Joe + Belle : Interview de la scénariste et réalisatrice Veronica Kedar

Joe + Belle : Interview de la scénariste et réalisatrice Veronica Kedar

Interview accordée à J. Halterman le 20 Juillet 2011 pour le site Afterellen.com

Toutes les grandes histoires d’amour au cinéma commencent par une rencontre fantastique, n’est-ce pas ? Un bar enfumé, un parc, dans un métro – mais qu’en est-il des histoires d’amour qui commencent dans une baignoire ? C’est ce qui se passe dans le long-métrage de Veronica Kedar, Joe + Belle, où la dealeuse Joe (jouée par Kedar, qui a aussi co-écrit le film avec Stav J. Davis) découvre que la suicidaire Belle (Sivan Levy) n’est pas seulement rentrée chez elle par effraction, mais qu’elle refuse de quitter l’enceinte de la baignoire vide, sauf si Joe lui donne une raison de ne pas se tuer. Ce qui arrive ensuite est, il est vrai, une aventure inspirée de Thelma et Louise, dans les rues dangereuses de Tel Aviv où un amour inattendu fleuri au beau milieu de la guerre et des dangers.
AfterEllen.com a discuté avec Kedar juste après la projection de Joe + Belle à l’Outfest de Los Angeles et a découvert la naissance de l’histoire, pourquoi Kedar joue elle-même le rôle de Joe et comment ces rôles emblématiques joués par Susan Sarandin et Geena Davis ont aidé à façonner ce film tourné en Israël.

D’où vient l’idée de départ de l’histoire de Joe + Belle ?

Quand j’étudiais la cinématographie en Israël, nous avions beaucoup de cours où nous devions écrire de courtes scènes et j’avais écrit une scène à propos d’une personne qui rentrait chez elle et trouvait une fille dans sa baignoire qui ne voulait pas partir…

Ce qui arrive tout le temps, n’est-ce pas ?

[rires] Oui, bien sûr ! Elle refuse de partir et dit qu’elle va se suicider sauf si elle lui donne une raison de vivre. Quand j’ai eu fini l’école de cinéma, je suis revenue sur cette scène et ai décidé d’en faire un long-métrage et c’est comme cela que ça a commencé. Je recherchais quelque chose de simple, qui ne demanderait pas un gros budget à tourner, qui pourrait se dérouler dans un seul lieu et serait porté par les personnages et c’est de cette façon que c’est devenu un film.

Est-ce que les deux personnages principaux ont toujours été lesbiens ?

Elles étaient des étrangères l’une pour l’autre [dans la courte pièce]. Elles n’étaient même pas un couple, mais je voulais tourner une comédie romantique donc elles devaient tomber amoureuses, donc finalement elles sont devenues lesbiennes.

Quant-à la sexualité, Joe et Belle sont à différents niveaux d’acceptation de leur sexualité. Pouvez-vous nous parler de cette partie de l’histoire ?

Je pense que dans les films lesbiens il y a beaucoup de films sur le coming-out et je voulais quelque chose d’un peu différent. Joe ne pense même pas aux filles, mais elle rencontre cette fille qui la rend dingue et elle tombe amoureuse d’elle. Ça arrive tout simplement. Ce n’est pas un truc si important que ça. Elle n’appelle pas ses parents ou quelque chose du genre. C’est juste quelque chose à part entière dans l’histoire.

Joe et Belle ne font pas nécessairement des choses bien dans ce film, donc quels ont été les défis à relever pour faire en sorte de les rendre appréciables ?

Ça a été un challenge pour moi. À chaque fois que j’écris quelque chose je me retrouve dans une position où je montre le scénario aux gens et ils disent « Sauf si elles sont vraiment attachantes, ça ne marchera pas ». Ces personnes tuent des gens – et j’ai fait un court-métrage à propos des violeurs – donc habituellement j’essaie de choisir des personnes que vous n’aimeriez pas en temps normal et d’en faire des personnes charmantes et je les laisse faire des erreurs auxquelles on peut s’identifier. C’est un challenge, oui.

Le film a toujours été censé avoir lieu à Tel Aviv, ou aviez-vous pensé à un autre endroit ?

Je l’ai tourné là parce que je suis de Tel Aviv et je connais bien la ville, je sais comment obtenir de vrais lieux sans budget, mais nous avons aussi tourné dans Sderot (où les attaques de roquettes (on attaque des gens avec de la salade en Israël ? C’est vrai que la roquette ce n’est pas très bon, mais bon… lol, je propose « rockets ») sont fréquentes) : la ville dont l’on parle dans le film, et c’était vraiment important pour moi de tourner dans cette ville. J’en ai entendu parler quand j’étais dans l’école de cinéma et j’avais des amis, étudiants en cinéma, qui vivaient parmi les bombardements. Quand ils voulaient faire des films, ils savaient qu’un jour entier pouvait être perdu parce qu’une alarme pouvait retentir et qu’ils devraient alors fuir un bombardement. Donc je devais être prête pour les bombardements et savoir que nous devrions peut-être nous mettre à l’abri.

Un de mes passages préférés du film est la crise de bombardement qui pousse Joe et Belle dans la salle de bain pour une belle et excitante scène d’amour, mais ça semble vraiment être la confrontation de deux mondes, n’est-ce pas ? La violence est tellement proche de cette passion qu’il y a entre elles.

