Gloria Bigelow : Interview de l’humoriste

Gloria Bigelow

Interview accordée au site Cherry Grrl le 05 Octobre 2009

Gloria Bigelow est rapidement devenue l’une des humoristes lesbiennes les plus populaires sur scène. Ses spectacles aux événements gays et dans les plus hauts clubs de comédie New-Yorkais, combinés avec ses devoirs d’hôtesse à l’émission préférée de tout le monde, Cherry Bomb, ont fait d’elle un talent recherché qui intéresse les femmes du monde entier. Pour vous aider à en savoir plus, Cherry Grrl a rencontré Bigelow pour discuter de sa carrière, écouter l’histoire de son coming out, et plus encore.

Donc commençons par le début. Quand avez-vous su que vous vouliez être humoriste et comment avez-vous commencé ?

Eh bien, je fais de la comédie depuis trois ans maintenant. Ça m’est en quelque sorte venu en tête lorsqu’une de mes amies, il y a probablement six ans maintenant, a dit que devais essayer – et je n’avais aucune idée de comment commencer. Elle a dit, « Oh, écris juste trois minutes. Écris juste tes pensées, tes idées et des trucs ». Donc je l’ai fait et ensuite je lui ai lu à haute voix et ça faisait 15 minutes avec un contenu qui en valait le coup et puis je n’en ai rien fait pendant à peu près deux ans. Par la suite je suis tombée sur Julie Goldman à New York et je lui ai dit que je pensais à ça et que j’étais un petit peu inquiète parce que je ne savais pas si je devais aller dans les clubs noirs ou dans les clubs homosexuels… où est-ce que je commençais ? Et elle a dit, « Tu sais, tu as vraiment vraiment besoin de faire ça. C’est un bon point de vue, tu devrais juste essayer » Et deux-trois mois après, je l’ai fait pour la première fois. Et en mentant j’ai eu ma première fois à The Improv. Et c’est comme cela que ça a commencé.

Et comment c’était d’être là-bas pour la première fois ?

Et bien j’avais rempli le public avec mes amis parce que, vous savez, c’est ce qu’on fait. Mais j’étais surprise de combien ça me semblait bien. Et puis, je ne savais pas pourquoi les gens riaient… Comme si je savais qu’ils étaient avec moi et qu’ils riaient mais que je ne savais pas pourquoi. Donc après ça, j’ai été prendre un cours de comédie pour comprendre pourquoi ce que je faisais fonctionnait. Mais c’était incroyable. Dès que vous avez votre premier rire franc vous êtes : « Oh c’est comme une addiction. Vraiment. »

Vous êtes ce que certains considèrent comme une triple minorité : vous êtes homosexuelle, noire et femme. Pensez-vous que votre parcours dans la branche comique et celle de l’animation a été plus difficile à cause de ça ?

Je pense que si ça l’est, je ne le sais pas vraiment encore parce que je ne suis là dedans que depuis trois ans. Je pense que cela est intéressant lorsque je vais dans les clubs, parce que la plupart du temps je ne fais pas que des spectacles gays, je fais des spectacles grand public – juste des salles avec des hétéros. Et donc je trouve vraiment intéressant les dynamiques des clubs, où l’on peut insulter des gens car ils sont noirs, on peut appeler les gens pédés, et on peut toujours insulter les femmes et appeler votre femme salope. Vous voyez ce que je veux dire ? Donc c’est toujours intéressant de ne pas savoir quelle partie de ma personnalité va être attaquée chaque fois que je vais dans un club. Mais quant à la façon dont ça s’est passé pour obtenir du travail, la communauté LGBT a été vraiment d’un grand soutien avec moi et les autres comiques m’ont beaucoup apporté leur aide également. Donc c’est comme ça que je trouve beaucoup de mes travails – par exemple les comiques qui transmettent votre nom ou se portent garants pour vous. Donc j’ai été vraiment chanceuse de ce point de vue là.

Vous avez grandi à Pittsburgh et en Caroline du Sud. À quoi a ressemblé votre enfance ?

