Interview de la chanteuse Mercedes Audras

Mercedes Audras

Interview accordée à Tatiana Potard pour le site Tetu le 03 Mai 2007

Tout au long de sa carrière Mercedes Audras a su s’entourer d’artistes aussi singuliers que talentueux. Elle nous revient aujourd’hui avec « Les deux qui s’aiment », un album pop-rock chaleureux qui fait rimer tendresse avec mélancolie. Interview.

Vous qui partagez votre temps entre l’Argentine et la France, que pouvez-vous nous dire sur la vie gay là-bas ? Est-ce un pays ouvert sur ce sujet ?

Vous savez, il y a seulement 30 ans, l’Argentine était sous la dictature. Dans les années 70, les militaires étaient au pouvoir et un jeune garçon avec des cheveux longs qui se promenait dans la rue était traité de «puto» (pédé) et pouvait être mis en prison. Vous imaginez donc les homosexuels! Ce pays a trop connu la peur, les disparitions, les trahisons, la dictature, etc. Tout cela a engendré l’inévitable «chacun pour soi» par méfiance mais aussi par incompréhension. Dans les années 90, mes meilleurs amis, Walter et Adrian, qui sont ensemble depuis plus de 10 ans et qui vivent à Buenos Aires, me racontaient que les jeunes fêtaient la gay pride masqués. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, fort heureusement! Les gens manifestent de plus en plus, ça avance doucement… mais sûrement! Je l’espère en tout cas.

Vous sentez-vous parfois déracinée ?

Le fait d’avoir voyagé si petite m’a donné une grande liberté, celle de me sentir partout chez moi. L’Argentine est un pays qui a du caractère. Il vous marque, comme la France. J’ai appris à vivre pleinement les moments où je me trouve ici ou là-bas. Je ne veux pas qu’il y ait de déchirures, de manques. Toute ma famille vit à Buenos Aires et dès que je le peux, je pars les retrouver. Mais j’ai aussi une grande tendresse pour Paris. J’adore cette ville et je la connais très bien. J’aime m’y promener. Je marche beaucoup ici, je me sens chez moi.  Encore aujourd’hui, je n’ai pas un seul endroit où je me sente chez moi mais plusieurs.

Votre chanson Les Deux qui s’aiment semble totalement dépourvue de genre, est-ce un choix délibéré de votre part ?

J’aurais beaucoup aimé répondre à cette question car cela aurait voulu dire que j’ai écrit « Les Deux qui s’aiment ». Malheureusement, je n’ai écrit ni les paroles, ni la musique. C’est une chanson qui m’accompagne depuis des années, qu’Edith Fambuena [l’ancienne chanteuse des Valentins] a composée peu de temps après notre rencontre. Il y a peut-être un jeu de cache-cache, c’est vrai. Qui sont ces fameux «deux qui s’aiment»? C’est une question à laquelle seule Edith pourrait répondre. Et puis, c’est très bien que tout le monde s’y reconnaisse car l’amour entre adultes consentants n’a pas de sexe.

Le clip est aussi légèrement crypto-lesbien, non ?

Cette question tombe à pic ! Je vais laisser répondre Maria Audras, qui est ma sœur et la réalisatrice du clip.

Maria : L’idée du clip était de créer un trouble sur l’identité de la vraie chanteuse. Pour cela nous avons choisi des jeunes femmes du même style. Dans un premier temps, elles se chuchotent les paroles à l’oreille comme dans un casting. Elles séduisent la caméra, sont complices et chipies entre elles, puis finissent par se pousser pour prendre la place l’une de l’autre, et cela se corse… Nous avons voulu faire un clip léger, frais et féminin. Ces femmes, qu’elles soient homos ou hétéros, se regardent, sont charmeuses, se séduisent mais peuvent être aussi des teignes.

Mercedes : Ce clip, à ma grande surprise, connaît un réel succès. Beaucoup de gens m’en parlent via MySpace. Il plaît autant aux hétéros, qui sont troublés, qu’aux homos, autant aux femmes qu’aux hommes et c’est tant mieux ! Mon autre sœur, Rosario, qui est en ce moment à Caracas au Venezuela pour une pièce de théâtre, l’a montré là-bas et les personnes qui l’ont vu étaient emballées.

Il est perceptible qu’il existe une réelle complicité entre les protagonistes de ce clip. Sont-elles actrices ou sont-ce des amies ?

Mercedes : Je ne les connaissais pas avant le tournage, ou tout juste de vue pour la plupart. Nous nous croisions dans les mêmes endroits lorsque nous sortions boire un verre. Quand je suis allée, avec ma grande timidité, leur demander si elles voulaient bien participer à un clip, elles ont été adorables et m’ont tout de suite dit oui. Je suis réellement touchée et reconnaissante qu’elles aient accepté.

Maria : Il y a effectivement une réelle complicité entre elles alors qu’elles ne se connaissaient pas. J’ai fait en sorte qu’elles se rencontrent avant le tournage, de faire des bouts d’essais afin qu’elles puissent se détendre, s’amuser et ainsi avancer sur les différents cadres, scènes et lumières. Pour la plupart, il s’agissait de leur première expérience face à une caméra. Je leur ai demandé de connaître la chanson par cœur pour qu’on ne puisse pas identifier la vraie chanteuse. Je dois dire qu’elles ont été très professionnelles, d’autant que nous n’avions qu’une demi-journée de tournage…

Au fil de votre carrière, vous avez véritablement côtoyé le meilleur de la scène pop-rock française. Que gardez-vous de votre collaboration avec des personnages aussi charismatiques qu’Etienne Daho, Dominique A ou encore Katerine ?

