Evan Rachel Wood : Interview de l’actrice

Evan Rachel Wood

Interview accordée à Trish Bendix le 1er Février 2013 pour le site Afterellen.com

Avant que l’actrice Evan Rachel Wood ne fasse son coming-out en tant que bisexuelle en 2011, la plupart des femmes homosexuelles étaient fans de son travail, en commençant par son rôle en tant qu’ado bi curieuse dans Once and Again sur ABC. Son personnage Jessie a finalement fait partie, avec sa petite amie à l’écran Mischa Barton, du premier couple d’ados lesbien à la télévision. Puis, elle a joué Tracy, l’adolescente expérimentale, folle d’amour pour sa camarade plus mature (Nikki Reed) dans Thirteen, partageant des baisers sous l’influence de drogues, baisers qui sous-entendaient plus que de l’amitié entre elles, du moins cette nuit-là. Puis, est arrivé Pretty Persuasion, dans lequel elle jouait une jeune fille de quinze ans cherchant à se venger, utilisant qui elle pouvait pour obtenir ce qu’elle voulait, incluant la séduction d’une reporter, jouée par Jane Krakowski.

Tout ça, avant qu’elle n’ait seize ans. La bonne étoile d’Evan a continué de briller et elle a joué la Reine Sophie-Anne dans True Blood, la fille rebelle de Kate Winslet dans Mildred Pierce et la fille gay de Mickey Rourke, avec qui il était fâché, dans The Wrestler. Actuellement mariée à l’acteur Jamie Bell et en attente de leur premier enfant pour l’année prochaine, Evan est l’une des actrices les plus régulières d’Hollywood, choisissant des rôles qui la challengent, elle, autant que son public.

Il est dans sa nature d’être inattendue, puisque les langues ont jasé à propos de sa vie privée depuis qu’elle est notoirement sortie avec Marilyn Manson en 2007. Dès lors, elle s’est ouverte sur sa sexualité à la fois dans la presse et sur son compte Twitter, où elle répond avec éloquence aux questions qui lui sont posées sur la façon dont elle peut à la fois être mariée à un homme, et avoir eu des sentiments ou une attraction sexuelle pour des femmes. À vingt-cinq ans, elle est déjà une actrice expérimentée et une personne équilibrée avec une meilleure idée de qui elle est et de ce qu’elle veut que la plupart des gens deux fois plus vieux qu’elle.

Evan a été contente de parler avec AfterEllen.com de sa carrière, de sa sexualité et de ses aspirations musicales. Elle est également plus qu’heureuse d’obtenir votre vote pour le classement des 100 femmes les plus hots de cette année.

Vous avez joué tellement de rôles homosexuels. J’ai l’impression que vous avez joué plus de rôles homosexuels que n’importe qui ! Commençons avec Once and Again. C’était une série clef. J’ai regardé cette série avec ma mère. Elle la regardait et j’ai commencé à la regarder avec elle. Pour en revenir à ce temps-là, avez-vous toujours su que votre rôle allait avoir ce côté homosexuel et qu’en avez-vous pensé ?

Non, je ne le savais pas. J’ai commencé la série lorsque j’avais onze ans environ. J’ai eu une réunion avec [les créateurs de la série] Marshall Herskovitz et Ed Zwick pour la troisième saison. Je les soutenais encore une fois et ils ont dit « Tu sais, on pense faire avoir à ton personnage un faible pour une fille ». J’ai, sans hésitation, dit « Génial ! Je trouve que c’est une super idée ! » [rires]. Et ma mère, qui était aussi avec moi dans la pièce, était pour également, elle voulait juste être sûre que j’étais à l’aise avec ça. Ils étaient loin de se douter que c’était nickel pour moi, parce que c’est vraiment vers cet âge-là que j’ai pris conscience de ma sexualité, et je ne l’avais encore dit à personne. Donc c’était quelque chose qui me tenait à cœur et, évidemment, quelque chose que j’étais excitée de faire. J’ai trouvé le rendu très bien. Nous avons eu un retour tellement bon concernant ces deux personnages et leur relation. Les gens ont commencé à créer de magnifiques sites Internet et j’étais constamment arrêtée dans la rue. Cela a vraiment touché les jeunes filles qui traversaient la même chose. J’étais vraiment fière de ça.

C’était une sorte de risque en ce temps-là. Savez-vous si l’histoire a eu des problèmes de diffusion ?