Eh bien, la partie Pittsburgh à duré jusqu’à mes quatorze ou quinze ans… c’était vraiment très intéressant. C’était un quartier très très blanc. Mon frère et moi étions les seuls enfants noirs dans notre école primaire. On a eu un autre enfant noir au collège, j’étais tellement excitée, et évidemment tout le monde voulait que l’on soit en couple. Et je n’en ai pas connu d’autres jusqu’à ce que je déménage en Caroline du Sud et réalise combien ma vie était différente. Mes parents ont stoppé ça et m’ont envoyée au collège pour noirs parce qu’ils sentaient que j’étais, quelque part, déconnectée de ma culture et de ma communauté. Donc arrêter ça était vraiment une bonne idée mais à ce moment là je leur ai dit « Quoi ? Je suis bien ici. » Mais ils disaient « Non, il faut que tu te connectes un petit peu ». Donc c’est en quelque sorte à ça qu’a ressemblé mon enfance. Je pense que j’étais drôle au primaire, mais je crois que je l’étais parce que je n’étais pas reconnue en tant que noire. Je me disais « Je serai marrante à la place ».

Et comment s’est passé votre coming-out ? Quand avez-vous su que vous étiez lesbienne ?

Je l’ai probablement su à douze ans. J’avais lu quelque chose dans un livre qui disait que les balances – je suis balance – étaient enclins à être bisexuels ou gays et je me suis dit « Je le savais. Qu’est-ce que je vais faire ? Comment cela va-t-il fonctionner ? » Et je me rappelle dire à ma mère « Qu’est-ce que tu ferais si j’étais lesbienne ? » Et elle a eu la réponse parfaite. Elle a dit « Oh Gloria, je ne ferais rien. Il n’y a rien de mal avec ça. Il y a tellement de choses pires qu’une personne pourrait être. Tu pourrais être malhonnête, tu pourrais ne pas être gentille… » Et j’étais « Whoa, c’est tellement cool. » Bien sûr, quelques années plus tard lorsque j’ai réellement fait mon coming-out, ça n’a pas été si facile. Mais vous savez, je n’ai rien fait à propos de ça avant ma vingtaine. Parce que je savais que j’avais ces sentiments mais je n’étais pas vraiment sûre de ce qu’il fallait faire à leur sujet ou ce que je devais en faire : je ne me voyais pas vraiment dans la communauté. Genre, je travaillais à un café gay et j’étais tout le temps à ce bar lesbien d’Atlanta appelé My Sister’s Room, mais je n’étais toujours pas vraiment « out ». J’étais toujours en train de chercher à savoir si j’appartenais bien à cela. Donc ça m’a pris un moment.

Et maintenant avec votre travail d’hôtesse dans Cherry Bomb, vous êtes vraiment « out ». Comment vous êtes-vous retrouvée impliquée là-dedans ?

Ma meilleure amie du collège est Dalila – nous sommes amies depuis plusieurs années. Et quand elle a fait son coming-out elle avait toujours ces questions sur quoi faire dans un club et si une fille faisait ce qu’ils font ? Et qu’est-ce que cela signifie ? Et tous ces trucs – une sorte d’étape adolescente lesbienne. Et je lui donnais des conseils et apparemment Tatum lui en donnait aussi et elle a dit « Vous savez, nous avons vraiment besoin d’un débat. Nous devons pouvoir parler de ces choses. Nous devrions monter une émission ». Elle a à peu près dis ça. Et ensuite j’étais là à enregistrer Laughing Matters et elle a monté une émission, elle avait des caméras et des gens et j’étais genre « Vraiment ? Tu veux vraiment faire ça ? » C’est à peu près comme ça que ça c’est passé.

Quels ont été vos moments préférés ou vos invités ou sujets préférés ?

Je pense que l’un de mes moments préférés était en fait un épisode qui a juste été diffusé l’autre jour. C’était avec la comique Erin Foley, qui était l’une de nos invitées, et je l’ai juste trouvée trop drôle. Et donc c’était un plaisir de l’interviewer. L’autre truc c’est que nous sommes en studio et il faisait plutôt chaud et on avait bu du vin et ensuite il y a eu Erin Foley. Donc à la fin de l’émission on était juste proche de l’hystérie. C’était tellement drôle et amusant – un de ces moments où vous vous dîtes « J’aime vraiment mon travail ».
Mais vous savez, j’aime quand même vraiment les trois autres femmes de l’émission donc c’est toujours un plaisir de venir de New York et d’avoir cette espèce de moment privilégié avec elles et d’avoir un moment entre filles.

