interview de Petra Bodenbach, auteure et productice

Interview liée à la série Hand Aufs Herz

Petra Bodenbach

Interview accordée au site Rosalieundco.de en Juin 2011

Elle fut chargée de développer la série Hand aufs Herz et pour cette raison, elle est un peu la mère de Jenny et d’Emma. Petra Bodenbach a démontré, grâce à ses commentaires sur le site Afterellen, sur lequel elle écrit, qu’elle est elle-même une grande fan de l’histoire d’amour entre les deux écolières mal assorties, et que tout comme elle, l’équipe de Hand aufs Herz est amoureuse de « Jemma ».
Avec Rosalie & Co, elle a entre autres débattu des origines de l’histoire et de comment elle s’explique le buzz mondial autour de celle-ci.

L’histoire d’amour entre Jenny et Emma a des échos très positifs et a même déclenché un Buzz « Jemma » en règle, pas seulement en Allemagne, mais aussi autour du monde. Comment l’idée vous est-elle venue de raconter aussi une histoire de coming-out dans Hand aufs Herz ?

Lors des étapes préliminaires, nous nous sommes déjà pas mal penchés sur le thème de l’école, comment est l’ambiance à l’école, comment est l’école de nos jours. Une chose qui m’a énormément choquée lors de mes recherches, c’est qu’il y a effectivement une homophobie ambiante en 2010/2011 à l’école et qu’il y a peu d’élèves, que ce soient des garçons ou des filles, qui ont le courage de reconnaître publiquement leur homosexualité. Nous trouvions tous cela inadmissible qu’à un âge auquel on peut vivre pour la première fois le grand amour et auquel le premier amour est vraiment très beau, que quelques uns soient obligés de renier complètement leurs sentiments et nous voulions expliquer cela. Tant que « Schwul » (ndlt : Schwul signifie pédé en allemand) sera l’insulte préférée dans les cours de récré allemandes, il nous était clair que nous devions faire quelque chose à ce sujet.

Est-ce que l’histoire était prévue depuis le début ?

Nous avions en quelque sorte déjà dit, lors de la phase de conception des idées, que nous voulions dans tous les cas faire une histoire de coming-out. Mais c’est comme ça avec les concepts, ils restent esquissés et il y a des modifications, puis le personnage avec lequel nous voulions en fait le raconter, à savoir un jeune homme, a été supprimé, de telle sorte que l’histoire s’est aussi d’abord un peu perdue.

Comment en êtes-vous donc arrivée à Jenny et Emma ?

Nous voulions à tout prix faire cette histoire de coming-out et nous nous sommes placés sur la première occasion et regardé avec qui nous pourrions le faire. Alors, l’idée a éclos de le faire avec un nouveau personnage, Jenny Hartmann. Ce personnage existait déjà également dans la phase de conception et il fut projeté dès le début de la faire apparaître plus tard. Nous avons considéré que si nous le faisions avec Jenny et Emma, cela rendrait sûrement l’histoire d’amour intéressante et divertissante puisqu’Emma est le personnage qui est le plus éloigné de Jenny. L’idée de base pour l’histoire s’est alors formée.

Une des particularités de l’histoire d’amour entre Jenny et Emma est le temps qu’elles mettent à se rapprocher et enfin se réunir. Comment y avez-vous réfléchi ?

Il était clair depuis le début que nous voulions le raconter très très lentement pour donner aux spectateurs la possibilité d’alors vraiment les accompagner et de comprendre ce qui arrive à ces deux-là, mentalement et émotionnellement ; qu’elles sont amoureuses l’une de l’autre, bien qu’elles ne veulent pas à proprement parler d’être tombées amoureuses, et sont en fait très éloignées l’une de l’autre, pour finir par se considérer (respectivement) en partenaire potentielle. Nous voulions raconter de façon très crédible et compréhensible que cela peut arriver que l’on rencontre soudainement une des sept milliards de personnes de cette planète, qu’il ou elle représente quelque chose de particulier pour quelqu’un et que ce sentiment qu’on a alors ne peut également plus être renié, bien qu’on se donne beaucoup de peine.

Pouvez-vous, à votre façon, expliquer le buzz autour de l’histoire d’amour de Jenny et Emma ?

Je peux m’imaginer à quoi cela tient. C’est qu’il s’agit d’une histoire très universelle. Il s’agit d’amour et c’est complètement indépendant de si c’est deux femmes qui s’aiment ou deux hommes ou un homme et une femme. C’était déjà comme ça il y a cent ans et ça le sera encore dans cent ans. Il y a ces histoires d’amour et on se laisse captiver par celles-ci. Ce pourrait aussi être une explication de pourquoi ces histoires sont aussi attractives pour les gens à l’autre bout du monde, parce que l’amour est toujours quelque chose qui vous bouleverse. D’un autre côté, l’histoire est sûrement perçue encore d’une autre façon dans d’autres pays où il y a beaucoup beaucoup plus d’homophobie qu’en Allemagne. Les gens y ont la possibilité de s’identifier aux personnages de la série et de vibrer avec, parce qu’ils connaissent ce que les deux jeunes filles sont en train de traverser.

On entend beaucoup parler d’échos positifs et de buzz. D’un autre côté, chez nous, il y a encore malheureusement beaucoup d’homophobie mais pas seulement à l’école. Vous n’avez donc reçu aucune réaction négative ?

Non et c’est vraiment étonnant et remarquable mais pour ce que j’en ai entendu, il n’y a eu aucune critique négative et aucun commentaire négatif sur cette intrigue.

Avez-vous réagi au buzz, en racontant par exemple la suite de l’histoire autrement que ce que vous aviez d’abord imaginé ?

Nous avons une très grande avance. Quatre à cinq mois se passent entre l’élaboration de l’intrigue et la diffusion. Mais le bon côté, c’est que nous avons décidé très tôt de continuer à raconter l’histoire dans tous les cas de figure et à donner pour celle-ci plus de place aux deux personnages. En effet, lorsque nous avons vu de quelle façon formidable Kasia Borek et Lucy Scherer interprétaient l’histoire, nous avons remarqué que cela fonctionnait. Cela nous fait tellement plaisir de raconter l’intrigue et de regarder ce que Lucy et Kasia en font. Il était également clair que nous devions la poursuivre et comment la poursuivre, avant que nous n’ayons reçu ces échos positifs dont je me réjouis follement, du reste !

Avant Hand aufs Herz, qui entre temps a reçu l’étiquette de telenovela, vous avez déjà collaboré à d’autres telenovelas, entre autres Wege zum Glück et Anna und die Liebe. Pensez-vous qu’un jour il puisse y avoir une telenovela dans laquelle un couple gay/lesbien soit les personnages principaux ?

Je le souhaiterais ! Mais je crois que les chaines n’en sont pas encore là. La télévision est encore simplement un média de masse et autant l’histoire de Jenny et Emma est une réussite, autant elle est encore plutôt quelque chose de réservé à un public marginal qu’à une large audience. Mais qui sait, peut-être qu’un jour une chaine se hasardera à le faire. Cela me réjouirait beaucoup et je serai présente dans tous les cas.

Cette interview a été conduite dès début juin et par conséquent avant la décision de Sat 1 de ne pas reconduire la série après la saison 1. Tous nos remerciements encore à Petra Bodenbach.

Traduit par Kara Fletcher

Interview Originale sur Rosalieundco.de

Jenny & Emma

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