Nous avons été censurés, l’épisode a été censuré dans un état. C’était, je crois, j’ai envie de dire en Virginie de l’ouest, quelque part par là. Ils ne l’ont pas diffusé. Je n’arrêtais pas de penser « Woah, je regarde toutes ces séries policières, avec tous ces viols et meurtres et ils ne semblent pas s’offusquer, ou s’inquiéter du fait que les gens voient ça et aillent le reproduire. En revanche, deux personnes tombent amoureuses et un état entier ne peut pas supporter de voir ça. ».C’était juste très intéressant qu’ils s’inquiètent parce que les gens verraient cela et le reproduiraient [rires]. Donc, bien sûr, nous nous sommes confrontés à quelques problèmes.

Diriez-vous que cela a été votre rôle le plus controversé ?

C’est marrant parce que c’est une chose tellement naturelle pour moi, j’oublie tout le temps que c’est controversé jusqu’à ce que je me confronte à des gens qui s’en prennent à moi, me traitent de différents noms, me disent que je suis une pécheresse et tout. Ça m’a toujours, en quelque sorte, fait rigoler parce que j’oublie qu’il existe ce genre de mentalités. Pour moi ce n’est pas controversé, c’est tout-à-fait normal.

Dans Thirteen, votre personnage flirte avec Nikki Reed. L’avez-vous considérée comme bisexuelle ou était-ce davantage une expérience pour elle ?

Vous savez, je pense que c’était une sorte d’obsession entre les deux filles de Thirteen. J’ai vraiment eu l’impression que ça frôlait Single White Female : aimer une personne si fort que vous voulez presque être elle. Beaucoup de filles ont une espèce d’amour pour une autre fille qui est à la limite du « Est-ce que je veux être cette fille ou est-ce que je veux embrasser cette fille ? » Vous n’êtes pas sûre si vous voulez être elle ou si vous êtes amoureuse. C’est entre ces situations, je pense, que Tracy hésitait vraiment. Je ne suis pas sûre qu’elle l’ait vraiment pris en compte, je pense qu’elle était probablement confuse.

Puis vous avez continué et joué un petit rôle, mais non moins important, dans The Wrestler, en tant que lesbienne, et avez joué dans Pretty Persuasion. Vous êtes-vous demandée « Qu’est-ce que les directeurs de casting voient en moi pour continuer à m’auditionner pour des rôles homosexuels ? ». À ce moment-là vous n’étiez pas out.

Je ne sais pas ! Je pensais juste que c’étaient des génies. Je n’y pensais pas jusqu’à ce que deux ou trois amis me le fassent remarquer : « Evan, tu as joué tellement de rôles homosexuels ». J’étais genre « Vraiment ? Oh mon Dieu, vous avez raison ! » [rires]. Ils s’y sont si bien pris dans The Wrestler. Ça a été mentionné peut-être une fois et c’était juste accepté comme un fait. Ce n’était pas un problème, ou un gros truc dont son personnage devait parler. C’était simplement qui elle était et c’était tout. Ça n’est jamais devenu un gros truc.

Dans Pretty Persuasion, avez-vous considéré [sa relation sexuelle avec Jane Krakowski] comme un des moyens de manipulation de votre personnage ?

Je crois qu’elle était très manipulatrice, un peu diabolique et morte de l’intérieur. Je pense qu’elle aurait été prête à faire n’importe quoi. C’était également une fille plutôt intelligente et je ne pense pas que ça lui importait d’une façon ou d’une autre. Je suis sûre qu’elle avait ces tendances. Un truc bien à son propos était que de l’extérieur c’était une étudiante sophistiquée, mais à l’intérieur, tout la concernant contredisait cette image. C’est pourquoi ça n’aurait pas été bizarre si elle [s’était identifiée comme bisexuelle].

Lorsque vous avez fait votre coming-out public, aviez-vous déjà fait votre coming-out à vos amis et votre famille ? Que pensiez-vous du moment et de la façon dont vous feriez votre coming-out ?

Oui. Bon, il y avait toujours ce « Devrais-je, ne devrais-je pas » le rendre public. Il y a un côté qui dit « Est-ce que cela les regarde ? Devrais-je en faire quelque chose d’important ? Peut-être que ce ne devrait pas être grand chose et que je n’ai pas besoin d’en parler. » Mais je pense qu’à cause de l’état dans lequel la société est en ce moment, surtout concernant ce problème, j’ai senti un vrai besoin de faire mon coming-out et de parler au nom de l’égalité des droits, pour la communauté gay, lesbienne et bisexuelle. Je pense que s’il existait un temps idéal pour faire son coming-out, ce serait le moment. Et si je peux utiliser ma position pour ouvrir les yeux aux gens et les faire parler de ça, alors cela représente tout pour moi. C’est vraiment pour cela que je l’ai fait. Et c’était un tel soulagement, vous savez ?! C’est une partie de moi, cela l’a été depuis si longtemps et j’en étais fière ; et je voulais que les gens aient connaissance de cette partie de moi. Mes amis savaient depuis que j’étais dans le secondaire ou depuis ma première année de fac. Pour mes parents, bien qu’ils soient très ouverts d’esprit et libéraux, j’étais très nerveuse à l’idée de leur dire. Ils ont été géniaux, d’un grand soutien et n’ont jamais eu de problème avec ça. Donc j’ai d’abord fait mon coming-out à tout le monde.