L’émission a vraiment beaucoup d’audience. Avez-vous déjà lu les tableaux des messages ?

Vous savez quoi ? Je lis le tableau des commentaires quand quelqu’un me dit que je devrais le lire. Normalement je ne les lis pas parce qu’une fois j’ai lu quelque chose et j’étais « Ce n’est pas ce que je voulais dire… euh wha ». Et j’ai été blessée donc je me suis dit que je ne lirai plus ça maintenant. Et je l’ai fait, j’ai arrêté de les lire. Et puis la semaine dernière nous avons eu une discussion sur « Est-ce que le gay est le nouveau noir ? » et apparemment il y avait beaucoup de trucs sur le tableau des messages et Delia était dans la cuisine en train de glousser et j’étais genre « Qu’est-ce qui se passe ? », elle a répondu « Les commentaires. Apparemment nous sommes toutes les deux racistes. » J’ai dit « Quoi ?! » Ensuite je les ai lu et je me disais « Ce n’est pas ce que je voulais dire… » Donc je devais arrêter de les lire.

Quelle est votre partie préférée dans le jeu ?

Je pense que c’est vraiment les gens qui rient. Il y a cette euphorie lorsque vous êtes là et que vous faites un très bon jeu et qu’ils sont là avec vous. Et puis après coup lorsque les gens viennent, parlent avec vous et vous disent : « J’ai eu une enfance similaire. » Par exemple il y a un truc où je parle du fait d’être appelée Oreo, être noire à l’extérieur mais blanche à l’intérieur, et après chaque spectacle au moins une Oreo vient me voir (rires). Et ils sont genre « J’ai eu la même expérience. » Cette partie est vraiment merveilleuse et gratifiante et c’est une façon sympa de travailler les choses que j’ai en tête. Ma thérapeute de l’université m’a retrouvée sur facebook, ce qui est délirant. Elle regardait Logo et quand Laughing Matters est sorti elle était genre « Attends une seconde – est-ce la femme qui venait dans mon bureau ? » Et elle m’a envoyé un message « Il semble que vous avez travaillé sur vraiment beaucoup de trucs. Votre numéro entier traitait de choses dont on avait parlées. » Et elle avait raison – c’est exactement ce qui s’est passé. Toutes les choses pour lesquelles je stressais et dont je lui parlais dans ma thérapie, ce sont exactement les choses qui ont fini sur scène.

Qui sont vos comiques préférés ?

J’en ai plusieurs favoris et probablement pour différentes raisons. Il y a différentes choses que j’adore chez différents comiques. Je suis une très grande fan de Suzanne [Westenhoefer]. J’espère juste qu’un jour je serais capable d’avoir cette sorte de liberté qu’elle a : elle ne met pas vraiment ses numéros par écrit. Vous savez, je suis toujours dans la phase où j’écris ce dont je parle et je le garde dans ma poche. Pas comme si j’allais le sortir de ma poche, mais je l’ai juste sur moi. Je pense juste qu’elle fait ça depuis si longtemps et ses intuitions sont tellement bonnes que vous avez juste l’impression d’être à une animation dans le salon de quelqu’un avec quelqu’un qui est juste une très bonne hôtesse. Vous voyez ce que je veux dire ? Elle est juste tellement douée là dedans. Donc j’admire simplement ça à son propos.

Et j’ai toujours adoré Whoopi Goldberg. Étant enfant c’était la première fois que je voyais quelqu’un qui me ressemblait et qui faisait les mêmes sortes de choses que moi. C’était la première fois que je voyais quelqu’un comme ça. Donc j’ai toujours eu un truc pour elle parce qu’à travers mes yeux d’enfant, c’était la première fois que je voyais une femme noire, c’était ma couleur de peau qui faisait quelque chose comme ça.
J’adore également la politique de Kate Clinton et le rythme de Karen Williams. Si je pouvais juste faire un mélange des deux dans une marmite et prendre quelque chose de chacune d’elle, ce serait incroyable.

Interview Originale sur le Site Cherrygrrl.com

A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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