Interview accordée à Isabelle B. Price le 16 Juillet 2012 pour le site Univers-L.com
Lors de votre interview pour ULTEC, vous expliquez que vous êtes « out » dans votre vie privée et familiale, mais pas au travail. C’est aujourd’hui le cas de nombreux homosexuels. Avez-vous déjà vécu des situations difficiles ? Avez-vous des conseils à donner sur le sujet ?
J’ai effectivement été victime d’homophobie sur mon lieu de travail dans les années 2000. Chasse aux « sorcières » à laquelle j’ai mis fin en démissionnant après dix-sept années de bons et loyaux services. Il suffit de peu parfois, d’une ou deux personnes assez bien placées pour que la compétence acquise, la productivité, la motivation et l’implication qui vous ont animée pendant toutes ces années soient réduites à néant. Comme je le disais plus haut « derrière les sourires façades plane… une haine silencieuse qui se révèle souvent dans la durée » car si, bien évidemment, rien n’est verbalisé (sous peine de poursuites…), le harcèlement moral prend alors toute l’ampleur de sa définition.
Donner des conseils sur le sujet ? Difficile. Tout dépend du milieu professionnel dans lequel on évolue. Quoi que… l’homophobie n’est pas sectaire ! Il faut rester vigilant. Comme je l’ai déjà dit dans une autre interview, aujourd’hui, j’ai décidé de tenir ma langue (même si certaines personnes sont tout de même au courant et arrivent à tenir la leur). Mon conseil sera donc le suivant : Avec un peu d’humour, de maturité et de distance, considérez-vous comme des actrices sur une scène de théâtre, ce qui, finalement se révèlera très riche d’enseignements sur les mentalités, les comportements et les idées reçues. Une bonne façon d’être aux premières loges pour agir « discrètement » à la source.
Dans Retour de Flamme, l’un de vos personnages principaux est victime d’une agression homophobe. C’est un sujet rarement abordé aujourd’hui dans les romances. Pourquoi avoir voulu le traiter et pourquoi de cette manière ?
J’ai voulu aborder ce sujet parce que justement, personne n’en parle plus vraiment. Cela fait « cliché », dit-on… Certes, je veux bien l’admettre… mais comment occulter l’agression physique homophobe lorsqu’on écrit sur la difficulté de vivre sa différence, de l’assumer aux yeux du monde et d’acquérir de la visibilité ?
Sans en faire le thème principal du livre, et comme je l’évoque dans le début de l’interview, j’ai donc choisi d’en parler comme une conséquence (en pointant du doigt la responsabilité de nos juges et bourreaux dans le déroulement de nos vies) et non comme une fatalité.
Pour tout vous dire, cette partie de l’histoire a fait l’objet d’une grande discussion avec mon éditrice. En effet, dans les premières moutures de « Retour de Flamme » cette scène durait près de trois pages… Le personnage d’Alexandra se faisait traîner dans un local à poubelles, tabasser, taillader à la lame de rasoir et finalement violer par ses agresseurs. Le « cliché » parfait, je vous l’accorde, même si cette horreur est bel et bien arrivée à une de mes petites amies de l’époque (mais dans une forêt). Isabelle Le Coz m’a alors fait comprendre que j’étais en train de confondre « témoignage » et « histoire » et que pour éviter le fameux « cliché », je devais réapproprier l’évènement à son contexte. Ce qui fut dit, fut fait.
Vous travaillez à l’adaptation cinématographique de Retour de Flamme. En quoi est-ce une manière différente d’écrire ? Avez-vous des contacts pour la réalisation ? Pensez-vous que le projet se concrétisera bientôt ?
J’ai effectivement toujours ce projet en tête. En 2010, KTM Éditions a reçu une proposition pour une « mise en image » de Retour de Flamme mais le projet a avorté. Depuis, les choses n’ont malheureusement pas avancé. J’ai personnellement quelques contacts dans le milieu de la Scénarisation et ai eu la chance de recevoir des conseils avisés en ce sens : formalisation, écriture et prospection. Il ne me reste plus qu’à faire. Malheureusement, 2011 a été une année très difficile dans ma vie personnelle et je dois avouer que le manque de temps (et d’énergie constructive…) ne m’ont pas laissé le loisir de concrétiser. Mais qu’à cela ne tienne : cela prendra le temps qu’il faut mais je n’abandonnerai pas ! La patience n’est-elle pas la reine des vertus ?
Que vous inspire l’actualité française actuelle quant à l’égalité des droits pour les LGBT ?
Je ne dirais qu’une chose : Administrativement, c’est fait. Le PACS, même s’il existe depuis plus de dix ans, permet enfin, depuis peu, d’avoir une égalité équivalente avec les couples hétéros : Abolition des droits de succession, plus d’obligation de vie commune pendant trois ans avant de pouvoir faire une déclaration d’impôts conjointe (ce qui était, à mon sens, une aberration et une stigmatisation parfaite de la différence), etc…
Quand on sait, qu’entre 1999 et 2009, seulement 4% d’homosexuels se sont pacsés, c’est bien que cette « soi-disante égalité » promise et sensée révolutionner les mentalités sur l’homosexualité, n’était pas à la hauteur de son expression. C’est chose faite aujourd’hui. Alors : vive le Pacs !
Pour ce qui est de l’adoption, du droit à l’insémination, de la reconnaissance d’un deuxième parent du même sexe comme référent légal, je ne peux que cautionner, car là où il y a de l’amour, du désir et de l’engagement, il y a légitimité. Un seul point me laisse perplexe : le mariage. Même si, en ce cas précis, je considère cet acte comme un schéma hétérosexuel pour le moins sclérosant (et bafoué à souhait), je pense cependant qu’il est important pour chacun d’avoir le choix dans sa vie. Donc… même si ce système ne me convient pas, je donnerais ma voix à tout référendum sur le sujet.
Aujourd’hui, de quoi êtes-vous la plus fière ?
Même si parfois, le prix à payer a été « très cher », je suis fière de mes choix, de mon intégrité, de ce que je suis et ce que j’assume.
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