Je vois que sur Twitter vous répondez aux gens qui se posent des questions sur le fait que vous soyez bi et mariée à un homme. Il y a encore tellement de confusions sur ce qu’être bi signifie. Avez-vous l’impression que la plupart des gens comprennent cela ou que vous avez dû éduquer beaucoup de gens ?

C’est l’une des raisons pour lesquelles j’aime Twitter, lorsque les gens posent ces questions. Je ne m’offusque pas de leurs questions. Je vois cela comme une opportunité d’éduquer les gens. La plupart du temps ils ne savent juste vraiment pas, ou bien n’ont pas parlé à quelqu’un de bisexuel et n’ont pas pu avoir d’aperçu des ces problèmes. Donc, je ne m’énerve pas et n’essaye pas de combattre la haine par la haine ; j’essaye juste d’éduquer. Il y a beaucoup d’idées fausses sur la bisexualité. Le truc que j’entends le plus souvent est que la bisexualité n’existe pas, que vous traversez juste une phase ou que vous êtes gay mais que vous ne voulez simplement pas le dire. C’est extrêmement dur en grandissant – ado, je ne savais pas que la bisexualité existait. Je savais que j’étais attirée par les femmes, mais j’étais toujours attirée par les hommes et cela m’a fait tester tous les genres – [rires] de ne pas savoir qui vous êtes ! Vous êtes, en quelque sorte, déchirée entre le monde gay et hétérosexuel, vous êtes bloquée au milieu et quelques fois êtes fuis par les deux côtés. Vous sentez qu’il n’y a pas vraiment de place pour vous et cela peut être vraiment dur.

Mais c’est très réel, et oui, je suis mariée à un homme merveilleux, mais cela ne change pas ma sexualité, ni qui je suis. Je suis entrée dans une relation monogame et cela aurait pu être avec une femme. Je pense que les gens ont des questions parce que, parfois, ils ne comprennent pas ; ils n’y sont pas confrontés. Si je peux aider d’une quelconque façon que ce soit à faire un peu de lumière sur le sujet, alors c’est génial. Beaucoup de fois, j’ai vu des gens qui avaient grandi avec une certaine idée, mentalité, religion ou quelque chose qui leur avait été dit lorsqu’ils étaient jeunes et qu’ils ont accepté comme la vérité et n’ont jamais posé de questions. Puis, ils vieillissent et j’ai l’impression que certaines personnes pensent qu’en remettant en cause leur religion, elles rejettent Dieu ou quelque chose du genre. Je ne dis pas que c’est ce que vous devriez faire, que j’ai raison et que vous avez tort. Je dis juste, comment savez-vous que vous avez vraiment trouvé Dieu, si vous n’avez regardé qu’à un seul endroit, vous voyez ? Il faut être ouvert d’esprit.

Au niveau d’Hollywood, beaucoup de gens pensent que s’ils font leur coming-out, ils seront étiquetés ou seront incapables d’être auditionnés pour certains rôles en raison de leur sexualité. Avez-vous déjà ressenti cela et encourageriez-vous les acteurs à faire leur coming-out ?

Je n’ai pas eu de problèmes. Tout le monde a été extra. Je veux dire, les gens doivent se rendre compte de ce qui est bon pour eux et de ce avec quoi ils sont à l’aise. Certains pensent que cela ne regarde personne ou qu’on ne devrait pas en faire tout un plat. Je veux juste éveiller les consciences je suppose. Ça dépend des gens.

J’adore votre style. Vous mélangez tellement de choses : androgyne parfois, plus glamour d’autres fois. Comment décidez-vous du look que vous allez adopter pour une nuit donnée ?

