pas un tel rôle mais moi, je le ressens comme un défi. En définitive (et tous les liens émotionnels se basent dessus), l’amour est simplement l’amour.

T’es-tu préparée de façon particulière pour le rôle de Jenny et précisément pour l’histoire du coming-out ?

J’ai un peu lu et me suis rappelé des films que j’ai vus, par exemple Aimee & Jaguar que j’avais trouvé magnifique. Mais j’ai principalement eu des discussions avec des amis gays et je me suis aussi demandé comment je réagirais et j’ai essayé de bâtir quelque chose à partir de ça.

L’histoire de Jenny et Emma a déclenché des échos très positifs. Vous vous y attendiez ?

Nous n’aurions jamais attendu une telle chose, on ne compte simplement jamais sur une telle réaction mais naturellement, c’est merveilleux. Je crois que l’une des raisons pour laquelle cette histoire est tellement bien réceptionnée est qu’on l’a délicatement construite. On l’a racontée d’une façon très prudente et respectueuse. Par ailleurs, le thème en lui-même ne se retrouve pas si souvent à la télévision allemande ou internationale. Mais, apparemment, cela interpelle beaucoup de jeunes et en particulier des ados qui sont à la recherche, ou en train de découvrir l’amour et sont un peu paumés. J’ai reçu là un rôle cool qui a un super point de vue concernant le sujet.

Et ensuite s’ajoute naturellement le fait que Kasia et moi le prenions vachement au sérieux, que nous aimons toutes les deux nos rôles et que nous nous apprécions mutuellement. En tant qu’actrice, il faut être capable de jouer de façon convaincante même quand on a en privé des sentiments totalement différents pour son partenaire. Mais je crois que s’il existait une antipathie, d’une manière ou d’une autre cela se verrait, parce qu’on peut moins cacher de choses devant la caméra.

As-tu entendu parler du buzz autour de Jemma et si oui comment tu le gères ?

C’est arrivé chez moi au compte-gouttes et cela s’est accru lentement. Au début, j’étais surtout étonnée que des gens fassent des montages vidéo de nous et y ajoutent de la musique. Je n’ai pas de page Facebook et je ne suis pas ce buzz de façon intensive, c’est pourquoi, je reçois les informations la plupart du temps de façon indirecte par mes collègues. Mais, de temps en temps, je regarde ce qui se passe et je suis sans cesse étonnée de ce que les gens pensent. Je reçois sur ma page web quelquefois des emails que je ne peux pas lire parce que je ne comprends pas la langue (dans laquelle ils sont écrits), c’est déjà dingue ! Et aussi, la place dans le AfterEllen Hot 100… Je trouve cela totalement génial et incroyable.
À la télévision, c’est différent du théâtre, parce que sur le tournage vous êtes totalement coupé du monde. C’est pourquoi, un des temps fort fut pour nous certainement le Fantag (ndlt : rencontre avec les fans). C’était incroyable et vraiment super d’être inondés de ce chaleureux enthousiasme. Et après la cérémonie des Soap Awards, quelques fans se sont placés dehors devant l’hôtel et ont chanté pour moi « Be Mine ». Ça m’a beaucoup réjouie et émue et ce fut une expérience très gratifiante pour moi.

Comment ton entourage a-t-il réagi au fait que tu joues à la télévision une femme qui aime une autre femme ?

Mes amis trouvent cela passionnant et intéressant, justement parce qu’on ne reçoit pas souvent de tels rôles. Mais c’est également un des enjeux de notre génération et cela dépend des rapports de chacun par rapport au thème de l’homosexualité. Par exemple, depuis mes études, c’est pour moi un thème omniprésent. Le premier jour, j’ai téléphoné à ma mère en disant: « Maman, je suis là avec dix hommes et pas un seul n’aime les femmes.»

Retour à la fiche de présentation Hand Aufs Herz

Répondre