Je cherchais où mettre la scène d’amour et je ne voulais pas qu’elles soient ensemble avant les bombardements et puis j’ai pensé qu’une alarme pourrait retentir et vous avez peur et n’avez personne à qui vous raccrocher, donc c’était le moment parfait pour elles pour faire l’amour.

Comment les personnages et histoires homosexuels sont reçus en Israël ? Comment est-ce comparé aux USA ?

Il y a des films qui ont des petits personnages gays mais je pense que nous sommes maintenant [en Israël] là où en était Billy Crystal dans Soap (en 1977), là où les gens commencent à apprécier ça, mais que ça reste encore nouveau. C’est le premier long-métrage avec des lesbiennes pour personnages principaux en Israël. Il n’y a pas d’autres films comme ça. Il y a eu un film où deux femmes se touchaient le dos et c’était la chose la plus proche du lesbianisme parmi les longs-métrages Israéliens. Il y a beaucoup de courts-métrages lesbiens mais pas de longs. À Tel Aviv, c’est très bien accepté d’être dans la rue avec son copain ou sa copine, mais ça n’est pas encore présent dans les films. Nous sommes un pays très, très lent et nous ne comprenons pas le besoin de parler de ça, et avec un peu de chance, ce film changera les choses.

Est-ce que Joe+Belle a déjà été diffusé ici ?

Le film a été joué dans un seul festival : Cinema South International Festival, et il a gagné un prix [Meilleur Film Alternatif] et il va sortir dans les cinémas en août à Tel Aviv. J’espère que tout se déroule bien. On ne peut pas savoir parce qu’il n’y a pas eu de films comme ça ici et c’est très dur d’avoir des films indépendants au cinéma par ici, à cause des accords de distribution. Les chances de distribution ici sont vraiment faibles quand vous n’avez pas une grande société de production pour vous soutenir, et je n’en ai pas.

Donc je peux vous appeler une pionnière ?

Oui. [rires]

Cela fut-il un challenge de réunir tous les acteurs de Joe + Belle ?

Je n’arrivais pas à m’expliquer le personnage de Joe et je ne savais pas comment l’expliquer à une actrice donc j’ai juste décidé de le jouer moi-même. Quant-à Belle, j’ai auditionné Sivan et elle était plutôt géniale. Quand nous avons joué ensemble, il y avait cette magnifique complicité. Abigail (interprétée par Romi Aboulafia) est une de mes bonnes amies.

La citation au début du film – « Quand l’amour n’est pas folie, ce n’est pas l’amour » – d’où vient-elle ?

Je voulais commencer le film avec une citation qui aurait fait penser aux spectateurs « C’en est une bonne », donc j’ai regardé les citations sur l’amour sur Google. J’en ai passées 200 en revue et j’ai vu celle là et j’ai pensé qu’elle était bien. Je voulais aussi prendre une citation de Thelma et Louise. J’ai cherché quelque chose qui correspondrait, et puis j’ai trouvé ça, mais ça vient juste d’une recherche Google.

Vous avez mentionné Thelma et Louise. Ce film a-t-il été une inspiration pour vous vu qu’il y a quelques thèmes similaires dans votre film ?

Oui, Thelma et Louise est un de mes films préférés. Mais pas seulement le film. J’ai toujours aimé le film et après j’ai lu quelque chose à propos de sa place dans l’Histoire en général : c’était la première fois que les deux personnages principaux étaient des femmes et que tous les gars étaient des méchants et toute l’histoire qu’il y a derrière ça, comme l’histoire avec le script et la femme qui a écrit le script [Callie Khouri] et comment elle a obtenu [le directeur] Ridley Scott. Au fil des années, ce film est devenu de plus en plus important pour moi et quand j’ai relu ma courte scène avec Joe + Belle, j’ai décidé de les mettre sur la même voie que Thelma et Louise : des fugitives.

En tant que cinéaste, cela vous pose-t-il un problème que votre film soit étiqueté film lesbien ?

Je pense que cela peut être important quand vous voulez commercialiser quelque chose ou quand vous commencez juste. C’est bien plus facile de commercialiser votre film quand vous êtes LGBT parce qu’il y a une telle ouverture et acceptation du marché, et tellement d’opportunités comme Outfest. Je veux dire, les gens extraordinaires de HBO sont là et vous rencontrez tout le monde ; c’est le meilleur des groupes dans ce travail. Si j’avais fait un film classique, je n’aurais pas eu la chance de faire cela. Je ne définis pas mon film comme un film lesbien, je ne pense pas que ce soit le thème principal de mon film.

Mon film est, avant tout, mon premier long-métrage et c’est comme ça que je le définis. Après, c’est un film indépendant que j’ai fait toute seule, autoproduit, joué, dirigé. Puis, après, à mi-chemin vous pouvez l’appeler film lesbien parce que les deux filles qui ont tué quelqu’un et qui fuient, tombent amoureuses. Je suis fière de faire un film toute seule, contre toute attente, dans un pays qui ne m’a vraiment pas donné la chance de le faire.

Interview Originale sur le Site Afterellen.com

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A propos de Lou Morin

Lou Morin
Traductrice Anglais/Français

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