Ils ont tous un point commun: une grande générosité. Etienne est celui qui m’a le plus appris, guidée et influencée. Avec lui, j’ai énormément de souvenirs et pas seulement musicaux. C’est un homme très humble de son talent et de son don. C’est très agréable de travailler avec lui car c’est une personne très positive, drôle et tendre. Il m’a toujours donné l’impression que tout était facile car il vit pleinement, avec un enthousiasme communicatif tout ce qu’il entreprend. S’il y a quelque chose que j’ai gardé de lui, encore aujourd’hui, c’est ça! Il a été à la base de ma formation musicale avec Edith Fambuena. J’ai travaillé avec Katerine sur mon premier album. Il est venu habiter chez moi, le temps de mettre en forme les chansons, c’est une personne qui a beaucoup d’humour, très malin, j’aime beaucoup son dernier album et quelque part je le retrouve bien. Avec Dominique, nous avons fait de la scène ensemble en Belgique, c’est une belle rencontre aussi. À cette époque, il chantait avec Françoiz Breut. C’est comme cela que nous sommes venus à faire un duo ensemble.

Quelles sont vos influences musicales et où puisez-vous votre inspiration pour l’écriture de vos textes ?

Lorsque j’avais 14 ou 15 ans, j’écoutais les Pretenders, Janis Joplin, Carole King, Kate Bush, Cat Stevens, The Mamas and Papas, The Jackson Five, The Supremes, Jefferson Airplaine ou encore David Bowie. Mais aussi beaucoup de bossa nova, Vinicius de Moraes, Caetano Veloso, Toquinho, Maria Bethânia, Astrud Gilberto, Joao Gilberto ou Gilberto Gil. Ces artistes ont marqué ma vie et m’ont donné l’envie de faire de la musique. La toute première chanteuse qui m’a profondément marquée c’était Joan Baez !

Vous avez collaboré à plusieurs BO de films. Est-ce un exercice que vous appréciez particulièrement ?

C’est un exercice différent en effet. Le moment que j’aime le plus, c’est lorsque je découvre la musique qui habille les images sur grand écran. C’est magique! C’est une sensation très particulière car l’émotion est double. Il y a l’histoire du film qui forcément me touche (sinon je n’aurais pas pu composer) et la musique. C’est difficilement explicable. C’est comme la première fois où j’ai joué dans un groupe quand j’étais adolescente en tant que bassiste. Tu te dis que le son de basse que TU joues contribue à l’ensemble musical que l’on entend. Je me souviens bien de cette première fois, je devais avoir 14 ans… Pour en revenir aux BO, j’aime à la fois beaucoup la composition et le stress que cela me procure qui est 10 fois supérieur : au final, il faut que cela plaise au réalisateur, que cela entre dans son univers.

Abrazame a donné le frisson à plus d’une… Que gardez-vous de cette participation au film Pourquoi pas moi de Stéphane Giusti ?

Ma participation a été toute simple. Edith, qui a réalisé la BO du film, m’a un jour téléphoné pour savoir si j’avais envie de chanter une chanson de Julio Iglesias pour un film. Il fallait interpréter cette chanson en espagnol et en italien. J’ai bien évidemment accepté, c’est le genre d’aventure que j’aime. Je suis donc passée chez elle, j’ai chanté, on a enregistré et quelques mois plus tard, j’ai découvert le résultat lors d’une projection en avant-première. Le film est très bien, très drôle. On sent qu’ils se sont amusés et c’est un bon moyen pour faire passer des messages.

Pourquoi avoir créé votre propre label, Chicas Recording ?

C’est tout simplement quelque chose que je voulais faire depuis très longtemps, un rêve qui se réalise. Une nouvelle aventure ! J’aimerais produire d’autres artistes, ouvrir le label et que cela leur serve.

Quels sont les artistes de la scène pop-rock actuelle qui vous font vibrer ?

J’aime beaucoup Kaolin, je trouve que ce chanteur a une douceur et une sensibilité dans la voix et dans ses textes toute particulière. J’aime aussi Anaïs que j’avais découverte dans une salle plus intimiste à l’époque. J’ai adoré son concert ! Il y a Feist aussi, et toujours Muse, Travis, Coldplay, Franz Ferdinand, les Strokes, Raphaël, M, et beaucoup d’autres…

Quels sont vos projets pour les mois à venir ?

Des concerts, des concerts et encore des concerts! Nous sommes à la recherche d’un tourneur mais les programmateurs de salles et de festivals peuvent toujours nous contacter à l’adresse du label, Chicas Recording. J’aimerais aussi faire des premières parties dans de grandes salles. Je répète en ce moment avec Michael Ohayon, un ami et un très bon guitariste, nous sommes juste deux sur scène, il est à la guitare électrique et moi électro-acoustique. Cela nous permet de pouvoir nous déplacer plus facilement et surtout de garder les arrangements de guitares plus rock sur des chansons comme Pensando en ti ou Les Deux qui s’aiment. Je pense aussi à mon prochain album, à de nouvelles chansons. J’aimerais retrouver Etienne Daho pour l’écrire et le réaliser, avec Edith bien sûr.

Interview Originale sur le Site Têtu.com

A propos de Isabelle B. Price

Isabelle B. Price
Créatrice du site et Rédactrice en Chef. Née en Auvergne, elle s’est rapidement passionnée pour les séries télévisées. Dès l’enfance elle considérait déjà Bioman comme une série culte. Elle a ensuite regardé avec assiduité Alerte à Malibu et Les Dessous de Palm Beach avant l’arrivée de séries inoubliables telles X-Files, Urgences et Buffy contre les Vampires.

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