[rires] Cela dépend de mon humeur je suppose ! Et cela dépend de l’événement. Mais si je peux opter pour un tailleur, je choisirais toujours le tailleur en premier. Je travaille avec un styliste merveilleux et j’ai toujours dit : un tailleur avant tout. C’est simplement confortable ! J’ai toujours été différente de la plupart des filles avec qui je trainais. Toute mon adolescente j’ai toujours pensé « Il y a quelque chose en moi de différent et je n’arrive pas à mettre le doigt dessus ». Vous grandissez et ce que c’était tout ce temps devient si évident. Je n’ai jamais été très efféminée, obsédée par mes cheveux, les vêtements, le maquillage et les trucs du genre. Je veux dire, je m’amuse avec la façon dont je m’habille et tout, mais si je veux mettre une tenue confortable, je ne me sens pas dans l’obligation de mettre une robe et des talons si je n’en ai pas envie.

La coupe de cheveux que vous avez maintenant, l’avez-vous faite pour un rôle ou vouliez-vous juste vous couper les cheveux courts ?

Non, j’ai toujours voulu avoir les cheveux très courts. Je crois que quelqu’un m’a dissuadé, lorsque j’étais petite, en me disant que je n’avais pas le visage pour. Je devais avoir dix ans ou quelque chose comme ça ! Il y a quelques années, je me suis dit « Pourquoi est-ce que je laisse toujours ça prendre le dessus sur ma décision ? Je veux me couper les cheveux ! ». Et ce fut la meilleure décision que je n’ai jamais prise. Oh mon Dieu ! Je n’en reviens pas d’avoir attendu si longtemps pour le faire. C’était génial.

Vous étiez à Sundance pour The Necessary Death of Charlie Countryman. A-t-il été choisi par un distributeur et savez-vous quand est-ce que nous pourrons le voir ?

Eh bien, avec un peu de chance, il sortira cette année. Ils sont toujours en train d’attendre quelqu’un de vraiment bien pour le film. Ils ont eu des offres, mais je ne sais pas, ils sont en train d’attendre. C’est un film très particulier. Il n’est pas pour tout le monde. Mais les gens qui l’aiment, l’adorent. Les gens à qui j’ai parlé à Sundance ont été scotchés. C’est un film très délirant, surréaliste, porté par la musique, visuel. Certaines personnes ne comprennent pas, et d’autres adorent, mais c’est comme la plupart des films que je fais, tout le monde ne les aime pas. Parce qu’ils sont généralement un peu bizarres, indépendants, repoussent les limites ou prennent des risques. Je préfère jouer dans un film qui prend des risques mais qui n’est pas parfait, plutôt que de jouer dans un film qui assure ses arrières mais qui est quelque chose que l’on a déjà vu un million de fois. C’est romantique. C’est comme une comédie romantique violente, noire. Nous le comparons souvent à des films comme True Romance ou même Trainspotting. Il fait des allers-retours entre le drame, la comédie, le surréalisme, des états de rêve, et il y a beaucoup de musiques géniales pour porter le film.

En parlant de musique, je vous ai vue chanter l’été dernier à Los Angeles, interprétant Son of a Preacher Man, et quelques chansons des Beatles. Chanterez-vous de nouveau dans un futur proche ? Enregistrerez-vous un album un jour ?

Je ne sais pas, vous savez. Je pense que je n’ai pas voulu enregistrer d’album parce que j’aime faire quelque chose qui ne peut pas être gâché et ne devenir qu’une question d’argent ou autre. J’ai l’impression que ça me remplit l’esprit. J’agis, c’est créatif et artistique, mais c’est mon boulot vous savez, et je me repose vraiment là-dessus pour vivre. Donc, j’aime, en quelque sorte, avoir quelque chose qui soit uniquement mien, qui soit créatif, qui m’aide à me détendre. Parce que je ne me sens jamais autant moi-même que lorsque je chante. C’est comme de la méditation. Je quitte simplement mon corps et je ne veux plus être embrouillée ou polluée je crois. Donc je chante avec mes amis et si les gens me demandent de chanter avec eux ou de collaborer avec eux, je le fais. J’ai chanté sur quelques albums : évidemment sur Across the Universe et sur un album en hommage à Bob Dylan, Chimes of Freedom. Si vous êtes chanceux vous me verrez chanter vers Los Angeles de temps à autre. Peut-être que je ferais un album, peut-être pas. Je ne sais pas. Je préfère garder ça secret.

Écrivez-vous vos propres textes ?

Oui, j’ai écrit des textes. Peut-être que j’interpréterais mes propres textes la prochaine fois que je ferais un spectacle ou que je chanterais avec quelqu’un. Peut-être que je rajouterais une de mes chansons, parce que je n’ai jamais chanté l’une de mes chansons pour un public.

Interview Originale sur le Site Afterellen.com

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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